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Les habitants de Lomé sont habitués à voir les partisans de l’opposant historique Jean-Pierre Fabre défiler dans les rues. Mais jamais l’opposition n’avait réussi à s’unir comme elle l’a fait mercredi, déclenchant une marée humaine dans la capitale togolaise et révélant une nouvelle figure de proue, Tikpi Atchadam. Jean-Pierre Fabre, 65 ans, l’homme « infatigable » comme on l’appelle au Togo, qui bat le pavé depuis des années, a toujours été montré du doigt par le pouvoir en place comme un homme « du Sud ». Celui qui amplifie aujourd’hui son mouvement, Tipki Atchadam, chef de file du Parti National Panafricain (PNP), ne pouvait donc venir que du Nord, tout comme le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, qui a succédé à son père après 38 ans de règne sans partage. Les représentants du Nord se sont toujours traditionnellement rangés derrière le pouvoir, explique à l’AFP Farida Nabourema, activiste togolaise, auteure d’un essai, La Pression de l’oppression. « On a toujours donné l’impression au Togo que ce sont les gens du Nord qui gouvernent et pourtant le Nord a toujours été négligé en terme d’infrastructures et d’investissements-« , poursuit-elle. « L’opposition se devait de se mettre ensemble pour éliminer l’alibi ethnique. » A 50 ans, Tikpi Atchadam, le visage recouvert de scarifications ethniques du Nord, a réussi à bousculer un échiquier politique quasiment sclérosé après des années de lutte interminable, de dialogue stérile avec le pouvoir et d’attente pour réformer la Constitution. « Ne regardez pas mes balafres », glisse-t-il à l’AFP en recevant dans la cour de sa maison. Il connaît les critiques qui veulent faire de lui un représentant de la minorité musulmane qui ne parle qu’à son groupe, les Tem. « Ecoutez plutôt ce que j’ai à dire. » Mercredi, à l’issue de la manifestation monstre contre le pouvoir, l’homme avait la parole claire et savait haranguer les foules.AFP