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Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à Tombouctou continue de perdre des combattants soit par accidents de voiture soit suite à des accrochages avec son ancien allié (Ançar Eddine).

Dans la matinée du samedi 16 juin 2012 un accident de voiture est survenu sur l’axe Tombouctou-Koriomé. Le véhicule, qui transportait 9 combattants du MNLA en provenance de Koriomé, a quitté la chaussée avant de heurter de plein fouet des arbres géants aux abords du goudron. L’excès de vitesse est en cause.

Bilan : un mort et les huit autres occupants grièvement blessés. Ils souffrent de traumatisme crânien et de fractures ouvertes. Le MNLA est très présent à Koriomé. Depuis la prise de Tombouctou par les groupes armés, le MNLA a fait de cette localité sa priorité principale.

Koriomé est à 18 km de Tombouctou, il abrite le port fluvial qui constitue un poste stratégique. Qui contrôle ce poste, contrôle les entrées et les sorties des véhicules. Ce poste apporte énormément beaucoup financièrement. Le MNLA s’occupe de la traversée des véhicules en provenance du Sud contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Les chauffeurs sont contraints de payer le triple du tarif normal. Les combattants du MNLA néanmoins procèdent à des fouilles systématiques des véhicules et des passagers victimes quotidiennement d’extorsions de leurs biens (ordinateurs, motos).

Des corps à corps aussi

L’échec de la fusion des deux groupes a aussi entraîné un combat de leadership. Des combattants d’Ançar Eddine et du MNLA se sont affrontés sur la route de Goundam au niveau d’un check-point contrôlé par Ançar Eddine le mercredi dernier.

Des combattants du MNLA en provenance de Goundam, arrivés au niveau de la rentrée ont été sommés par des membres d’Ançar Eddine de retirer le drapeau qui flotte sur le véhicule. Arguant qu’aucun drapeau ne doit être visible à l’intérieur de la ville autre que celui des islamistes.

Une vive altercation les a opposés, la tension est vite montée avec des échanges des coups de poings, des crosses de fusils. A la fin de l’opération, il y a eu un blessé du côté d’Ançar Eddine et 4 blessé du côté du MNLA dont le chef de mission qui a finalement succombé à ses blessures le samedi.

Selon une source hospitalière, « nous avons reçu 5 combattants blessés dont 1 d’Ançar Eddine et 4 du MNLA. Après constat, aucun impact de balle n’est visible sur les blessés. Tout laisse à croire que ça été un combat physique de corps à corps sans usage d’arme à feu mais qui a été violent ».

Chaque jour qui passe Ançar Eddine s’installe de plus et prépare ses bases arrières par un endoctrinement. Des écoles ont été créées où sont formés des enfants de 7 à 12 ans de peau blanche portant des tenues des combattants islamistes. Ils sont tous enturbannés. Se croyant en territoire conquis, ces jeunes islamistes circulent dans la ville par petit groupes ou souvent dans les véhicules des islamistes comme si la relève des années à venir est assurée.

Tous les bâtiments de l’administration sont occupés par les islamistes, sur lesquels flottent des drapeaux noirs. Les islamistes ont réquisitionné le camion de la mairie qui s’occupait de l’assainissement de la ville. Ce camion fait des rotations entre les services, sous contrôle avec lequel ils transportent les documents et les archives à 4 km de la ville pour les déverser puis les brûler.

Harber Badou

(correspondance particulière)

Les Echos du 19 Juin 2012