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Depuis un certain temps, un litige financier oppose le Club Olympique de Bamako (COB) au Djoliba AC, au sujet des indemnités de formation. Et cela, suite au transfert du joueur international, Amadou Sidibé, à Auxerre (France) depuis le 1er Septembre 2008. Aussi, pour couper court à toutes les rumeurs et éclairer l’opinion nationale, les responsables du COB ont tenu à rencontrer les médias le 18 Octobre 2008 à l’ex- hôtel Kempinski.

Le président du COB et principal conférencier, M. Moussa Konaté, assisté de Mrs Mamadou Fané, Kassim Coulibaly dit “Yambox”, Sidi Dembélé et d’autres responsables, ont expliqué en long et en large tous les problèmes et obstacles liés à cette affaire qui n’honore pas du tout le football malien.

De quoi s’agit-il?

Selon le président du COB, c’est en fin du mois d’août qu’il a appris -sur une chaîne de télévision étrangère qu’il juge crédible- qu’un joueur du Djoliba, Amadou Sidibé, venait d’être engagé à Auxerre (France) pour un montant de 175 000 euros, soit 115 millions de FCFA.

Malgré que la rumeur était en train de courir un peu partout à Bamako sur l’éventuel départ du joueur à Auxerre, et qui a été confirmée par la chaîne de télé étrangère, j’ai immédiatement saisi Auxerre pour réclamer mes indemnités de formation. Du coup, j’en ai profité pour prévenir Auxerre sur un éventuel contentieux qui risquerait de distraire le club français”, a-t-il déclaré d’emblée.

Pour éviter tout imbroglio judiciaire, Auxerre a décidé de saisir le Djoliba pour les informer de ce dont le COB lui a fait part. C’est ainsi qu’une télécopie datée du 8 Septembre 2008 venant du directeur administratif et financier de Auxerre a été envoyée au Djoliba AC, plus précisément à Karounga Keïta.

Après avoir rappelé les termes du contrat, dans son “Article B” qui stipule qu’à titre d’indemnité forfaitaire, l’AJA s’engage irrévocablement à verserau Djoliba AC, sans T.V.A., la somme de 175 000 euros. Et que le Djoliba atteste, de manière irrévocable, que l’indemnité de transfert définie ci-dessus inclut, de manière forfaitaire et dérogatoire, toues les indemnités de formation auxquelles le Djoliba et les autres clubs formateurs peuvent prétendre au titre du présent contrat, dans le cadre des règlements FIFA.

Compte tenu de nos accords sur l’indeminité de formation, il est impératif que vous et le COB se mettent d’accord sur la répartition de la quote-part respective, préalablement au règlement par l’AJA de la somme convenue”. Ainsi s’est adressé le directeur administratif, Christian Rollet, au président du Djoliba AC.

Malgré tout cela, les deux équipes (COB et Djoliba) ne sont pas parvenues à s’entendre. Entre temps, face au retard du versement de la somme des 115 millions de FCFA du contrat de Amadou Sidibé, le Djoliba décide d’envoyer une lettre à Auxerre pour rappeler que les 175 000 euros n’ont pas été virés sur leur compte, conformément à ce qui a été prévu par le contrat, c’est-à-dire une semaine au plus tard, dès la réception, par l’AJA, du certificat de sortie délivré par la FEMAFOOT le 6 Octobre 2008.

Notons que ce certificat a été envoyé et reçu par le club français il y a trois semaines, après la signature du contrat. “Nous ne comprenons pas le retard mis par l’AJA pour respecter ses obligations. Nous vous mettons en garde en vous exigeant de respecter le contrat dès réception de ce message. Dans le cas contraire, nous allons recourir aux voies de droit en demandant des dommages intérêts”, avait prévenu Karounga Keïta à l’attention du président d’Auxerre, M. Jean Claude Hamel.

Cette lettre du Djoliba a été accompagnée de celle de la FEMAFOOT signée de son président, M. Salif Keïta. “Conformément aux dispositions du contrat du joueur Amadou Sidibé du Djoliba, nous vous demandons de bien vouloir instruire à votre club d’exécuter ses obligations financières en faveur du club, le Djoliba AC. Monsieur le directeur, par respect pour notre accord de partenariat avec la Fédération Française de Fooball, nous ne souhaiterons pas créer une situation conflictuelle avec un membre de votre juridiction”, soulignait la lettre.

En réponse aux deux lettres envoyées par le Djoliba et la FEMAFOOT, l’AJ Auxerre décide de réécrire une nouvelle télécopie au Djoliba pour maintenir sa première position, c’est-à-dire : tant que le Djoliba et le COB ne se mettent pas d’accord sur la répartition de la quote-part respective de l’indemnité de formation, il sera difficile, pour Auxerre, de s’exécuter conformément aux accords du contrat.

Le COB réclame 80% du montant des 175 000 euros

Comme on le sait, le joueur Amadou Sidibé a été formé au COB et y a passé dix saisons, avant de partir pour une saison au Djoilba, et de décrocher un contrat professionnel à Auxerre (France). Ainsi, le joueur a éé cédé pour 175 000 euros, soit 115 millions de FCFA.

Selon les clauses du transfert international, et si le joueur est surtout à son contrat professionnel pour la première fois, cela revient du coup au club formateur des indemnités de formation. Aux dires du président du COB, M. Moussa Konaté, en calculant les coûts de formation, et vu le temps que Amadou Sidibé a passé au COB, les frais d’indémnités de formation s’élève à 380 millions de FCFA.

Vu que le contrat est de 115 millions de FCFA, nous avons voulu jouer à l’apaisement. Ainsi, nous avons proposé au Djoliba de prendre 20%, contre 80% pour nous. Mais hélas, les responsables du Djoliba ont refusé cela et ont voulu nous proposer 10 millions de FCFA. Ce que nous n’allons jamais accepter. Je suis convaincu que le Djoliba n’a pas intérêt à ce qu’on aille à la FIFA”, a précisé M. Moussa Konaté.

Ce qui, selon lui, revient à dire que sur les 115 millions de FCFA du contrat de Amadou Sidibé, 92 millions de FCFA (80%) revient au COB ; et 23 millions de FCFA (20%) au Djoliba AC. De l’avis de Moussa Konaté, le COB est décidé à aller jusqu’au bout, pour rentrer dans ses droits. A défaut d’un accord entre le COB et le Djoliba, les responsables entendent saisir la FIFA en vue de départager les deux parties.

En attendant, le président du COB se veut inflexible : “Rien ne pourra nous faire reculer, car c’est trop, c’est trop. Après l’affaire Alfousseyni Keïta qui sera statuée par la Chambre de résolution des litiges de la FIFA, je suis convaincu que nous aurons gain de cause. A moins que le Djoliba accepte notre proposition de répartition. Une chose est certaine : si la FIFA tranche, c’est le Djoliba qui sera le grand perdant, car il sera obligé de rembourser le reste des 380 millions équivalant aux indemnités de formation du joueur”.


L’affaire Alfousseyni Keïta suit son cours

M. Moussa Konaté a profité de cette conférence de presse pour édifier les médias et invités présents sur le cas de Alfousseïni Keïta qui se trouve dans la même situation que Amadou Sidibé.

Rappelons qu’après avoir passé dix saisons, Alfousseïni Kéïta a été cédé à Le Mans (France) après une saison passée au Djoliba. Son contrat de quatre ans, qui est plus “juteux” que celui de Amadou Sidibé, est estimé à 400 000 euros, soit environ 262 millions de FCFA.

Mais selon le conférencier, ce contrat est, en fait, de 500 000 euros, soit 362 millions de FCFA, à condition que le joueur puisse jouer 20 matches avec l’équipe. Ainsi au lieu des frais d’indemnités de formation, l’équipe française (Le Mans) a proposé des indemnités sur le mécanisme de solidarité, informera M. Moussa Konaté.

Malgré que nous ayons prouvé toutes les pièces justificatives, Le Mans nous a fait croire qu’Alfnousseïni Keïta était déjà un professisonnel au Djoliba. Nous avons démontré que c’était faux. Vu le refus catégorique de Le Mans de voir la réalité, nous avons saisi la FIFA. Inchallah, d’ici la fin de l’année, nous aurons gain de cause sur les deux affaires”, a-t-il souligné.


La FEMAFOOT fortement accusée

Au cours de cette rencontre de presse, l’un des responsables du COB, M. Mamadou Fané, n’a pas été tendre avec la Fédération Malienne de Football (FEMAFOOT). Même si souvent Moussa Konaté a tenté de minimiser le fait. “Nous regrettons le fait que la fédération ait pris une position en faveur du Djoliba. En témoigne sa lettre en mise en garde à Auxerre. J’aurai préféré qu’elle nous écoute avant de faire quoi que ce soit”, a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : “Avant cette conférence de presse, nous avons voulu les rencontrer. Mais il y a un problème de calendrier. Le secrétaire administratif, M. Boubacar Thiam, nous a téléphoné pour dire que le rendez-vous est fixé ce mardi. Or nous avons arrêté la date d’aujourd’hui pour rencontrer la presse, surtout qu’il y a beaucoup d’interprétations à travers les radios et les journaux”.

Cette attaque à peine voilée de la FEMAFOOT n’est pas une surprise quand on sait que le COB -en compagnie du Stade malien de Bamako avait été battu à Ségou, lors du Conseil extraordinaire d’Avril 2006.

En témoignent la conférence de presse du président du Stade malien de Bamako, M.Mahamadou Samaké dit “Sam” et les nouveaux alliés du COB : M’Pa Sylla du CS Duguwolofila, et le Dr. Seydou Sow (aile dissidente du Réal).

Derrière cette affaire de transfert des joueurs Amadou Sidibé et Alfousseïni Keïta, c’est un autre combat qui s’annonce, surtout quand on sait que la succession de Salif Keïta sera ouverte en 2009. Qu’est-ce qui paraît donc être à la base de ce jusqu’au-boutisme? C’est certainement cette mésentente entre les clubs amis du COB et le Djoliba et ses clubs amis, majoritaires au bureau fédéral.

Et là, Moussa Konaté n’a pas raté le coche : “Tout ce qui compte pour moi, ce sont mes indemnités de formation. J’ai voulu négocier par courtoisie et par principe. Mais je vous dis que ce n’est pas le cas du camp d’en face. Que le Djoliba et Auxerre aillent au clash, cela ne n’émeut point. Kéké sait pertinemment qu’il a tort. D’ailleurs, c’est un adulte et un lettré, en possession de toutes ses facultés mentales et psychiques. Pour moi, il sait donc ce qu’il a fait”, a-t-il indiqué.

Des questions de la Presse, il ressort que la carrière de ces deux joueurs ne sera nullement inquiétée ; et que le paiement du montant des contrats n’est pas lié aux frais d’indemnités de formation. “Il faut que cela soit clair, Auxerre et Le Mans ont recruté ces deux joueurs dans la légalité. Et ils appartiennent à ces clubs. Il s’agit d’une bataille financière ; et cela se règle en dehors des deux joueurs”, a tenu à clarifier M. Moussa Konaté, avant d’ajouter cependant : “Pour que Auxerre puisse payer les 175 000 euros, il faudrait au préalable que le Djoliba puisse payer les frais d’indemnités de formation au COB”.

En attendant la solution de ces affaires, les deux camps restent fermes sur leurs positions respectives. Aussi, à l’allure où vont les choses, c’est la FIFA qui risque de les départager, tant le fossé est grand entre les deux parties. En plus de la manne financière importante, surtout avec les difficultés actuelles des clubs maliens, plusieurs raisons peuvent expliquer cette mésentente.

En effet, peu de gens ignorent que les rumeurs faisant état du fait que M. Moussa Konaté serait foncièrement opposé à la FEMAFOOT et aspirerait à la prise des rênes du bureau fédéral, l’année prochaine, après un échec en 2006 qu’il ne serait jamais parvenu à digérer. Même si à la dernière minute, il avait du, dit-on, céder sa place à Hammadoun Kola Cissé.


Sadou BOCOUM

20 Octobre 2008