Partager

Aller au pays profond, dans les maisons d’arrêt, les commissariats de police, dans les camps de gendarmerie à la rencontre des détenus pour plaider leur cause afin qu’ils recouvrent leur liberté. C’est la difficile mais exaltante mission que l’association Avocats Sans Frontières-Mali et ses partenaires se proposent d’exécuter pendant 12 mois (juillet 2008 Juin 2009).

Le projet est appelé “Tours Juridiques au Mali”. Il convrira les régions de Koulikoro, Ségou et Sikasso. Le lancement officiel du projet “Tours Juridiques au Mali” a eu lieu le 23 juillet 2008 lors d’une conférence de presse tenue au siège de Avocats Sans Frontières (ASF-Mali) à Badalabougou en commune V du District de Bamako. Me Hamadi Karembé, président de ASF-Malo et Me Hugo Jombwe, directeur de Avocats Sans Frontière-France étaient les deux animateurs de cette conférence de presse.


Les droits de l’homme violés au Mali

Dans son intervention, le président de Avocats Sans Frontière-Mali (ASF-Mali), Me Karembé a dénoncé le comportement de certains juges qui refusent de diligenter certains dossiers pour des considérations partisanes, de certains gendarmes ou policiers qui font du zèle en maintenant d’innoncents citoyens en garde-à-vue pendant plus de trois jours.

Des bras valides sont arrêtés illégalement dans les commissariat de police, dans des camps de gendarmerie. En commune III du District de Bamako, j’ai été choqué l’autre jour, lorsque j’ai été témoin des brimades causées par deux policiers sur un honnête citoyen. Je me souviens en 2005 à Koulikoro, nous avons pu libérer, séance tenante, 15 personnes qui ont passé chacune plus d’un an en prison parce qu’elles n’avaient pas les moyens de se défendre”, a martelé le président de Avocats Sans Frontière-Mali.


Des difficultés

Il est normal de rencontrer certaines difficultés dans l’exécution de tout projet. Au Mali, le fonctionnement du système judiciaire connait un certain nombre de difficultés parmi lesquelles il ya la méconnaissance des citoyens, de leurs droits, le difficile accès à l’information juridique et au système judiciaire par certaines catégories de personnes dont les femmes et les enfants, l’absence d’un service d’aide judiciaire au bénéfice des populations vulnérables.

L’Etat malien, dans sa volonté de tenir ses engagements en matière de respect des droits de l’homme et de fonctionnement d’une justice équitable pour tous, a entrepris depuis une dizaine d’années, de renforcer le système judiciaire. L’esprit de la réforme est principalement contenu dans le Programme Décennal de Développement de la Justice (PRODEJ). Notre projet vise à contribuer au renforcement des objectifs du PRODEJ”, a affrimé Me Karembé.


Les axes du projet

Le projet “Tours Juridiques au Mali”, élaboré par ASF-Mali, en partenariat avec ASF-France et l’Union Européenne coûtera environ 70 millions de FCFA dont 30 millions, soit 39% du montant est la contribution de l’Union Europenne. L’Etat malien ainsi que le Canada se sont engagés à contribuer dans le financement du projet. Dans sa phase pilote, le projet couvrira les régions de Ségou, Sikasso et Koulikoro. Il comporte trois axes.

L’information juridique pour les populations et les détenus des localités concernées,

L’assistance judiciaire aux détenus des cas les plus emblématiques avec une priorité aux femmes et aux mineurs,

Le renforcement des capacités des acteurs judiciaires et la facilitation de leur collaboration dans la perspective du respect des droits de l’homme.

Dans les localités concernées, des prisons seront visitées, la parole sera donnée aux détenus, des audiences spéciales seront organisées pour l’occasion. Participeront à ce “Tours Juridiques au Mali”, les juges, les procureurs, les officiers de police judiciaire, les responsables des services pénitentiaires.


Daba Balla KEITA

25 Juillet 2008