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En effet, tous les grands partis politiques au cours de leur brève existence (moins de 15 ans) ont connu une ou plusieurs scissions pour diverses raisons. Ainsi l’ADEMA a donné naissance au MIRIA, puis au RPM et enfin à l’URD.
Le PARENA est issu du CNID.
Le BARA est issu du PARENA.
Le MPR est né de l’UDD.
L’US-RDA a enfanté le BDIA puis le PIDS.
Du PDP sont issus le défunt MC-CDR, la CDS, le PDR …

On remarque, et cette liste n’est pas exhaustive, que plus d’une dizaine de partis, dont certaines grosses pointures sont nés à l’issue d’une crise dans leur parti d’origine.

Les raisons de ces scissions sont multiples et relèvent très rarement de motivations idéologiques ou simplement soutenables au plan de la morale politique. Le contrôle de l’appareil du parti et l’échec de putschs internes, les ambitions déçues, les questions purement alimentaires voire les humeurs du moment expliquent le plus souvent ces séparations toujours douloureuses et souvent suicidaires.

De notre point de vue, seules deux scissions avaient des raisons idéologiques ou politiques soutenables. C’est d’abord le cas de Mamadou Lamine Traoré et de ses amis qui ont fait le MIRIA sur la base des désaccords politiques et idéologiques avec l’ADEMA que façonnait Alpha Oumar Konaré après son accession au pouvoir.

C’est aussi le cas de Choguel Maiga qui reprochait à l’UDD sa timidité pour assumer l’héritage de l’ancien parti unique l’UDPM. Mais force est aujourd’hui de nuancer ces propos dans la mesure ou dans sa pratique ministérielle rien ne distingue le professeur M.L. Traoré de ses prédécesseurs au département de l’Education et Choguel, au cours du dernier Conseil national de son parti a pris de la distance par rapport à l’héritage anciennement revendiqué avec panache.

Ces scissions ont aggravé l’émiettement de la classe politique et fortement aggravé sa crédibilité. Mais en cette matière aussi comme en beaucoup d’autres c’est une responsabilité collective qui est évoquée alors même que l’on devrait distinguer entre les partis originels et les partis-scissions.

Comble de confusions, certains de ces partis issus de scissions dénoncent l’émiettement de la classe politique et embouchent la trompette du nécessaire rassemblement des forces politiques. Dont ils devraient être naturellement la colonne vertébrale en remisant au placard leur pêché originel.

Comment donc les rassemblements politiques, dont un des objectifs avoués est de lutter contre l’émiettement politique peuvent être crédibles avec de tels handicaps ? Ces handicaps auraient pu être surmontés si dans leur pratique politique ces partis-scissions se distinguaient des partis originels. Mais en quoi aujourd’hui peut-on dire que l’URD se distingue de l’ADEMA ?

En premier lieu, l’appareil dirigeant reste le même : les actuels premiers responsables de l’URD sont les anciens patrons de l’ADEMA. Le président Younoussi Touré a été Premier ministre ADEMA, le mentor Soumaïla Cissé l’enfant gâté de l’ADEMA, le doyen Oumar Samba Diallo baron de l’ADEMA. Et tant d’autres !

En second lieu, l’URD n’a présenté aucun programme politique différent de celui de l’ADEMA. Mieux ou pire, aucune divergence, même minime n’existe entre les approches des deux partis. Enfin, cerise sur le gâteau ADEMA et URD ont les mêmes références idéologiques et les mêmes amitiés au plan interne et international.

Enfin les dernières élections ont prouvé que l’URD et l’ADEMA ont les mêmes pratiques politiques. Les observateurs ont constaté que c’est l’argent roi, puisé aux sources de l’ADEMA qui justifient dans une très large mesure les résultats électoraux de l’URD dont l’implantation sur le terrain est très loin de refléter ses résultats. Cette affirmation est corroborée précisément par les ralliements médiatiques aux dessous nauséeux.

Encore l’argent qui achète et qui corrompt. Quelle autre justification peut-on donner au  » ralliement  » des deux députés du RAMAT qui n’a manifestement pas les moyens de faire face à cette puissance financière ? L’attrait de l’URD qui monterait en puissance ? Si la puissance était l’argument tous les ralliements se feraient en faveur de l’ADEMA qui demeure le premier parti du Mali.

La montée en puissance ? Mais précisément, et contrairement à tout ce qui se dit les élections communales ont consacré le stagnation, voire le reflux de l’URD au regard de l’énorme butin emporté de la  » caisse  » de l’ADEMA (pour ne pas dire de l’Etat malien).

Que dire à proprement parler de transhumance politique des militants ?
Le nomadisme politique en soi, la surenchère politique qui l’accompagne et l’accueil triomphal fait aux partants est un phénomène politique à prendre au sérieux.
Le nomadisme politique n’est pas interdit par la loi au Mali. Ainsi un candidat à l’élection municipale ou législative peut-être présenté, soutenu et financé par un parti politique X et rejoindre avec armes et bagages un parti Y le lendemain des élections.

Sans aucune conséquence politique immédiate pour lui. Ainsi, au lendemain de la proclamation des résultats de l’élection législative de 2002, le député PARENA de Tessalit a aussitôt rejoint le RPM avant de se retrouver quelques semaines plus tard dans un autre parti. Sans jamais consulter ses électeurs et sans que son mandat ne soit remis en question.

Ensuite l’URD dès sa création a débauché une quinzaine de députés ADEMA et a été aussitôt applaudi et présenté comme une force politique importante sans que les commentateurs (et autres analystes de la scène politique) aient eu à s’interroger sur la bonne foi des militants que ces députés ont effectivement drainé dans leur sillage. Et surtout sur la moralité d’un tel comportement politique.

Mais le phénomène nouveau est que la gêne suscitée autrefois ces débauchages peu orthodoxes cède peu à peu la place à une gloire étalée sur la place publique. Ainsi à l’annonce de la démission de certains militants du CNID en Commune V de Bamako, une armada de  » chasseurs de nomades politiques  » s’est immédiatement mise en branle. Le trophée a été remporté par l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

Qui n’a pas hésité à présenter son butin de chasse lors de son dernier Conseil National auquel le CNID avait pourtant été convié. Il est difficile de faire plus dans le manque de savoir vivre et la plus petite des décences aurait dû conduire l’URD à ne pas inviter le CNID à une telle cérémonie.

De la même manière, c’est avec tambours et trompettes que le député Cheickna Hamalla Bathily a été reçu toujours à l’URD qui, décidément ce spécialise dans cet exercice de haut voltige et à très haut risque pour l’avenir de toute formation qui entend bâtir un véritable idéal politique. Quel risque pourrait- on être tenté de demander ? Plusieurs pourrait-on répondre !

Le premier est que le parti réceptacle devient de par son comportement amoral un parti ennemi à qui on fera payer tôt ou tard son comportement. Exactement comme les chasseurs de primes au Far West avec les tueurs à gage modernes. Ensuite ce parti, à force de confondre le résultat numérique des débauchages avec le poids politique peut avoir, à moyen terme, un réveil électoral douloureux.

Enfin et c’est le plus important, ce parti ne serait jamais un parti de militants. Ceux-ci seront noyés par des opportunistes politiques de tout bord qui finiront soit par les broyer pour prendre le contrôle du parti ou leurs places soit abandonner le parti pour mieux vendre leurs faveurs comme le ferait cette …belle dame exerçant un vieux commerce.

Que faire face à cette situation potentiellement dangereuse ?
Profiter de la relecture de la loi électorale pour légiférer et sanctionner la transhumance politique des élus ?

Ou en faire une question politique et de liberté notamment de choix des élus ? Les deux thèses pourraient se justifier et avoir des adversaires et des partisans.

Que s’ouvre donc le débat !

I.S – 4 Mars 2005