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“Cette décision du gouvernement ne nous engage pas”

Le Républicain : Le gouvernement a pris un décret, la semaine dernière, intégrant les enseignants contractuels à la fonction publique. La COSES est-elle satisfaite de cette décision?

Tiémoko Dao : Il serait trop tôt de dire que la COSES est satisfaite. Pendant que nous sommes en pourparlers, je crois que l’Etat est allé vite en besogne, parce qu’après la rencontre du 21 mars 2009, à la Primature, nous avons rencontré une équipe gouvernementale dirigée par le ministre de la Fonction Publique qui était venu nous faire quelques propositions en six points.

Parmi ces propositions, il y avait celle relative à l’intégration des contractuels. Mais, du côté des pouvoirs publics, c’était, comme l’a stipulé ce projet de décret, une intégration des contractuels de l’Etat à la Fonction Publique de l’Etat et une intégration des contractuels des Collectivités à la Fonction Publique des collectivités.

Mais, nous sommes venus faire une contre proposition en disant que nous syndicats, voulions que l’Etat intègre tous les contractuels à la Fonction Publique de l’Etat.

Pour la simple raison que si l’Etat gère les enseignants, on parviendra à relever le défi, non seulement des effectifs, mais aussi de la qualité de l’enseignement.

maginez que l’on construise une école à la frontière Mali-Algérie, par exemple à Bouréïssa, et que dans le cadre des collectivités quelqu’un qui est né à Bougouni veuille aller signer un contrat. Imaginez qu’il intègre même la Fonction Publique des collectivités, il n’est pas certain qu’il puisse quitter Bouréïssa après 5 ou 10 années.

Pendant que l’éducation est le socle de la nation. Nous avons donné une panoplie d’arguments pour que l’Etat puisse réellement réfléchir et pouvoir décider. Mais, malheureusement, lors de ce Conseil des ministres, l’Etat est allé dans le sens du recrutement des contractuels de l’Etat dans la Fonction Publique de l’Etat et les contractuels des collectivités dans la Fonction Publique des collectivités.

Quels sont présentement vos rapports avec le département de tutelle ?
Nous pensons que cette doléance dépasse le cadre du département, parce que c’est un problème du gouvernement tout entier. C’est pourquoi, dès lors que le nouveau ministre est nommé, il a tenu à nous rendre visite [la semaine dernière, NDLR].

C’est une visite de courtoisie aux différents partenaires et nous pensons que si on devait réellement établir un cadre permanent de dialogue, il va sans dire qu’on puisse quand même trouver un terrain d’entente.

Allez-vous rejeter cette décision d’intégration prise par le gouvernement ?

Dès lors que ce n’est pas dans le sens souhaité, nous ne pouvons que dire que ça ne nous engage pas. Parce qu’on a entamé des discussions qui ne sont pas terminées. Nous voulons bien que l’école marche parce qu’une fois de plus une nation sans éducation saine est vouée à l’échec. C’est pourquoi, nous insistons sur le fait que les enseignants doivent être gérés seulement par l’Etat, rien que l’Etat.

Qu’en est-il des points de revendications qui ne sont pas encore satisfaits ?

Nous avons rencontré une équipe gouvernementale le 24 mars qui nous a fait des propositions en six points. Il s’agit de l’indemnité de logement où l’Etat a proposé en lieu et place une majoration de l’indemnité spéciale de responsabilité de 4000 F Cfa.

Et cette intégration, comme ils l’ont bien dit à la Fonction Publique de l’Etat pour les contractuels de l’Etat, à la Fonction Publique des collectivités pour les contractuels des collectivités. Le troisième point, c’était le paiement avec rappel des arriérés d’avancement et des 2,56 %.

La première journée, le directeur général du budget nous avait bien affirmé qu’il avait déjà signé tous les mandats de délégation de crédit. Depuis lors, nous pensons que cette doléance est en cours de résolution.

S’agissant de l’application des cadres organiques, on ne fait pas encore cas, parce que le processus du dialogue qui était entamé, a été interrompu et est intervenu le remaniement. Nous souhaitons que d’un moment à l’autre, le dialogue va reprendre pour approfondir la réflexion et aplanir nos divergences.

Ces points peuvent-ils être l’objet d’un bras de fer entre le syndicat et le gouvernement ?

Je ne le pense pas, dès lors que c’est l’équipe gouvernementale qui est elle-même venue nous faire ces propositions. Et déjà en enlevant notamment celle relative au paiement avec rappel des arriérés.

La levée des obstacles juridiques va naturellement de paire avec l’intégration à la Fonction Publique. Un autre point, c’était la gestion des villas de la colline de Badala où le ministre avait un malentendu avec les locataires. Donc, sur les six points, voilà les trois points que nous avons mis de côté.

Et il restait fondamentalement la majoration de l’indemnité spéciale de responsabilité. Nous avons fait une proposition dans ce sens, l’intégration des contractuels à la Fonction Publique de l’Etat que nous souhaitions. Nous souhaitons que les enseignants soient totalement gérés par l’Etat.

Lorsque les enseignants sont recrutés et mutés par l’Etat, alors quelqu’un de Kayes peut se retrouver à Kidal. Quelques années après, il peut chercher à venir à Sikasso, à Kati, ainsi de suite.

Mais dans le cadre des collectivités actuellement, si vous êtes recrutés à Aguel’hoc, ce n’est pas évident que vous puissiez venir même à Bamako après 10 ans. C’est ce qui pose problème, le problème de la mobilité. Nous avons demandé aux autorités de pouvoir chercher à résoudre ces problèmes. Nous ne sommes pas du tout contre la décentralisation, mais nous pensons que l’école est un secteur très sensible du développement de la nation et c’est pourquoi, nous voulons que les enseignants soient gérés seulement par la Fonction Publique de l’Etat.


Quels sont aujourd’hui vos sentiments après deux années de lutte syndicales ?

Le syndicalisme est une course de fonds. Dès lors que les contradictions sont là, on essaie de les résoudre. Aussitôt, les contradictions secondaires s’érigent en principales. Donc, au terme des deux années, nous pensons qu’on a un peu bougé, même si on n’a pas très avancé.

Les pouvoirs publics sont revenus sur leur décision dès lors qu’ils disaient à un moment donné que le problème de l’indemnité n’était pas à l’ordre du jour. A ce jour quand même, je crois que le principe est acquis. Il s’agit de voir qu’est-ce qu’il faut faire et comment il faut le faire. Donc, je pense que, depuis deux ans, on a beaucoup bougé, mais on a très peu avancé.


Seydou Coulibaly

05 Mai 2009