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Le Mali est-il au bord de l’implosion ? Une inquiétude somme toute justifiée. Coupé en deux, le Nord est entre les mains des rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le reste du pays (moins de la moitié) est contrôlé plus ou moins par les militaires putschistes qui ont renversé le régime du président Amadou Toumani Touré. Une situation inédite pour le moins.

La junte, à Bamako, tente de rassurer tout le monde en promettant de rétablir rapidement la Constitution et les institutions, face à l’épreuve de force dans laquelle veulent la pousser les Etats voisins, dont les représentants se sont réunis pour la seconde fois depuis le coup de d’Etat, hier à Dakar, en marge de la cérémonie d’investiture du nouveau président élu, Macky Sall.

Le précédent sommet des chefs d’Etat de la Communauté pour le développement économique de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) s’était tenu quatre jours auparavant à Abidjan, à l’issue duquel les participants avaient adressé un ultimatum aux putschistes maliens pour un retour à l’ordre constitutionnel sous peine d’un embargo économique et diplomatique du Mali. Une force militaire d’intervention (?) a même, a-t-on précisé, été mobilisée.

De leur côté, les rebelles du MNLA, autour desquels graviteraient des groupuscules islamiques et, dit-on, une bonne partie d’Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI), annoncent que leur mission est achevée avec le contrôle du Nord du Mali et qu’ils n’iront pas plus loin, en prenant soin de préciser que leur mouvement est laïc et n’a aucune prétention religieuse ou régionale.
Un contexte qui n’a rien de rassurant à la frontière sud-ouest de l’Algérie, faut-il rappeler ; mais pas pour autant imprévisible. Depuis un certain temps, les autorités de Bamako avaient du mal à contrôler le nord du pays – une région où activaient pratiquement «coude à coude» groupuscules islamiques, AQMI, rebelles touareg – depuis longtemps considéré comme une plaque tournante de tous les trafics entre l’Amérique, l’Europe et le reste du continent africain. Une situation qui s’est aggravée depuis le conflit libyen et l’afflux d’armes dans la région du Sahel depuis la chute du régime d’El Gueddafi.

Les difficultés économiques et les tensions sociales, y compris au sein de l’armée, n’ont en rien arrangé les choses, bien au contraire. Résultat : le pays est menacé de partition par le risque d’intervention étrangère qui plane sur la région. Le syndrome libyen, où l’on parle plus d’unité tribale que nationale, est encore présent dans les esprits non seulement au Mali, mais également dans l’ensemble des pays du Sahel. C’est pourquoi, beaucoup veulent privilégier le dialogue entre Maliens accompagné d’un retour à l’ordre constitutionnel, seuls moyens de règlement de la question du nord du pays.

Reda Bekkat

El Watan – le 03.04.12 | 10h00