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Ce jour, quand Mah Guindo s’apprêtait à allumer sa lampe à pétrole, ne pouvant en aucun cas deviner que ce qu’elle allait faire lui serait fatal. En effet, après avoir allumé la lampe, la brave dame, ayant constaté qu’il n’y avait pas assez de pétrole dans le réservoir, essaya d’en rajouter un peu à l’aide d’un bidon.

Elle n’a pas eu le temps de comprendre le « boff » qui s’est produit entre la lampe et le bidon, suivi d’une flamme immense. La seule certitude pour Mah Guindo était que ses habits avaient pris feu. Un feu qui ne tardera pas à brûler son corps. L’entourage, qui n’avait pu se faire une idée du « boff » occasionné par l’action, s’est rendu compte du malheur de la pauvre dame quand il a vu une flamme en forme humaine se précipiter dans la famille voisine.

Ainsi alertés, des voisins fusèrent de toute part pour porter secours à Mah Guindo qui avait réussi à se débarrasser de l’essentiel de ses habits. Et l’on parvint à éteindre le feu qui avait malheureusement atteint tout le corps de la pauvre dame. On croyait en avoir fini avec un spectacle qui ne faisait en fait que commencer. Car aussitôt Mah Guindo cria : où est mon enfant, que lui est-il arrivé ?

En effet, quand le feu se déclenchait, elle avait son enfant de moins d’un an sur les genoux qu’elle a dû laisser tomber pour se sauver. Les voisins coururent à toute vitesse dans la cour de la victime. Et là, l’horreur était à son comble. L’enfant se débattait dans les flammes. Solidarité et compassion aidant, on n’a pas eu du mal à trouver une voiture pour les transporter d’urgence à l’hôpital.

Un traitement inhumain qui n’honore pas nos hôpitaux
Au Centre Hospitalier Universitaire Gabriel Touré, on demanda aux bonnes volontés qui accompagnaient Mah Guindo et son enfant, martyrisés par le feu, de monter à l’hôpital du Point G pour manque de place. Une fois au Point G, on leur signifia, là encore, de retourner à l’hôpital Gabriel Touré d’où ils furent envoyés à nouveau à l’hôpital du Point G.

C’est là finalement que Mah Guindo a pu être hospitalisée, l’enfant ayant rendu l’âme au cours du va-et-vient. Et voilà une autre affaire qui remet sur le tapis la question de la négligence au sein de nos hôpitaux et du comportement inhumain, j’allais dire du « je m’en foutisme » de certains de nos hommes en blouse blanche.

Comment comprendre de tels actes au moment où tout le monde avait accueilli avec joie le changement intervenu à la direction de ces deux hôpitaux à cause de la rigueur dans le travail de leurs premiers responsables ? Faudrait-il que Mme la ministre, dont le courage n’est plus à démontrer, fasse un tour de plus au niveau de ces deux grandes structures hospitalières ? Il en vaut la peine avant qu’on ne foule le serment d’Hippocrate au Mali.

En attendant, Mah Guindo, dont l’histoire continue à hanter les esprits à Yirimadjo, s’en est allée dans la nuit du jeudi dernier à sa dernière demeure. Paix à son âme. Ceux qui l’accompagnaient à l’hôpital le 17 avril dernier sont cependant sûrs d’une chose : « si on ne peut rien contre la mort, Mah Guindo aurait pu être sauvée si elle avait fait l’objet d’une prise en charge rapide dès leur arrivée à l’hôpital Gabriel Touré ».

Ils sont tellement sûrs de ce qu’ils avancent qu’ils pensent que Mah Guindo a tout simplement été victime de la pauvreté dans la mesure où eux qui l’accompagnaient n’avaient aucunement l’apparence de riches bamakois et surtout que Mamadou Coulibaly, son mari, était absent au moment des faits.

Adama S. DIALLO, stagiaire

26 avril 2005