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Tombouctou qui abrite la prestigieuse université coranique de Sankoré et d’autres medersa, était aux XVè et XVIè siècles un centre intellectuel et spirituel qui a joué un grand rôle dans la propagation de l’islam en Afrique. Ses trois grandes mosquées : Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, témoignent de son poids intellectuel et spirituel important. Bien que restaurés au XVIè siècle, ces monuments sont aujourd’hui menacés par l’avancée du désert.

Inscrit en 1988, Tombouctou a été retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril en 2005, compte tenu des améliorations de l’état de conservation des trois mosquées du site et de l’adoption d’un plan de gestion et de conservation. Aujourd’hui, le Comité s’inquiète des nouvelles constructions à proximité des mosquées, notamment celle du Centre culturel Ahmed Baba.

C’est pourquoi le Comité a demandé une analyse de leur impact sur le site. Il a demandé aussi la mise en place d’un « suivi renforcé » à Tombouctou et sur un total de trois autres sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec cette nouvelle décision des missions régulières se rendront sur le site du patrimoine soumis à une menace précise.

Déjà, l’État -partie, en l’occurrence le Mali représenté par le ministère de la Culture a promis de satisfaire aux deux mesures correctives que sont de surseoir à la construction d’un amphithéâtre et des toilettes prévus sur le coté est de l’Institut, pour ne pas étouffer la mosquée.

Il sera procédé aussi à la démolition et la délocalisation des deux salles de classe et du bloc sanitaire localisés entre la mosquée de Sankoré et le nouveau building de l’Institut Ahmed Baba, nous a expliqué Ali Ould Sidi, chef de la Mission culturelle de Tombouctou, qui avait aussi représenté notre pays à cette rencontre du Comité du patrimoine mondial.

Le rapport fourni par la mission conjointe du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO souligne les préoccupations suivantes : les travaux de construction du nouveau building devant abriter l’Institut Ahmed Baba sont bien avancés et près de 80 pour cent de l’ouvrage structurel sont achevés ; et ce nouveau building entache puis altère gravement la valeur universelle exceptionnelle du site de Sankoré à cause de son volume et des matériaux utilisés que sont le béton armé non adapté à l’architecture en terre.

La mission pointe aussi du doigt la construction sur le côté nord de la mosquée de Sankoré de deux salles de classe et d’un bloc sanitaire en maçonnerie en pierre avec toit en tôle ondulée, mais aussi les portes et fenêtres en métal. Les experts de la mission de suivi trouvent que le présent complexe affecte dangereusement la valeur universelle exceptionnelle et l’authenticité de la mosquée de Sankoré.

En conséquence, la mission de suivi propose de procéder à la mise en oeuvre des mesures correctives suivantes : la non-construction des blocs suivants : l’amphithéâtre, la maison d’Ahmed Baba, la salle de classe et le bloc des toilettes, comme prévu dans les plans architecturaux, et leur déplacement à un autre lieu éloigné de la place Sankoré.

La mission propose également la démolition des deux salles de classe et du bloc sanitaire et leur délocalisation à un autre endroit. Aussi, les experts de la mission ont suggéré au Comité du patrimoine de l’UNESCO l’inscription de Tombouctou sur la liste du patrimoine en péril.

Car selon eux, le site répond aux conditions définies pour une réinscription sur la liste du patrimoine en péril. C’est suite à l’insistance du Maroc que le comité a accepté d’ouvrir un débat précédé par un exposé de notre représentant. Ali Ould Sidi a ainsi expliqué les efforts faits par notre gouvernement.

Après l’inscription de Tombouctou sur la liste du patrimoine en 1999, une étude de sauvegarde sur la vieille ville a été effectuée en 2002, puis une autre étude de revitalisation de la Médina en 2005 et enfin un plan stratégique d’assainissement de la ville en 2005. Depuis juillet 2006, Tombouctou dispose d’un plan de gestion et de conservation de la vieille ville, condition sine qua non de son retrait de la liste du patrimoine mondial en péril.

Les huit États membres du Comité du patrimoine de l’UNESCO en faveur du Mali sont le Kenya, le Maroc, la Tunisie, le Pérou, la Suède, le Brésil, la Chine et le Canada. Tous ont appuyé la thèse selon laquelle le Mali a fourni beaucoup d’efforts en matière de préservation et de valorisation des sites du patrimoine mondial, et ont suggéré que le Comité lui donne la chance de mettre en oeuvre les mesures correctives nécessaires demandées.

Le Comité du patrimoine demande ainsi à notre pays de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2009, un rapport d’avancement sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des mesures correctives susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33è session en 2009, afin de considérer, en l’absence de progrès substantiel, la possibilité d’inscrire le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Y. DOUMBIA

Il élève la voix contre la corruption et pour l’égalité sociale et la diversité culturelle

Le jeune rappeur MC Talka est un jeune homme d’un calme olympien. Mais derrière cette apparence se dissimule le «  gnac  » d’un jeune rappeur engagé contre

Abdoulaye Touré dit MC Talka : Le rappeur engagé

la corruption politique et économique, pour l’égalité sociale et la diversité culturelle. MC Talka se veut la «  voix des pauvres « , le mot «  talka  » signifiant « pauvre » en sonrhaï et porte par ricocher celle du « voix du Nord ».
Abdoulaye Touré, de son vrai nom, est né en 1978 à Gao et la culture songhaï est au coeur de sa musique et de son message.

« Ma culture dépend de ma langue et vice et versa« , explique MC Talka qui se dit le premier rappeur du Nord du pays à monter sur la scène bamakoise. C’est après avoir passé le baccalauréat, puis effectué plusieurs petits boulots, qu’il fonde en 2002 le groupe de rap Faskaw’s, venant du mot sonrhaï « Fasakoï » qui signifie justicier. La même année sort son premier album « Mali, le Nord pleure! » avec la collaboration du chanteur Baba Salah, guitariste et arrangeur. Distribué par Mali K7, l’album a un succès certes limité, mais le nom des Faskaw’s est sorti de l’anonymat.

Le groupe a sillonné le pays pour donner des concerts et participer à des festivals jusqu’à sa dissolution en 2006. L’avenir dira si les Faskaw’s se remettront un jour ensemble. En attendant, MC Talka se lance dans une carrière solo. En 2007, il participe à un concert rendant hommage à feu Ali Farka Touré à Essakane, lors du festival dans le désert. Il y accompagne les musiciens de Ali Farka Touré puis réitérera l’expérience en 2008. C’est à Essakane, en 2007, qu’il attire l’attention d’une cinéaste suédoise. Cette dernière l’invite à venir rencontrer des artistes de la scène rap suédoise.

Il y rencontre le chanteur « Timbuktu« , qui se trouve être parmi les rappeurs les plus connus de Suède et il a aussi la double nationalité suédoise et malienne. Avec la bénédiction de « Timbuktu« , MC Talka est invité à chanter au festival international « Urkult« . Il y chante avec le groupe originaire de Tessalit, Tinariwen. C’est également en Suède qu’on lui offre l’opportunité de produire son premier album solo, « Alternance ethnique« . Un album agressif critiquant « la piètre gestion de certains dirigeants africains« .

MC Talka se dit ennuyé par les critiques récurrentes faites envers l’Occident et la mondialisation. « C’est à l’Afrique aussi de se prendre en main, je laisse les critiques anti-occidentales à ceux qui la pratiquent déjà depuis longtemps« , relève-t-il. « Alternance ethnique » est sorti en Suède en 2007, mais ne s’est pas frayé de chemin jusque dans les bacs maliens. Une situation fragile de la production musicale malienne et « un public rap encore trop discret« , font selon lui en sorte, que ce genre musical n‘arrive pas encore à trouver sa « véritable place chez nous ».

Un deuxième album, « La paix dans la divergence » sort en 2008, également en Suède. MC Talka rêve un jour de pouvoir se produire entièrement au Mali. En attendant, un projet d’une coopération suédoise et malienne pour un festival musical estival à Gao, « Sweden-Mali voices« , est prévu pour 2009. MC Talka en sera le parrain.

Bertrand Willi Michels

25 Août 2008