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« Les dieux sont à vendre » raconte un vol et les investigations qui suivent sans oublier de creuser un contexte complexe

Michel Brent et la mission culturelle de Bandiagara ont organisé vendredi dans la salle de projection du Musée national, l’avant-première du film « Les dieux sont à vendre », un documentaire sur le trafic des œuvres d’art entre notre pays et ceux du nord. C’était en présence notamment du chef de la mission culturelle de Bandiagara, Lassana Cissé, de l’ancien ministre de la culture, Cheick Oumar Sissoko, du directeur adjoint du musée national, Abdoulaye Sylla.

« Les dieux sont à vendre » raconte une histoire à double détente. Tout commence par un vol d’objet d’art au pays dogon en janvier 2000.

Lassana Cissé, le chef de la mission culturelle (cellule destinée à la sauvegarde du patrimoine), reçoit une lettre qui l’informe de la disparition d’un objet de culte d’une rare importance. L’objet volé représente un couple en bois vieux de plusieurs centaines d’années qui a présidé à la fondation de Neni, un village d’un autre âge situé au pied de la falaise de Bandiagara.

Lassana Cissé ouvre rapidement une enquête. Mais malheureusement celle-ci piétine : le directeur manque d’indices et est freiné par la corruption locale. Désespéré, il profite du passage dans la région de Michel Brent, le réalisateur du documentaire, pour lui demander de l’aide.
Ce dernier qui étudie le trafic des œuvres d’art dans le monde depuis 1994 met son talent au service de la mission culturelle de Bandiagara.

La camera le suit dans ses premières investigations menées dans les villages où habitent les familles concernées par le vol. À l’issue de cette première enquête, le cinéaste apprend que l’objet a été vendu à un trafiquant de passage et presque par miracle, il parvient à connaître le nom de celui-ci.

C’est au terme d’une succession de faits du hasard mêlant l’intervention de l’émission « Envoyé spécial » (une émission de la chaîne publique française France 2), l’aide d’une caméra cachée, la perspicacité d’un officier de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels de Nanterre (OCBC) et grâce à la volonté manifestée par les autorités maliennes que l’objet volé sera restitué trois ans après.

L’histoire aurait normalement dû s’achever sur ce happy end sans l’incompréhensible refus des villageois de récupérer leur objet de culte lors de la cérémonie de restitution. Ce seront finalement les réserves du musée national qui hériteront de la garde du « couple« . Momentanément puisqu’un dénouement définitif finira par survenir.

Entre-temps Michel Brent balade sa caméra à la fois dans l’histoire de la découverte de l’art africain, dans les bureaux où les spécialistes tentent d’analyser les causes du trafic des objets d’art et dans les ruelles du 6ème arrondissement de Paris où nous assistons en direct à des transactions illicites.

Le film actionne une seconde détente à travers une réflexion que mène le réalisateur sur la confrontation islam-animisme que vivent chaque jour les Dogons. Michel Brent filme également le destin de cette civilisation traditionnelle sans cesse confrontée aux idées nouvelles qui s’infiltrent de manière inexorable jusque dans les coins les plus retirés de la grande Afrique.

Au terme de la projection Lassana Cissé chef de la mission culturelle de Bandiagara a demandé aux autorités maliennes en général et singulièrement le ministère de la Culture de revoir les textes qui protègent le patrimoine culturel.

Mariam A. TRAORÉ

14 Octobre 2008