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Izmer Hassania ne va certainement pas oublier de si tôt son récent séjour au Mali. Venue de l’Hexagone pour transporter 3 kg de cocaïne, la Française d’origine marocaine s’est retrouvée avec 15 kg dans sa valise au moment où on l’appréhendait à l’Aéroport international de Bamako Senou. Jusqu’au 12 mai dernier, elle séjournait au Centre de détention pour femmes et enfants de Bollé.

De quoi s’agit-il exactement ? D’où vient la différence de 12 kg ? Izmer a-t-elle été dupée ? A-t-elle dit toute la vérité à la police et à la justice ? Nous avons mené l’enquête sur cette grosse affaire de drogue qui implique des Maliens de l’intérieur et de France.

Suite à une information, des agents de la Brigade des stupéfiants ont interpellé, le 9 janvier 2008 aux environs de 23 heures 30 minutes, à l’aéroport de Bamako Sénou, deux individus : un homme qui venait de remettre une valise à une dame, qui s’apprêtait à se rendre en France par le vol régulier de la compagnie Air France.

Il s’agit de Demba Traoré, profession, guide touristique, domicilié chez son père à Doumanzana et Izmer Hassania, une parfumeuse résidant en France. L’information précisait que la valise contenait de la drogue et devrait être acheminée à Paris. L’information filée aux limiers précisait que la valise contenait de la drogue et devrait être acheminée à Paris.

Elle s’est avérée fiable après la fouille du colis qui contenait effectivement 15 briques de cocaïne pesant 15 kg.
Le 14 janvier, Izmer a reconnu, à la police, les faits qui lui sont reprochés, mais refuse d’endosser la responsabilité des 15 kg.

Dans sa déposition, elle dit ceci : « J’avais effectivement une valise à double fonds dans laquelle se trouvaient dissimulées 15 briques de cocaïne pesant 15 Kilogrammes que je devrais acheminer en France pour le compte d’un jeune malien du nom de Bouba de nationalité française, résident à Paris (station métro, hôtel de ville à côté de Chatily.

Je suis parfumeuse, à travers cette profession, j’ai connu Bouba en France courant 2007 précisément au mois de décembre.

Au cours de notre trajet dans le train, en quittant une localité de France pour Paris, je lui ai demandé s’il était intéressé par les parfums. Il a répondu oui et en a acheté. Il m’a proposé d’aller à Bamako en qualité de passeuse pour lui amener de la cocaïne.

Il m’a fait savoir qu’il n’est pas à son premier essai et que beaucoup de filles françaises et africaines de nationalité française font ce travail pour son compte. Il m’a rassuré de ne pas du tout m’inquiéter. Quand il est parvenu à me convaincre, il m’a donné la somme de 2 000 Euros tout en assurant mes frais de voyage Paris Bamako Paris.

Je suis ainsi arrivée, le 30 décembre 2007, par Air France à Bamako où j’ai été accueillie à l’Aéroport de Bamako-Senou par un jeune homme du nom de Demba qui m’a conduit à l’hôtel Olympe où j’ai logé jusqu’au 09 janvier 2008, jour prévu pour mon départ à Paris. Malheureusement j’ai été interpellée à l’aéroport.

Pendant mon séjour à l’hôtel, Demba passait me voir de temps en temps. Dans la nuit du 09 janvier 2008, Demba est venu me chercher précipitamment à l’hôtel à bord d’un taxi avec une valise dans le coffre. Il m’a fait savoir que ladite valise contenait 03 kilogrammes de cocaïne et des effets d’habillement, tous appartenant à Bouba.

C’est pour vous dire que ma mission était d’acheminer à Bouba en France ladite valise pour ensuite recevoir ma récompense que Bouba avait fixée à 1 000 Euros par kilogramme. C’est ma première fois de venir à Bamako.

Aussi, je n’avais jamais rencontré auparavant le nommé Demba. Il avait été convenu entre Bouba et moi à Paris qu’à ma descente d’avion à Bamako, je devais porter un chapeau blanc pour être reconnue par la personne qui sera là pour mon accueil.

C’est ainsi que j’ai rencontré Demba qui me révélera plus tard qu’il est le correspondant de Bouba à Bamako et que toute ma description lui avait été au préalable faite.

<< Je n’ai jamais été impliquée dans des affaires de stupéfiants ».
Accablé jusqu’au cou, Demba se défend à son tour le lendemain 15 mai, devant le commandant de la Brigade des stupéfiants.

Il confirme sa participation l’affaire, ne dément pas les propos de Izmer, mais introduit un 4è larron dans le dossier : « En effet, le 30 décembre 2007, aux environs de 17 heures, j’ai reçu l’appel téléphonique en provenance de Paris du nommé Bouba que j’ai connu courant 2007. Nous ne nous sommes jamais vus, mais c’est à travers les communications téléphoniques que cette connaissance s’est établie entre nous.

Au cours de notre entretien téléphonique, Bouba m’a dit d’aller accueillir à ‘Aéroport international de Bamako une certaine lzmer Hassania en provenance de Paris par le vol du même jour de Air France. Aussi, il m’a fait sa description vestimentaire, particularisée par un chapeau blanc sur la tête.

Je suis allé à l’Aéroport et à la descente d’avion des passagers, je l’ai effectivement repérée. Je l’ai accueillie pour l’amener à l’hôtel Olympe où elle est restée jusqu’au 09 janvier 2008. A cette date, aux environs de 21 heures, je me suis rendu à l’hôtel à bord d’un taxi pour la transporter à l’Aéroport de Bamako-Senou pour son départ sur la France.

J’avais dans le coffre dudit taxi une valise à double fonds qui m’a été remise par un certain DIARRA pour la remettre à lzmer Hassania à charge pour elle de l’acheminer à Paris.

Aussi, DIARRA m’a remis la somme de 100 000F CFA pour les frais aéroportuaires de lzmer Hassania. A notre arrivée à l’aéroport, j’ai remis ladite valise à lzmer Hassania. Après toutes les dépenses faites sur ledit montant, il m’est resté 39 000F CFA qu’Izmer m’a offerts. Lorsqu’elle a terminé l’enregistrement de bagage notamment la valise, elle m’a donné au revoir et elle est partie pour la salle d’attente.

Quelque temps après, lorsque j’ai voulu me rendre dans la salle d’attente pour récupérer ma monnaie suite à l’achat d’un article, j’ai trouvé lzmer entrain de discuter avec les policiers. Elle m’a fait savoir que la valise qu’elle vient d’enregistrer contient de la drogue. J’ai su en ce moment qu’il s’agissait d’une affaire de stupéfiants.

Je suis retourné en ville pour retrouver la personne qui m’a remis la dite valise. Lorsque mes recherches sont demeurées vaines pour retrouver DIARRA, je suis revenu à
l’Aéroport pour en savoir plus.

C’est à partir de ce moment que les policiers m’ont conduit m’ont arrêté. J’ai connu Diarra dans la pâtisserie Amandine de Badalabougou, le jour de l’arrivée d’Izmer Hassania. C’était au cours d’un dîner que nous avons pris ensemble dans la nuit du 30 décembre 2007. Je suis à ma première fois d’être impliqué dans des affaires de stupéfiants ».

Le 17 janvier, Izmer et Demba ont été déferrés au parquet pour un feuilleton judicaire qui va connaître deux retentissements.

A l’audience du 23 janvier, Demba Traoré, défendu par Me Demba Traoré, fut relaxé, faute de preuve contre lui. Quant à Izmer Hassania, défendue par Me Abouba Ali Maïga, elle fut condamnée à 5 ans de prison ferme. Elle fit appel de cette décision et commit Me Demba Traoré pour sa défense. Bien lui en prit, car là intervient un coup de théâtre.

En effet, la Cour d’appel, en son audience du 12 mai 2008, condamne la Franco-marocaine à 3 ans d’emprisonnement avec sursis et Demba Traoré à 2 ans de prison ferme en décernant un mandat d’arrêt contre lui.

Sortie de Bollé aussitôt après cette audience, Izmer Hassania prit son vol pour la France dès le lendemain 13 mai, bouclant un procès où elle était accusée de détention et livraison de stupéfiant et complicité.

Sékou Tamboura

19 Mai 2008