Partager

Il est impensable que la décentralisation puisse aboutir dans notre pays sans la participation active des leaders d’opinion. L’on ne saurait donc marginaliser la compétence de ces autorités traditionnelles, fondement sur lequel est bâti notre société.

S’il est vrai que l’extraversion, due en partie à la colonisation, a gangrené certaines structures de notre pays, il n’en demeure pas moins que les différents partenaires sont unanimes à reconnaître que la prise en compte du socle de notre culture est indispensable. Notamment pour accélérer le processus de décentralisation, au stade du transfert des compétences et des ressources de l’Etat aux collectivités territoriales.

C’est pourquoi le docteur Abdoulaye Sall, président de CRI 2002 a indiqué : «Les villages, les fractions et les quartiers représentent historiquement, sociologiquement et culturellement au Mali ce que représente la commune en France.

Quelle que soit leur situation géographique, ils sont toujours bâtis sur un schéma consensuel et dotés de petits sénats villageois, de fraction, de quartiers…servant de lieu de débats, d’échanges, de concertations et de décisions pour le développement de la communauté.

Il s’agit pour le Mali, comme la France l’a réalisé pour la commune, de rechercher, d’identifier le rôle effectif, les compétences traditionnelles séculaires des villages, des fractions et des quartiers, de les développer, de les élargir en fonction des enjeux et défis passés, présents et futurs de la gouvernance locale». C’était lors d’une rencontre avec les leaders d’opinion, dont l’imam Koké Kallé et Fa Moussa Touré, président de la coordination des chefs de quartier, organisée par CRI 2002, hier, à la Dette publique.


Le thème portait sur :
«l’introduction du principe de l’expérimentation dans la stratégie nationale des transferts de compétences et de ressources aux collectivités territoriales : quels enseignements tirer de notre culture, de nos traditions pour booster le processus de décentralisation dans notre pays». Pourquoi ce thème ?

le docteur Abdoulaye Sall, président de CRI 2002 a répondu qu’il résulte du fait qu’à la suite d’une visite en France et principalement en région Rhône-Alpes, il est revenu à la délégation malienne que ce qui fait la force des politiques de décentralisation mises en œuvre dans les pays développés en général et en France, en particulier, c’est que tout en restant profondément ancrées dans leur culture, ces politiques restent largement ouvertes et réceptives à l’évolution du monde, aux innovations pour une meilleure prise en charge du territoire pertinent, par les acteurs sociaux.

Le président de CRI 2002 a fait remarquer que le Mali ne saurait gagner le maximum de temps sans au préalable revisiter sa politique de décentralisation en se posant la question suivante : «le contenant, c’est-à-dire la politique de décentralisation telle quelle, est-il à même de supporter le contenu, c’est-à-dire les matières et les compétences transférées…sans la primauté de la dimension historique, culturelle, sociologique( villages, fractions, quartiers…) en vue de la mise à disposition effective des ressources humaines, matérielles, financières nécessaires… ?».

Abdoulaye Sall a insisté sur la dimension culturelle qui fait que chaque société ait ses valeurs propres, originaires et originales, à ne pas confondre, a-t-il dit, avec la civilisation qui est un ensemble de faits sociaux – phénomènes, structures, valeurs – qui caractérisent une société.

C’est pourquoi, il s’est adressé à nos leaders d’opinion pour nous suggérer les voies et pistes à suivre afin de booster notre processus de décentralisation, en prenant appui sur notre culture.


Le secrétaire général du ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, Seydou Traoré, a soutenu :
«le principe de l’expérimentation ne se résume pas au seul transfert des ressources et des compétences de l’Etat aux collectivités territoriales. Il couvre un immense champ d’innovation telles que le champ de la capacité des collectivités territoriales, le champ du développement institutionnel, le champ de la démocratie participative, le champ de la conception et de l’élaboration d’une vision stratégique pour les collectivités».

C’est dire, s’est-il adressé aux leaders d’opinion, que les autorités comptent sur eux pour la bonne marche de notre pays vers la démocratie participative.

Baba Dembélé

02 Avril 2009