Partager

Après le président de la Transition tchadienne qui a terminé son baptême du feu de ses tournées européennes par une visite à l’Elysée, le 5 juillet dernier, c’est au tour du nouveau chef de l’Etat nigérien, Mohamed Bazoum, de prendre son bâton  de pèlerin pour se rendre sur le Vieux continent pour une visite officielle qui l’amènera successivement sur les bords du Rhin où il rencontrera, ce 8 juillet, la chancelière Angela Merkel, et de la Seine  où il est attendu le 10 juillet prochain pour être reçu par son homologue français, Emmanuel Macron. Ces rencontres au sommet, faut-il le rappeler, se tiennent en prélude au sommet du G5 Sahel prévu en fin de semaine en cours. Mais qu’est-ce qui fait tant courir les chefs d’Etat du Sahel en Europe, est-on tenté de se demander ? Si autrefois, les questions de développement et de coopération bilatérale tenaient le haut du pavé de ces voyages présidentiels africains de l’autre côté de la mer, aujourd’hui, les raisons de ces visites sont à rechercher dans l’actualité brûlante des questions sécuritaires qui sont en passe, si ce n’est déjà fait, de reléguer les questions de développement au second rang des priorités. Et pour cause. Depuis la mort du Guide de la Jamahiriya Libyenne, Mouammar Kadhafi, dans les conditions que l’on sait, les portes de l’enfer se sont ouvertes pour les pays du Sahel où se sont déversées, par milliers, des hordes de criminels enragés à l’idéologie obscurantiste, qui ne portent que le message de la mort. 

Le terrorisme a aujourd’hui gagné du terrain au point de troubler durablement la quiétude des populations sahéliennes

Tels des reptiles venimeux sortis des sables du désert, ils ont d’abord fondu sur Bamako, la capitale du Mali, avant d’être stoppés net dans leur progression, par la France de François Hollande en 2013. Mais en moins de dix ans, la bête venimeuse a essaimé dans tout le Sahel ouest-africain  au point de lorgner aujourd’hui les pays du littoral pour étendre ses tentacules.  Depuis lors, les populations sahéliennes, marquées au fer rouge, n’ont plus jamais connu la paix. Le sommeil troublé par des attaques de plus en plus massives et meurtrières qui ne sont pas loin de venir à bout de leur résilience. C’est le cas dans des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso où tout a commencé, en avril 2015, par l’enlèvement d’un ressortissant roumain sur un site minier au Nord du pays.  S’en suivra, en janvier 2015, celui d’un couple australien, le Dr Kenneth Elliott (toujours aux mains de ses ravisseurs)   et son épouse (libérée quelques semaines plus tard) à Djibo, avant que Ouagadougou, la capitale, ne soit frappée dans la foulée, en plein cœur, par l’attentat du Splendid Hotel et du Capuccino. Le Mali et le Niger ne feront pas exception puisque régulièrement soumis, eux-aussi, aux assauts répétés des forces du mal qui y ont aussi semé mort et désolation. C’est dire si le terrorisme a aujourd’hui gagné du terrain au point de troubler durablement la quiétude des populations sahéliennes parmi lesquelles se comptent des déplacés internes par milliers. Mais ces attaques ont aussi permis de présenter sous leur face la plus hideuse, ces prétendus  prêcheurs religieux qui se sont révélés, à l’épreuve du terrain, de véritables bêtes déshumanisées à la cruauté indescriptible.  En effet, non contents de s’en prendre avec la plus grande lâcheté, à des populations civiles sans défense, ces individus sans foi ni loi ont prouvé plus d’une fois qu’ils étaient aussi des monstres froids, capables de s’en prendre aux plus faibles des humains comme ces femmes et ces bébés massacrés le 5 juin dernier dans le carnage de Solhan, au Burkina Faso. 

Les pays africains seront appelés à prendre leur destin en main

Quelques mois plus tôt, soit en mars 2021, c’est la région de Tillabéry au Niger, qui était le souffre-douleur des forces obscurantistes qui y ont réalisé un  véritable pogrom en massacrant plus de 200 innocents civils en moins d’une semaine. C’est dans un tel contexte que les chefs d’Etat de ces pays, soumis à la pression de la dégradation continue de la situation sécuritaire et à celle des populations qui réclament protection, ne cessent de multiplier les initiatives auprès des partenaires occidentaux où l’essentiel de leur plaidoyer tourne généralement autour des questions sécuritaires. Et c’est à ce rituel que semble s’initier le tout nouveau successeur de Mahamadou Issoufou appelé à jouer, comme ses pairs du G5 Sahel, un rôle majeur dans la sécurisation de l’espace communautaire au moment où il est question de réduction des effectifs et de retrait progressif de la force Barkhane du Sahel où les pays africains seront appelés à prendre leur destin en main. Et l’on imagine aisément que c’est de tout cela que dont le président nigérien va s’entretenir avec son homologue français, plus précisément des modalités de la réarticulation du dispositif français au Sahel, après une virée chez la Chancelière allemande dont le pays est aussi présent dans la force européenne Takuba appelée à monter en puissance et à suppléer Barkhane dans un rôle beaucoup plus discret. 

 « Le Pays »