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Pour le match retour du dernier tour éliminatoire du Championnat d’Afrique des nations (Chan), nous avons eu le privilège de conduire (du 26 au 30 juillet 2013) une caravane de journalistes et de supporters des équipes nationales du Mali dans la capitale guinéenne. Un voyage qui nous a permis de comprendre pourquoi les opérateurs économiques, malgré la proximité, font difficilement le choix du Port de Conakry pour l’import-export.

En prenant la route à l’aube de ce 26 juillet 2013 (à 5 h du matin) pour la capitale guinéenne, la cinquantaine de journalistes et de supporters maliens étaient loin d’imaginer que l’enfer les y attendait. En effet, le trajet Bamako-Conakry (950 km) devient un parcours du combattant à partir de Kouroussa.

Si entre Bamako et cette ville guinéenne, on peut rouler les yeux fermés, le reste du trajet est un cauchemar pour les conducteurs et les passagers. Entre Kouroussa et Dabola (moins de 200 km), on passe banalement 3 h de temps dans la poussière ou la boue. La route est partiellement dégradée et jalonnée de « trous d’éléphants » (on ne parle pas de nids de poule ici) qui se transforment souvent en pièges mortels pour les poids légers. Le trajet est d’ailleurs jalonné de véhicules accidentés (avec souvent un bilan lourd en pertes en vies humaines) ou en panne.

Arrivé à Dabola, le visiteur non averti ne peut plus s’attendre à pire. Hélas ! Le véritable enfer routier c’est Dabola-Mamou. A l’aller par exemple, nous avons fait ce trajet d’environ 145 km en plus de 5 h. En effet, partis de Dabola à 16 h 35, nous sommes arrivés exténués à Mamou aux environs de 21 h 40. Entre ces deux villes, l’état de la route est indescriptible avec une chaussée étroite, des bordures dangereuses, des trous très profonds…

« J’ai eu l’impression que nous roulions par moments à 0 km à l’heure », pense un compagnon d’infortune. Il n’a pas pourtant tort, car, pour les bus et les gros porteurs, la vitesse maximum ne doit pas dépasser 50 km à l’heure. Une fois à Dabola, peu de voyageurs ont sans doute l’envie de prolonger ce calvaire. Mais, on n’a pas le choix.

Le parcours Dabola-Kindia-Conakry n’est pas moins dangereux à cause du relief dominé par de hautes montagnes. On peut ainsi aisément se retrouver à plus de 1000 m d’altitude. L’étroite route serpente ces montagnes avec de très beaux paysages comme seul réconfort pour le voyageur dépité.

Et enfin Conakry qui, à l’aube, ressemble à une forêt calme avec des boulevards et des quartiers plongés dans le noir. Ici commence un autre calvaire. Même à l’hôtel, on est privé de courant souvent de 6 h à 18 h. Et pourtant, le prix de la nuitée a doublé ces derniers temps.

Les quartiers de Conakry sont alimentés en électricité à tour de rôle avec souvent moins de 12 h de courant par jour. C’est aussi cela Conakry, avec son mythique stade du 28-Septembre où les Aigles B se sont inclinés (0-1) face au Sily B. Mais, le Mali se qualifie (3-2 sur l’ensemble des deux matches) pour la phase finale du Chan, « Afrique du Sud 2014″.

« Le développement passe par le développement de la route », disait un ancien chef d’Etat malien qui avait fait le choix de développer les infrastructures routières pour réduire les effets néfastes de la continentalité du Mali.

L’accessibilité routière est un atout économique important, surtout pour un pays côtier comme la Guinée. D’ailleurs, le défunt Lansana Conté reprochait régulièrement aux autorités maliennes d’avoir délaissé le Port de proximité d’un « pays frère » pour d’autres infrastructures portuaires éloignées. Avec l’état actuel de la route Bamako-Conakry, opter pour le Port de Conakry comporte de nombreux risques que peu d’opérateurs économiques peuvent prendre.

La Guinée est un pays peu peuplé dont les entreprises ont besoin du marché sous-régional pour prospérer. Quand un pays a tant de ressources et de potentialités, mais difficile d’accès, c’est la contrebande qui se développe aux détriments des échanges économiques mutuellement avantageux.

C’est aujourd’hui le cas entre la Guinée et le Mali, voire de tous ses pays voisins. Ce fléau fait que les échanges économiques entre nos deux pays ne profitent ni à l’économie guinéenne ni à celle malienne.

Si, comme l’affirment de nombreux témoignages, la Guinée a les mêmes difficultés d’accès à ses voisins, elle aura du mal à s’intégrer économiquement à l’Afrique de l’Ouest.

Pourtant, cette République sœur de la nôtre a tout intérêt à faire des efforts considérables pour rejoindre l’Uémoa et bénéficier de nombreux avantages des politiques d’intégration économique. C’est l’une des conditions sine qua non du décollage économique decet Etat aux immenses potentialités économiques, notamment géologiques, forestières et hydrauliques. L’intégration peut par exemple lui permettre de réhabiliter des routes comme celle qui la relie au Mali, le seul pays continental avec qui la Guinée fait frontière.

Moussa Bolly

02 Août 2013