Partager

Le Décret n° 2013-043/P-RM du 22 janvier 2013 fixant les avantages accordés aux membres et au Secrétariat du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité, est un véritable scandale comme on n’en a jamais vu au Mali sous les magistères de Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré et Att réunis. En effet, on a voulu récompenser les auteurs du coup d’Etat réunis au sein du Cnrdre, en les nommant au sein de ce Comité où les salaires varient entre 600 000 Fcfa à 2 500 000 Fcfa, sans compter une multitude de primes et indemnités. Finalement, le capitaine Sanogo se retrouve avec près de 4 millions Fcfa par mois, auxquels il faut ajouter plein d’autres avantages. C’est tout simplement scandaleux !

Le Pr Dioncounda Traoré, un des grands acteurs du Mouvement démocratique, déçoit de jour en jour par ses décisions qui transforment chaque jour un peu plus le Mali en une République bananière où seuls les desideratas de la bande de putschistes comptent. En effet, cette meute de mutins qui a carrément tourné le dos aux opérations militaires pour libérer le nord du pays, contrairement à leurs promesses pour justifier leur crime constitutionnel, s’en tirent apparemment très bien. Trop bien même devrait-on dire. Et l’on comprend maintenant pourquoi Cheick Modibo Diarra, l’empêcheur de tourner en rond a été purement et simplement écarté par les hommes de Kati désormais alliés à Dioncounda Traoré. Effectivement, ce n’est pas un secret que l’ex-Premier ministre avait commencé à refuser de céder aux injonctions de Kati et surtout à une pression financière des putschistes dont la boulimie financière se révèle comme le principal mobile de leur passion pour le pouvoir.

Les Maliens n’ont pas fini de parler du changement subit de standing de la plupart des membres du Cnrdre, ce Comité de putschistes, que le président par intérim, Dioncounda Traoré, dévoile son jeu de complicité avec Sanogo pour fragiliser les finances maliennes déjà exangues par la faute de ce même Sanogo et son groupe à travers la rupture de l’ordre constitutionnel qui a mis en berne l’économie nationale et provoqué le désengagement des partenaires techniques et financiers.

Selon le Décret n°2013-043/P-RM du 22 janvier 2013, Sanogo, en tant que président du Comité machin truc (comme nous l’appelions dans les colonnes de notre journal) a droit à un traitement mensuel de 2 500 000 Fcfa. Il faudra y ajouter une indemnité de responsabilité de 300 000 Fcfa, une prime de sujétion pour risques de 250 000 Fcfa, une indemnité de logement de 500 000 Fcfa, une indemnité forfaitaire d’entretien, au titre de la consommation d’eau, d’électricité et de téléphone de 400 000 Fcfa. Ce qui équivaut à près de 4 millions Fcfa par mois (exactement 3 950 000 Fcfa par mois). Sans oublier le véhicule de fonction, la gratuité des soins et examens médiaux, un régime d’assurance couvrant les accidents de transport par voie aérienne ou de surface. En plus, lui comme le vice-président, le secrétaire général, les présidents de commission, les chefs de bureau et de cellule, devront recevoir à l’avance un mois de traitement net sous forme de prime d’installation.

Le vice président de comité se retrouve avec un salaire de 2 100 000 Fcfa, le secrétaire général 1 800 000 Fcfa, les présidents de commission 1 100 000 Fcfa, les chefs de bureau et les chefs de cellule 600 000 Fcfa. Des traitements auxquels il faudra ajouter des primes et indemnités. Il reste évident que les syndicats d’enseignants, à qui on demande de renoncer à leurs prétentions au nom de la situation du pays, avaient bien raison de maintenir la pression sur ce gouvernement qui se permet de prendre de telles mesures à la fois discriminatoires et révoltantes.

Selon des juristes contactés par nos soins, le Décret en question ne souffre pas d’insuffisances et reste attaquable parce qu’il devait préciser, selon eux, la source de financement ou la structure chargée de prendre en charge ces dépenses. De ce point de vue, le décret est muet car il précise seulement que « le présent Décret qui prend effet, pour les intéressés à compter de la date de nomination, sera enregistré et publié au Journal officiel ». Sans plus !

Mais d’ores et déjà, nous osons soutenir que c’est le Trésor public qui va saigné lorsque nous retrouvons sur cet acte les signatures respectivement du ministre de l’Economie des finances et du budget, Tiéna Coulibaly et du ministre du Travail, de la fonction publique et des relations avec les Institutions, Mamadou Namory Traoré. Ce dernier fait déjà penser aux radiations de la fonction publique de plusieurs centaines de chefs de famille, sous le prétexte qu’ils ont été recrutés en dehors de toute légalité. Mais voilà que s’il s’agit d’apposer sa signature sur un acte aussi scandaleux que ce décret, il ne rechigne pas et se fait moins loquace.

En tout cas, les Maliens apprécieront cette distribution de traitements et avantages qui a tout l’air d’une tontine. L’histoire retiendra aussi qu’au Mali, un certain Dioncounda Traoré, président par intérim a récompensé les auteurs d’un coup d’Etat qui lui a permis de devenir chef de l’Etat contre toute attente.

Birama FALL

Le Prétoire du 18 Février 2013