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La question du déverrouillage constitutionnel sur le mandat présidentiel qui alimente des journaux sous la plume de politologues ou constitutionnalistes connus ou cachés a été abordée à la conférence de presse du Parena.

Le président Tiébilé Dramé a écarté toute démarche allant dans ce sens. Il a indiqué à la presse que les travaux en cours sur les textes fondamentaux de l’Etat ne doivent pas concerner l’article 30 de notre Constitution sur la limitation du mandat présidentiel.

M. Dramé dit avoir déclaré à la Commission présidée par Daba Diawara, lors de leur rencontre du 12 mai 2008 de faire une déclaration écrite selon laquelle son travail ne consistera pas à modifier l’article 30 de notre Loi fondamentale. Un geste qui tarde à venir de Daba Diawara.

Marie-Antoinette Sidibé wanted ?

Marie-Antoinette Sidibé, politologue à l’Université de Montpellier, a signé le lundi dernier, un article de presse paru dans différents journaux de la place, relatif au déverrouillage constitutionnel. Est-ce un nom d’emprunt ou l’identité réelle d’un professionnel du droit constitutionnel ? Le Parena en doute sérieusement. Il doute si Koulouba n’a pas déjà activé ses réseaux pour un travail dans l’ombre visant à toucher à l’article 30 de notre Constitution.

Tiébilé Dramé a déjà lancé ses limiers pour en savoir davantage. « Nous allons débusquer cette Marie-Antoinette et toutes les Marie-Antoinette. Nous avons nous aussi nos amis et parents à Montpellier, nous saurons tôt ou tard si cette personne existe », a promis M. Dramé.

Les raisons de la limitation du mandat Présidentiel

Dix questions/réponses

Le mandat présidentiel constitue le socle de la démocratie partout dans le monde. Il est source (s’il est limité) d’alternance, de progrès, de multiplicité de gouvernance et d’opinions au sommet de l’Etat et (s’il est illimité) de la mystification, de la personnalisation, de la confiscation du pouvoir par un clan, voire par un homme qui décide être seul apte à diriger les autres tant qu’il respire.

Voici résumée la limitation du mandat présidentiel en dix questions/réponses :


Pourquoi les constitutions africaines du début des années 1990 ont prôné la limitation du mandat présidentiel ?

Au début des années 1990, le règne trop long de l’arbitraire des régimes de dictature (civils et militaires) a inspiré les peuples africains à tirer leçon de la gouvernance présidentielle en limitant le nombre de mandat présidentiel.

Le passé douloureux a prouvé que tous ceux qui ont pris le pouvoir en Afrique ont berné le peuple en affirmant vouloir mettre de l’ordre et partir ; or ils sont restés des années durant et ont fini soit par être chassés, soit par instaurer un régime taillé sur mesure, c’est-à-dire à vie.


Les dirigeants des pays africains qui violent la limitation de mandat inscrite en règle d’or dans leurs constitutions sont-ils des exemples de démocratie ?

Absolument pas. Les pays qui ont revu la limitation du mandat présidentiel tels que le Burkina Faso, le Tchad, le Gabon, la Guinée et récemment le Cameroun ne peuvent nullement servir de modèles démocratiques, en tout cas pas pour mon cher Mali ; au contraire.


Le Mali est-il à comparer à ces pays, pseudo royaumes ?

Nullement. Le long processus de changement qui a abouti au 26 mars 1991 est le pan de la démocratisation qui singularise notre cher Mali.

De ce fait, vouloir imiter les dirigeants des autres pays, pardon encore une fois des autres royaumes de la sous-région qui profitent de leur position de force pour violer la volonté du peuple, divertir les populations et empêcher les progrès de la démocratie, c’est à la fois avoir la mémoire courte et méconnaître les Maliens.

Qu’est-ce qui justifie la non-limitation ?

La peur des représailles après l’exercice du pouvoir (très souvent très mal exercé). Il suffit pour comprendre cela de se référer à la liste des pays qui ont mis à mal la limitation du mandat présidentiel. Ces pays sont tous dirigés sans exception par des dictatures soit civile soit militaire.

Ils ont tué, affamé, créé des orphelins et des veuves, détourné des fonds, embastillé les opposants à cause de leurs opinions politiques, brisé des vies entières par l’injustice… et ils ont peur de répondre un jour de leurs actes après avoir quitté le pouvoir. Voilà la raison.

Quel sort réservé aux auteurs de tripatouillage du mandat présidentiel ?

En s’insurgeant contre la limitation du mandat présidentiel, on s’éternise au pouvoir, on en abuse et l’on devient impopulaire par la suite. Toutes choses que le clairvoyant, le démocrate pur, le soucieux des conditions de vie des Africains, l’épris de justice Nelson M. Mandela déconseille.

Chercher à s’éterniser au pouvoir (place où le pire et le meilleur se côtoient facilement), c’est s’accrocher aux sorts comparables à ceux de Doe (Libéria), Ceaucescu (Roumanie), Bokassa (Centrafrique) Maïnassara (Niger) et autres cas qui se sont terminés dramatiquement occasionnés par la soif du pouvoir. Tel est le triste sort de ceux qui se sentent indispensables ou nés pour gouverner.


Qu’est-ce qui justifie l’intransigeance des dirigeants à revenir sur la limitation du mandat présidentiel ?

La soif du pouvoir et en tant que croyant je dirais même l’énormité des péchés commis par un président lors de l’exercice du pouvoir et qu’il est appelé à payer le prix d’au moins une partie sur cette terre sont les causes de leur intransigeance à vouloir toujours gouverner mais jamais être gouvernés vivants ; ce qui est quelque chose de gravissime quand vie rime avec pouvoir.


Quelles sont les conséquences désastreuses pour le Mali d’essayer de tenter d’imiter ces pays, pseudo royaumes ?

Quiconque, motivé par la cupidité et le magnanisme/tolérance légendaire des Maliens, se hasarde à se rendre coupable de la violation de l’article clé (30) de la Loi fondamentale du 25 février 1992 sera jugé par l’Histoire d’avoir mis à genou la démocratie malienne, d’avoir sali la mémoire des martyrs et de s’apparenter au régime du général Moussa Traoré qui a été combattu au nom des notions de pluralisme, d’alternance, d’Etat de droit, de démocratie et que sais-je encore ? D’autant qu’il est dit dans la Constitution du Mali que l’insurrection est un droit du peuple sur les questions vitales.

Comment résoudre définitivement cette récurrente question de limitation de mandat présidentiel au Mali ?

Il convient de mettre fin à ce débat honteux qui ne devrait aucunement avoir lieu si chacun de nous (gouvernants et gouvernés) avait le minimum de considération pour la personnalité de chacun et chacune des 12 millions de Maliens ; si nous avions confiance en la capacité de chacun de ces 12 millions d’habitants à gouverner ce pays et à lui donner la place qu’il mérite tant en Afrique qu’ailleurs.

Mais puisque les suspicions subsistent, inscrivons la limitation du mandat présidentiel à l’article 118 de la Constitution aux côtés de la laïcité de l’Etat, du multipartisme et de l’intégrité du territoire comme questions ne pouvant nullement faire l’objet de révision constitutionnelle.

Doit-on continuer à considérer le pouvoir comme un patrimoine personnel ?

Personne ne peut soutenir théoriquement une telle idée ? Mais dans la pratique, le constat amer qui se fait en Afrique est que ceux qui nous dirigent donnent tout l’air de gérer leur pays comme un bien personnel. Ils le disent et le font d’autant qu’ils ne sont pas prêts à transmettre le pouvoir à celui que le peuple désigne comme leur successeur. Ils s’accrochent eux-mêmes au pouvoir ou désignent leur successeur qui est avalisé par le peuple à travers la fraude électorale.


Quelles conclusions de Mamadou Fadiala Kéita en la matière ?

Pour taire les ambitions démesurées de ceux qui nous ont gouverné pendant dix ans et qui insultent l’intelligence des Maliens, les qualifient d’incapables à diriger le pays comme eux et mieux qu’eux en voulant éternellement revenir au pouvoir pour nous servir la même sauce, régler des comptes et même gérer de nouveau avec la bonne foi, nous disons merci.

La meilleure bonne foi d’un homme serait, comme le font les vrais musulmans, de souhaiter le même bonheur aux autres Maliens en disant « je vous aide à occuper le Palais de Koulouba comme moi je l’ai fait » et non « je veux réoccuper le Palais de Koulouba ».

Autrement dit ramener tout le bonheur à sa propre personne est contraire au bon sens, contraire à l’islam dont plus de 80 % de Maliens se réclament.
C’est à cette heure de relecture qu’il faut verrouiller définitivement la limitation du mandat présidentielle en l’associant aux questions ne devant jamais être révisées.

En le faisant, on aura laissé un joli cadeau démocratique aux générations futures. Aussi, sachons-le, s’éterniser au pouvoir ou vouloir y revenir chaque fois n’est pas dans l’intérêt de celui qui le tente ou le fait encore moins dans l’intérêt du peuple. La gouvernance démocratique requiert que l’on soit humble, moins gourmand et croyant. Allah veille sur le monde entier à commencer par le Mali.

N’ayons pas peur de ce qui se passera après notre gestion du pouvoir. Allah a suffisamment créé de Maliens valables pour faire le bonheur d’autres Maliens comme Il l’a fait pour les Etats-Unis d’Amérique où en 219 ans (1789-2008) 43 présidents américains ont eu la confiance et la charge de guider la nation américaine vers le bien-être général.

C’est cette diversité au sommet de l’Etat qui a bâti les Etats-Unis d’Amérique (1re puissance mondiale) car aucun de ces 43 valeureux ne s’est dit ‘j’ai fait 8 ans, je suis le plus populaire, le plus patriote, le plus travailleur, alors je reste pour un troisième, voire plus de mandat‘.

Voilà, c’est ma conviction profonde, le Mali dont je rêve. Un Mali fort, prospère et uni à travers de nombreux ex-présidents d’opinions diverses et peu soucieux de personnaliser le pouvoir.


NB :
Le jour où, par grand malheur et que qu’Allah nous en éloigne, la limitation du mandat venait à être revue, je déclarerai la journée de deuil de la démocratie malienne.


Bamako, le 2 juin 2008

Mamadou Fadiala Kéita

(juriste Hamdallaye ACI-2000, e-mail : ajcad@voila.fr)

05 Juin 2008