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Interview exclusive de Tiéman Coulibaly, PDG de la Cmdt : «La Cmdt est bien de retour. Avec la production de 430.000 tonnes de coton graine, le plan de campagne est à la hausse et sera publié dans quelques semaines»

La Cmdt est bien de retour pour jouer son rôle de pilier de construction d’une économie malienne prospère et performante. Les difficultés de ces dernières années sont devenues de mauvais souvenirs et les producteurs, aujourd’hui requinqués à bloc, sont en train de faire des merveilles avec l’aide de la Cmdt qui a mis en place de nouvelles mesures très encourageantes. Comment en est-on arrivé-là ? C’est cette question, comme à celle du processus de privatisation que le PDG, Tiéman Coulibaly, a répondu dans cette interview exclusive qu’il nous a accordée.

La campagne 2010-2011 vient de s’achever. Est-ce que la CMDT est parvenue à atteindre son objectif qui était estimé à 500.000 voir 600.000 mille tonnes de coton graine ?

jpg_tieman-cmdt.jpgIl faut savoir que l’objectif qui nous a été assigné par les autorités de la République est de 500 000 tonnes de coton graine. Il s’agit d’un peu plus de 100% de hausse faut rappeler que l’objectif qui nous a été assigné l’année dernière prévoyait une augmentation de plus de 100% de hausse de nos réalisations de la campagne 2010-2011 qui étaient de 243 000 tonnes. A noter aussi que cet objectif de 500 000 tonnes qui nous été assigné est certes ambitieux, sans être en dehors de notre portée, puisque, par le passé, le Mali a déjà fait 500 000 tonnes, voire plus. La preuve en est que pour la campagne 2003-2004, le Mali a été le premier producteur de coton en Afrique, avec une production de 620 000 tonnes.

Mais entre 2004 et 2012, cela fait 08 ans, au cours desquels la filière du coton a connu une crise profonde qui affecté le niveau de production, atteignant des records à la baisse. C’est ainsi qu’en 2008-2009 nous avons réalisé seulement 201 000 t0nnes, c’est-à-dire moins du tiers du record de 620 000 tonnes. Face à une telle situation, obligatoirement, nous perdons des réflexes.

Le premier réflexe que nous avons perdu est le manque de moyens d’entretien qui est sans doute le recyclage. Autrement dit, c’est le réflexe de la formation de manière générale. La Cmdt avait l’habitude d’avoir un intense programme de formation en direction aussi bien de son personnel d’encadrement agronomique, industriel que des producteurs de coton. Le manque de moyens, la chute du coton et la réduction des revenus de la Cmdt ont fait que tout le volet formation a été fortement négligé.

A savoir également que d’autres volets ont connu des difficultés, notamment le renouvellement de l’appareil industriel, le renouvellement du parc auto. Donc, lorsque les autorités nous ont assignés l’objectif de 500 000 tonnes pour la campagne 2011-2012, la question était de savoir si les réflexes allait pouvoir revenir. Peut-être que nous n’avons pas récupéré tous les réflexes, mais ce qui nous a surtout manqués le plus en 2011-2012, c’est la pluie. Et malgré toutes les mesures que nous avons prises pour l’objectif de 500 000 tonnes, les objectifs d’emblavure, c’est-à-dire la superficie à ensemencer en coton, n’ont pas été atteints.

Puisque le mois de juin a été sec, on a eu des semis tardifs. Et suivant cette logique, les semis tardifs aussi n’ont pas pu atteindre la maturité dans la mesure où les mois de septembre et octobre ont été aussi secs. C’est donc en dépit de la sécheresse du mois de juin et de la sécheresse des mois de septembre et octobre que nous avons atteint un niveau de production supérieur à 400 000 tonnes.

A la date d’aujourd’hui, nous estimons notre niveau de production entre 420 000 à 430 000 tonnes de coton graines. Au mois d’octobre, on était à 406 000 tonnes. Aujourd’hui, nous avons des raisons de croire que nous allons dépasser les 406 000 tonnes et même atteindre 420 000, voire 430 000 tonnes.

Alors, nous pouvons dire que les mesures prises en vue d’atteindre l’objectif de 500 000 tonnes de graines de coton ont largement produit leurs effets. Peut être que si la pluie ne nous avait pas fait défaut, on aurait sans doute dépassé les 500 000 tonnes. Mais nous ne boudons pas les 400 000 tonnes. Nous remercions le bon Dieu de nous avoir gratifiés de cela. C’est quand même une augmentation de plus de 60% en une seule année. Une première chez nous, ici. Évidemment, nous entendons continuer à progresser sur cette base.

On peut dire qu’à travers l’objectif fixé, la campagne a été déficitaire. Est-ce que vous avez aujourd’hui un dispositif d’accompagnement des paysans par rapport aux frais d’intrants ?

Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites que la campagne est déficitaire. Lorsqu’on se fixe un objectif de production, on peut toujours fixer un objectif peu ambitieux qu’on est sur d’atteindre. En 2010-2011, nous avons fait une production de 243 000 tonnes de coton graines. Nous aurions pu nous borner à dire que nous avons eu 10% en plus et nous satisfaire que nos attentes ont été comblées. Mais nous avons des objectifs ambitieux, à l’image de ceux de notre pays.

Quant aux mesures prises en vue d’atteindre notre objectif, nous avons décidé une très forte augmentation du prix d’achat du coton graine au producteur. Pour la campagne 2010-2011, nous avons acheté le coton au prix de 185 FCFA le Kg. De 2011-2012, nous sommes passés à 255 FCFA le kg et c’est une augmentation de plus de 70%. Cela a été un très grand facteur de motivation. L’autre grand facteur de motivation, c’est que sans distinction, nous avons payé la production de ceux qui en ont été victimes, c’est-à-dire ceux qui étaient nos débiteurs au titre des dettes internes.

Autrement dit, nous avons un système qui fait que tout le village emprunte ensemble et en même temps rembourse ensemble, en ce qui concerne les intrants. Souvent, même avec ce traitement, certaines personnes payent pour d’autres. Et il y a même des gens qui ont quitté la culture du coton parce qu’ils ne pouvaient plus continuer de payer pour d’autres. En ce sens, les producteurs de coton ont prélevé sur un compte bloqué une somme de 3 milliards de FCFA pour payer tous les producteurs de coton qui étaient créanciers d’autres producteurs de coton du fait de la caution solidaire afin de les ramener à la culture du coton.

En dehors de cela, les anciennes mesures qui étaient là ont été reconduites pour contribuer à une grande mobilisation. Il y a d’abord la subvention des intrants. La campagne 2011-2012 est la 3e année de suite pour laquelle l’Etat subventionne l’engrais aux producteurs de coton. Lors de la campagne 2011-2012, les efforts de la Cmdt pour payer les producteurs de coton, à temps, ont été une source de profonde motivation.

M. le P DG, vous venez d’effecteur une mission sur le terrain dans les zones CMDT, quel est le constat général ?

La mission que je viens d’effectuer est une visite à notre parc industriel. Tout ce que je viens d’évoquer est le volet agronomique de notre ambition pour la campagne 2011-2012. Il faut préciser que le coton produit par le paysan, entant que tel, n’est pas une richesse. Je veux dire que le coton ne devient une richesse que le jour où le prix du coton tombe dans les comptes de la Cmdt. Pour cela, il faut que le coton soit ramassé chez le paysan, acheminé à l’usine Cmdt pour y être égrené. Ensuite, la fibre est transportée, depuis l’usine jusqu’à la Comatex, la Fitina, etc.… c’est pour la partie vendue au Mali.

Il faut aussi que la graine de coton soit transportée depuis les usines Cmdt jusque dans les huileries Huicoma, Sepama et les petites coopératives huilières à Koutiala. Les 90% de la fibre de coton récoltés sont ensuite transportés depuis les usines vers les ports ouest africains, pour l’évacuation vers les pays outre-mer. C’est seulement en ce moment que les clients payent la Cmdt et le coton se voit ainsi transformé en richesse nationale.

Je suis allé voir comment fonctionnent les dispositions prises pour les pistes cotonnières, le parc automobile de la Cmdt, le parc privé de transport de coton graine et aussi jauger si les dispositions que nous avons mises en place permettent aux usines Cmdt de bien travailler en plein temps. Il s’agissait, en somme, de constater les difficultés sur le terrain afin d’y apporter les remèdes. J’ai découvert que, globalement, les choses se passent bien et nous sommes en train de produire un coton de bonne qualité. Nous avons, en 2011-2012, produit beaucoup plus de coton que les années passées.

Et comment la campagne 2012-2013 se prépare-t-elle ?

La campagne 2012-2013 se prépare sous de bons auspices. Les producteurs de coton sont plus que jamais motivés aujourd’hui. Grâce à l’appui de tous nos partenaires techniques et financiers, nous arrivons à payer les producteurs de coton dans les 7 à 10 jours, selon le ramassage de leur coton. La base d’achat du kg se maintient à 255 FCFA. En août 2012, ils recevront un complément de prix, en plus des 255 FCFA. Ils vont aussi recevoir, avant fin mai 2012, tous les engrais, tous les pesticides, dont ils ont besoin pour la campagne 2012-2013.

Ils savent qu’il nous tient à cœur d’avoir un prix rémunérateur pour eux. Pour la campagne 2012-2013, nous allons fixer ce prix avant fin mars 2012. Ils savent que les partenaires de la Cmdt sont disponibles, notamment Cafo Jiginew qui a été d’un apport extraordinaire pour la campagne 2011 /2012 sur tous les facteurs et aussi la Bnda qui est le principal bailleur concernant le financement des équipements agricoles.

La particularité de Cafo Jiginew est qu’elle est venue avec une très grande force en 2011/2012, comparativement à ses participations habituelles. Donc tous les partenaires de la Cmdt ont fait que les mesures prises par la Cmdt ont pu être exécutées correctement et avoir leur bon effet. Les producteurs savent que nous sommes en train de renouveler toutes ces mesures et je pense, qu’en 2012/2013, nous allons continuer à progresser.

Avez-vous une idée sur le coût financier de la campagne 2012-2013 ?

Pour la campagne 2011-2012, nous avons demandé aux banques un prêt total de 179 milliards FCFA, c’est-à-dire 115 milliards FCFA pour les crédits de campagne, 64 milliards FCFA pour les crédits intrants. En 2012- 2013, on devrait dépenser plus, pour l’un et pour l’autre.

Après les difficultés financières, le Gouvernement a dégagé une feuille de route pour la mise en œuvre du processus de privatisation de la Cmdt qui semble connaitre certaines difficultés. Où en êtes-vous ?

Depuis 2001, le processus est en cours. Il a été décidé d’engager un programme de reforme du secteur coton. En réalité, l’Etat s’était déjà engagé dans cette voie en prenant des mesures structurelles. C’est ainsi qu’il a été décidé de recentrer les activités de la Cmdt autour du système coton. Mais il est bon de préciser que le programme de reforme est un ensemble de mesures dont la plus utile est la privatisation de la Cmdt.

Après plusieurs études, en 2004, les producteurs de coton ont demandé et obtenu du Gouvernement de la République du Mali, le financement d’un voyage d’études dans des pays voisins qui sont un peu plus avancés que le Mali en matière de privatisation de la filière.

Ils sont revenus très inquiets et auraient même demandé au président de la République de voir dans quelle mesure on pourrait amortir les effets négatifs de la privatisation. Aujourd’hui, selon le schéma opérationnel de privatisation prévu au Mali, au lieu qu’il y ait une seule société cotonnière, la Cmdt a été scindée en 4 grandes sociétés qui seront à Koutiala, Fana, Kita et Sikasso.

Il s’agira ensuite, pour la Cmdt, de vendre le capital qu’elle détient dans ses sociétés. La nouvelle répartition du capital prévoit 20% pour les producteurs de coton, 2% aux travailleurs, 17% à l’Etat et les 61% restants seront cédés à un opérateur privé de référence qui sera choisi par appel d’offres international. A ce sujet, un appel d’offres international a été fait le 22 Février 2010. Un adjudicateur provisoire a été désigné pour les filiales de Kita et Sikasso et des négociations sont en cours avec cet adjudicateur provisoire, une société chinoise. Aujourd’hui, les négociations ont bien progressé entre les parties chinoise et malienne.

Présentement, la Cmdt est au devant de la scène. Elle doit moins d’une dizaine de milliards FCFA à l’Etat. A ma prise de fonction, on devait 4 milliards FCFA aux producteurs de coton, au titre de la campagne 2007-2008 que l’Etat a financé. En effet, lors de la campagne 2008-2009, l’Etat a soutenu la Cmdt à hauteur de 16 milliards FCFA pour aider à finir ladite campagne. En 2009-2010, l’Etat a déboursé 3 milliards FCFA pour aider la Cmdt à payer les producteurs et en 2010-2011, nous avons nous-mêmes payé les producteurs, sans avoir besoin de recourir à l’aide de l’Etat.

Nous allons recommencer à payer nos impôts. C’est pour vous dire que la Cmdt est bien de retour. Avec la production de 430.000 tonnes de coton graine, le plan de campagne est à la hausse et sera publié dans quelques semaines.

Bientôt des producteurs tiendront leur 1er congrès constitutif à Koutiala. La création de ce syndicat qui regroupera sans nul doute les producteurs de coton, n’aura-t-elle pas un impact sur le processus de privatisation engagé depuis 2001 ?

C’est sur initiative de la Cmdt que les producteurs de coton se sont organisés en association villageoise. La Cmdt a investi des ressources pour former des gens dans chaque village, mais aussi leur a appris à se moderniser, peser le coton, calculer les coefficients techniques. Ces producteurs de coton organisés ont commencé à négocier avec la Cmdt sur les frais de marché.

En août 1991, on a payé la ristourne aux producteurs de coton qui est le fruit du travail de la Cmdt pour que les producteurs puissent se prendre en charge. Dans le cadre du processus de reforme en cours, l’Etat a voulu que soient associés les producteurs de coton pour faire progresser la filière coton du Mali.

N Dicko et Gerald Dackouo

Le Prétoire du 27 Février 2012