Partager

Une dizaine de voyageurs italiens viennent de séjourner au pays dogon et à Djenné. Malgré l’interdiction formelle faite par les pays européens à leurs ressortissants de voyager dans cette zone

jpg_une-2507.jpgDepuis l’éclatement de la rébellion au nord en janvier 2012, le secteur du tourisme connaît une disette sans précédent dans notre pays. Dans tous les pays pourvoyeurs de touristes, principalement occidentaux, le Mali figure sur la zone rouge des cartes de voyage. Cette situation a plongé le secteur et ses acteurs dans un désarroi total. Voilà plus de 2 ans qu’aucun touriste n’avait mis le pied sur notre sol. Mais, lundi dernier, le restaurant « bistrot Bafing », situé au Quartier du fleuve, une des cantines préférées des touristes, a reçu une dizaine de voyageurs italiens qui venaient de passer un séjour au pays dogon et à Djenné, dans la région de Mopti. Malgré l’interdiction formelle faite par les pays européens à leurs ressortissants de voyager dans cette zone, ces hommes et femmes se sont rendus à lisière du Septentrion malien. Cette opération a été rendue possible grâce à la persévérance de l’agence de voyage et de tourisme « Kanaga Adventure Tours », un tour opérateur italien basé dans notre pays depuis plus de 20 ans et qui opère dans 12 pays en Afrique.

« Pendant tout le temps que la crise a duré, nous n’avons jamais quitté le Mali, contrairement à d’autres concurrents qui ont fermé leurs bureaux quelques mois seulement après le début des événements », explique Léonardo F. Paoluzzi, le gérant de Kanaga Adventure Tours. Pour lui l’arrivée de ces touristes au Mali marque un nouveau départ pour le secteur. Car, cela fait plus de 21 mois que certains hôtels et auberges à Mopti, Djenné et au pays dogon, n’avaient pas reçu un seul client européen. Aujourd’hui, c’est un vent d’espoir qui souffle sur eux. Mais, pour mieux préparer le retour des voyageurs, il faut que l’Etat aide à restaurer les sites touristiques dont la plupart ont été dégradées pendant la crise, recommande le voyagiste. Les promoteurs d’établissements hôteliers et de maisons d’accueil doivent recevoir également du soutien à travers l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (OMATOH), pour rénover leurs infrastructures. Le patron de Kanaga Adventure Tours invite nos autorités à collaborer avec leurs homologues européennes, afin de rayer notre pays de la liste rouge en actualisant les sites de voyage.

Paola Pampini, un membre du groupe de touristes qui rentrait de la 5è Région, assure avoir été séduite par la chaleur du Mali. « J’adore ce pays que je découvre pour la première fois, en même temps que tous mes compagnons », a-t-elle ajouté. Selon elle, il faut parfois aller à la rencontre de la réalité, au lieu de se fier à ce que racontent les gouvernements qui est très souvent contraire à ce qui se passe sur le terrain. « C’est ce qui a motivé notre voyage au Mali », confie Paola. Elle s’avoue sidérée par le comportement « excessif » des autorités de son pays et des sites de voyages sur la situation au Mali. Elle assure qu’elle et son groupe ne se sont jamais sentis en danger pendant tout leur périple, contrairement à ce qu’on leur avait fait croire dans leur pays. « Si c’était à refaire, nous le ferons », lance-t-elle, avec la promesse de revenir au Mali avec sa famille. Ne tarissant pas d’éloges pour notre pays, les visiteurs ont promis d’être les porte-parole du Mali auprès de leur Etat et de leurs compatriotes, en témoignant sur sa chaleur, son hospitalité et la qualité de sa gastronomie.

Leonardo ajoute que le convoi n’a rencontré aucune difficulté avec les agents de sécurité sur les différents trajets et n’a reçu aucune forme de menace. Le Mali est donc fréquentable. Pour soutenir cette dynamique, les agences de voyages et de tourisme au Mali doivent y mettre du leur, selon l’organisateur de cette expédition. Il invite les pouvoirs publics à accompagner les acteurs dans ce sens pour faire revivre le tourisme dans notre pays. Il y va de notre redémarrage économique, quand on sait la contribution du secteur. Une autre agence de voyage, Guinna expéditions, a emboité le pas, en faisant venir une vingtaine de touristes originaires de Milan. Parmi ceux ci, 9 font de l’humanitaire en offrant des soins à des malades dans un hôpital de campagne au pays dogon.

C. A. DIA

L’Essor du 9 Janvier 2014