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Le Mardi, 30 août 2005, au quatrième jour de son séjour dans la région de Tombouctou, Mme Lansry Nana Yaya Haïdara, commissaire à la sécurité alimentaire, a commencé sa visite de terrain par la commune de Ber.

Située à environ 60 kilomètres au nord du cercle de Tombouctou, la commune rurale de Ber était récemment au centre d’une polémique.

Pendant que les autorités du pays imaginaient des stratégies pour mettre les populations à l’abri d’une crise alimentaire qui sévit dans la bande sahélienne après le passage des criquets pèlerins et une faible pluviométrie, une information qui serait partie de Ber est venue ébranler tout le système.

Selon cette information, des enfants y mouraient pour cause de malnutrition. Or, après les efforts consentis par le gouvernement du Mali et ses partenaires, les responsables chargés de gérer la sécurité alimentaire espéraient mettre notre pays à l’abri d’une catastrophe humanitaire.

Donc, c’est à juste titre que Mme Lansry a rendu visite aux responsables politiques et administratifs de la commune de Ber qui s’étend sur 72000 kilomètres carré pour 25002 habitants, repartis entre un village et 35 fractions.

Ahmed Mohamed Ag Hampho, maire de Ber a rappelé que durant la campagne agro-pastorale 2004-2005, la commune a connu une invasion acridienne sans précédent. Selon lui, la quasi-totalité des pâturages aériens et herbacés a été détruite. Il dira que cela a eu pour conséquence une situation alimentaire difficile à la fois pour les hommes et le bétail.

« Mais fort heureusement le pire a pu être évité grâce aux multiples efforts qui ont été déployés par nos plus hautes autorités en direction des populations et du cheptel>> a-t-il déclaré.

La commune de Ber a bénéficié au total de 82 tonnes de blé, de tonnes de mil, 6 tonnes de farine enrichie, 350 bidons d’huile, 30 tonnes d’aliment bétail et de 70 tonnes de céréales offerts par le programme alimentaire mondial dans le cadre du travail contre nourriture.

Pour tout cela, le maire de Ber a remercié le gouvernement du Mali à travers madame le commissaire à la sécurité alimentaire.

Mme Lansry a indiqué qu’elle a appris par des voix non autorisées que des enfants mourraient dans la commune de Ber pour des problèmes de malnutrition provoqués par des difficultés alimentaires.

« Sans vérification, nous avons saisi le PAM pour une intervention d’urgence à
Inagozmi
 » a-t-elle révélé.

Pour sa part, Lassina Diarra, conseiller aux affaires administratifs, économiques et financières (CAEF) du gouvernorat de Tombouctou, n’est pas passé par quatre chemins pour démentir la rumeur de Inagozmi.

« Les cris ont été trop forts pour décrire la réalité et n’avaient pour seul objectif que de susciter une intervention rapide« a-t-il indiqué.

Mme Lansry et le représentant du gouvernorat de Tombouctou ont expliqué aux habitants de Ber le danger qu’il y a de faire des fausses alertes.

« Les structures techniques de l’Etat et les partenaires du Mali risquent de ne plus prendre au sérieux un vrai problème des habitants de votre commune, parce que vous les aurez habitué à vos fausses alertes  » ont-ils indiqué.

De son coté, Mary Diallo coordonnateur national du Système d’alerte précoce (SAP) a fermement contesté le taux de 50 % de malnutrition des enfants de Inagozmi.

Selon lui, même en 1973, année de la grande sécheresse au Mali, ce taux n’a jamais été atteint dans aucune zone du pays.

Mieux, il dira que l’enquête médiconutritionnelle a révélé un taux de prévalence de la malnutrition aiguë globale de 15,3 % à Bamba et Temera, 14,2 % dans les cercles de Nara, Nioro et Diéma, 11,5 % dans les communes de Anefis et de Aguel hoc, 8,4 % à Ber et 7,6 % à Intillit.

Selon l’OMS, les taux situés entre 5-9 % sont moyens, de 10 à 14 élevés et très élevés quand ils sont supérieurs à 15 %.

Quelques ressortissants de Ber ont pris la parole. Oumar Ag Intala, président du conseil de cercle de Tombouctou et conseiller municipal de Ber a exprimé des doutes sur le bon fonctionnement du SAP à la base.

Il a ensuite loué les efforts consentis par le gouvernement pour soutenir les populations. Cependant, il a proposé que des mesures idoines soient prises rapidement et définitivement pour mettre le pays en sécurité alimentaire.

Mohamed Ag Attaher de l’association malienne pour la survie au Sahel
(AMSS) a révélé qu’en un an le comité communal SAP s’est réuni une seule fois pour remplir le bulletin. En sa qualité de responsable de l’AMSS dans la commune de Ber, il déclaré qu’il n’y a pas de famine dans la zone.

Selon lui, les marchés sont régulièrement approvisionnés en céréales, même s’il regrette un peu leur accessibilité. Il a souhaité l’ouverture d’une banque de céréales à Ber où le sac de cent kilogrammes de riz coûte 25000 F Cfa.

Mme Fati Wallet Fida, au nom des associations féminines de Ber a souhaité que le commissariat appui les femmes en dehors de toute action en direction de la mairie.

Pour rassurer les uns et les autres, Mme Lansry Nana Yaya Haïdara a levé le voile sur la stratégie envisagée pour faire reculer l’insécurité alimentaire dans notre pays.

« Il ne s’agit pas d’apporter seulement l’aide alimentaire aux populations éprouvées, mais de faire le diagnostic de toutes les potentialités de tous les villages, de toutes les communes, de tous cercles et de toutes les régions afin de développer un processus de production à travers le pays » a-t-elle déclaré.

Assane Kone
Envoyé spécial

07 septembre 2005.