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Autrefois sollicité pour diverses raisons, le coton tissé n’est plus une priorité pour les clients. Raison pour laquelle, les tisserands se plaignent de la non-rentabilité de ce métier. 

A Bamako, on retrouve des tisserands dans quelques quartiers comme Badalabougou, Daoudabougou et Médina Coura. Ce vieux métier est généralement pratiqué au Mali par des peuls ou des hommes de castes appelés Mambô. C’est donc très difficile de retrouver d’autres ethnies dans ce secteur. Demba Sow, Tisserand un sexagénaire qui vit de ce métier depuis son bas âge. Il a quitté Nioro pour s’installer à Medina Coura là où il satisfait ses clients. Ce vieux tisserand a appris ce métier grâce à son père. « Quand mon père tissait le coton, je me mettais toujours auprès de lui. J’observais exactement ce qu’il faisait jusqu’à ce que je réussisse à faire comme lui » dit-il.

Almami Sangho un autre jeune Tisserand croisé dans le même quartier affirme que ce métier est héréditaire. « Nos parents et grands-parents faisaient ce métier avant même que nous ne naissions. Nous l’avons appris à travers eux » dit-il.   

Ce coton tissé et portés pas nos grands-parents avait une grande utilité. Le porter était aussi de coutume. Selon nos interlocuteurs. « Avant, nos mamans attachaient ce coton tissé. On peut l’utiliser pour en faire un drap, un accoutrement culturel comme celui des dozos » ajouta t-il.

Demba Sow à son tour, a souligné la nécessité voire la quintessence du port du coton tissé. Selon lui, une énorme signification accompagne ce tissu. «Dans le temps, les femmes mariées portaient ce coton tissé. Ce n’était pas un bon signe de porter autres tissus comme les prêts-à-porter. Même quand une personne décédait, on utilisait ce tissu pour en faire son linceul. C’est pour cette raison que même les guinéens le commandaient chez moi » a-t-il déclaré.  

Ces tisserands ajoutent que même dans le temps passé, certaines personnalités notamment le premier président de la république du Mali, Modibo Keita, portait ces tissus cousus des mains des tisserands.  « Modibo Keita portait toujours le coton tissé. Moussa Mara, lors de sa prise en fonction à la primature, a porté le tissu tissé. Sans oublier les présidents Burkinabés qui continuent toujours à le valoriser de nos jours. Or, nos ministres actuels peuvent dépenser plus de 150.000 FCFA dans les habits importés » a pesté Demba Sow, tisserand. 

Cependant, de nos jours, Ce métier perd peu à peu sa valeur d’antan à cause des habits importés. « Le métier de tisserand n’a plus de valeurs. Raison pour laquelle beaucoup ont quitté. Nous étions ici 120 tisserands au départ, maintenant, nous sommes restés seulement que 3. Les autres ont changé de métier », a continué le vieux tisserand. 

« Ce tissu sera plus en valeur si toutefois, les autorités le portaient pour apparaitre dans les médias. Ainsi, cela constituerait une forte motivation pour les populations à emprunter le chemin de la valorisation des tissus propres à nous » soutient Demba Sow.

L’industrie culturelle malienne doit être pérennisée pour la génération future, une préoccupation des tisserands. Ils invitent donc toutes les couches sociales à s’impliquer davantage pour vendre le label Mali. 

Adama Sanogo

@Afribone