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Depuis qu’il a été établi que les planteurs ivoiriens utilisaient dans leurs plantations des enfants maliens, burkinabé… victimes de traite, le cacao ivoirien a pris du plomb dans l’aile. Aujourd’hui, les autorités ivoiriennes comptent pourtant sur la manne cacaoyère pour relancer une économie ruinée par des années de guerre.

Elles veulent donc coûte que coûte labelliser leur cacao en démontrant que l’utilisation des enfants est aujourd’hui un vieux souvenir. Et pourtant…

Il faut rendre le cacao ivoirien compétitif par non seulement l’amélioration de sa qualité, mais aussi en donnant une meilleure image des planteurs. Si désormais une prime à la qualité est proposée aux acheteurs pour éviter à la Côte d’Ivoire de perdre annuellement des milliards de francs, il sera difficile de prouver que l’utilisation des enfants comme main d’œuvre dans les plantations ivoiriennes a cessé.

Ce fléau, après avoir reculé un moment à cause de la campagne sous-régionale et internationale de sensibilisation et de répression, prend aujourd’hui une ampleur dramatique. En effet, la traite des enfants en Afrique de l’Ouest « continue de prendre des proportions inquiétantes », déplorent des experts de neuf pays, récemment réunis en Côte d’Ivoire.

Et cela malgré l’adoption de plusieurs accords et conventions multilatéraux de lutte contre ce fléau.

« Malgré nos efforts, il ne se passe pas un mois sans que nos forces de défense et de sécurité n’interceptent à nos frontières des enfants convoyés par des adultes indélicats à des fins d’exploitation », a déclaré Mme Jeanne Peuhmond, ministre de la Famille de la Côte d’Ivoire au cours d’une réunion à Grand-Bassam (30 km d’Abidjan).

Celle-ci rassemblait, sur ce fléau, des experts venus du Bénin, Burkina Faso, Mali, Togo, Guinée, Niger, Côte d’Ivoire, Nigeria et du Liberia.

La rencontre a débouché sur l’adoption d’un plan d’actions qui prévoit la promulgation de lois au niveau de chaque pays réprimant la traite des enfants.

Cela est d’autant nécessaire qu’un accord multilatéral, signé en juillet 2005 et mettant l’accent sur une collaboration transfrontalière pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient les trafiquants, n’a pas permis de ralentir le traite. « C’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur dans la région », souligne un participant burkinabé qui lie cette accentuation à la pauvreté.

Ainsi, le 31 mai 2008, un convoi d’une trentaine d’enfants burkinabé âgés de 10 à 17 ans et destinés aux vastes et riches plantations de la région de Soubré (350 km au sud-ouest d’Abidjan), capitale de la boucle du cacao, avait été arrêté par les forces de sécurité du Burkina Faso. Les enfants avaient été ensuite renvoyés dans leurs foyers.


Une main d’œuvre rentable

C’est dire que la traite des enfants est loin d’être un fléau maîtrisé en Afrique de l’Ouest. Certes des efforts louables ont été réalisés par les Etats et leurs partenaires (Unicef, Lutrena de l’Ipec/BIT…), mais les trafiquants sont loin de baisser les bras.

Et le plus souvent, ils réussissent à prendre la fuite quand les convois sont arrêtés par les forces de sécurité. La fin de la traite et du travail des enfants n’est donc pas pour bientôt.

Cela est d’autant clair que la main d’œuvre enfantine est moins chère et les enfants sont par ailleurs moins regardants que les adultes. Ce qui fait que, malgré leurs engagements, les planteurs de cacao de l’Ouest de la Côte d’Ivoire ont par exemple du mal à ne pas recourir à leur service.

Et comme le dit un représentant de l’Unicef en Côte d’Ivoire, « ces enfants qui perdent contact avec leurs familles en se trouvant dans un pays inconnu deviennent vulnérables et exposés à toutes sortes d’abus.

L’inadéquation du système scolaire qui ne fournit pas de perspective d’emploi et la pauvreté pousse ces enfants à quitter l’école les exposant aux trafiquants ». Dans la plupart des cas, le traite des enfants prend surtout deux formes : exploitation sexuelle ou travail pénible, souvent non rémunéré.

Victimes de pauvreté, de nombreuses familles doivent se résoudre à envoyer leurs enfants travailler ailleurs, en ville ou dans des pays « plus riches ». Cet exode d’enfants non accompagnés expose les jeunes à de nombreux trafiquants peu scrupuleux ou à de tentantes promesses rarement tenues. Pour ceux-là, l’esclavage et la mendicité forcés ou la prostitution terminent souvent leur migration.

Les enfants qui parviennent à atteindre leur localité d’accueil sans encombre n’en demeurent pas moins confrontés à des traitements et des conditions de travail extrêmes : violence, abus, horaire et tâches harassantes, sous-alimentation, etc.

N’empêche qu’un dialogue avec les plus hautes autorités politiques est nécessaire pour identifier et affermir l’intérêt des décideurs des pays de l’Afrique de l’Ouest à remédier à la traite au travail des enfants sur leurs territoires et à instaurer des mesures efficaces pour enrayer le fléau socio-économique.

Une démarche longue et lourde qui se met en place petit à petit et qu’il faut soutenir et qui doit être suivi de près par l’ensemble des acteurs de la lutte contre la traite et le travail des enfants en Afrique de l’Ouest.

Alphaly

25 Juin 2008