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Le secrétaire général de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses), Tiemoko Dao déplore dans un entretien qu’il nous a accordé, l’inaction de l’Etat dans la prise en compte de leurs doléances. Il affirme que la fonction publique des collectivités est un piège tendu aux enseignants et soutient que l’école n’est plus une priorité des autorités. Le maintien du mot d’ordre de grève de la Coses s’explique, selon lui, par le fait que sur sept points de revendications seuls deux sont en cours de traitement depuis le mois d’octobre.

Les Echos : Vous avez organisé le jeudi 10 avril un grand meeting. C’était pourquoi ?


Tiemoko Dao :
Il s’agissait, pour nous, d’informer l’opinion nationale et internationale sur ce qui nous oppose aux pouvoirs publics. Car depuis le mois d’octobre nous avons déposé un cahier de doléances de sept points. Il s’agit de l’octroi d’une indemnité de logement aux travailleurs de l’enseignement secondaire, la levée des obstacles juridiques qui empêchent toute possibilité de promotion, de détachement et de disponibilité pour les professeurs contractuels de l’enseignement secondaire… Nous avons aussi demandé la relecture de l’article 60 de la Loi d’orientation sur l’éducation portant sur le statut particulier du personnel de l’enseignement avec le rappel de l’incidence financière de l’augmentation de la valeur l’indiciaire aux professeurs contractuels de l’enseignement secondaire à compter du 1er janvier 2007.

A ces quatre points, nous avons greffé trois autres parce que les quatre avaient déjà fait l’objet d’accord avec l’ancien Premier ministre le 17 juillet 2007. Ces points supplémentaires sont la renumérotation de l’évaluation modulaire, la relecture du décret 324 du 3 août 2003 portant statut particulier de l’enseignement fondamental et le troisième point de doléances est l’application correcte des cadres organiques des académies et des Cap. Ce sont là des points qui, depuis le moins d’octobre, font l’objet de revendications. Avant la rentrée, nous adressions une lettre de rappel pour signaler au gouvernement que nous avons déjà signé un accord avec l’équipe d’Ousmane Issoufi Maïga et jusqu’à preuve du contraire rien n’est fait pour ce qui concerne la mise en œuvre de cet accord.

Les Echos : Aujourd’hui où en êtes-vous dans les négociations ?


T. D. :
C’est le statu quo. Seulement deux points ont fait l’objet d’un traitement avancé. Il s’agit de la relecture de l’article 60 sur la Loi d’orientation sur l’éducation que le gouvernement a décidée en conseil des ministres. Le projet de loi qui doit être acheminé à l’Assemblée nationale. Le deuxième point qui a aussi fait l’objet d’un traitement est relatif aux projets de décret qui ont été adoptés en conseil des ministres il y a trois semaines s’agissant du paiement de l’incidence financière de l’augmentation de la valeur indiciaire aux professeurs contractuels de l’enseignement secondaire à compter du 1er janvier 2007.

Ces deux points sur les sept que nous réclamons ont depuis le mois d’octobre bénéficié de traitement. C’est pour vous dire qu’on dit sur tous les toits que l’école est une priorité mais en réalité nos pouvoirs publics s’occupent très peu de l’école. Imaginez que des responsables signent des accords et d’autres les remplacent pour tout remettre en cause ! On dit pourtant que l’Etat est une continuité. En 2004 par exemple, l’Etat s’était engagé à lever les obstacles juridiques qui nuisent à notre promotion, à ce jour rien n’est fait dans ce sens.

Par rapport à ce point, nous avons dit non à la proposition du gouvernement, qui nous parle d’une Fonction publique des collectivités. Nul n’ignore aujourd’hui que les collectivités comportent beaucoup d’insuffisances. Voyez-vous, à Gao l’Assemblée régionale a recruté des professeurs pour les différents établissements et le directeur de l’Académie de la région a instruit aux chefs d’établissement de ne pas donner aux nouvelles recrues de certificats de prise de service encore moins un emploi du temps. Et depuis janvier, ces enseignants attendent pour travailler.

A Bamako, on n’a pas pu recruter des enseignants au niveau du secondaire parce que le maire refuse de signer les contrats. Avec tous ces problèmes au niveau des collectivités l’Etat veut que nous soyons des cobayes d’une confusion créée par lui-même. Est-ce que l’école est une priorité au Mali ? On se pose la question, malheureusement aujourd’hui on essaie de faire croire au bas peuple que ce sont les enseignants qui sont capricieux et exigent trop du gouvernement. Or nous ne faisons que réclamer de meilleures conditions de vie et de travail. Si vous voyez actuellement qu’en Asie on est en train de faire des progrès et que le taux de croissance est élevé, c’est parce que là-bas il y a une éducation saine.

Les Echos :Après votre meeting d’information, quelles seront vos actions immédiates ?

T D : Dans ce statu quo, nous avons unanimement décidé de la reconduite de nos mesures de rétention des notes, de la non-évaluation jusqu’à la satisfaction totale de nos doléances.

Propos recueillis par

Amadou Waïgalo

14 avril 2008.