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Brice Hortofeux a défendu son bilan : 29 796 départs contraints ou volontaires en 2008, soit + 28,5 % par rapport à 2007. L’objectif du gouvernement français est d’augmenter ce chiffre en signant un accord de gestion des flux migratoires avec le Mali.

Mais de son côté, l’ancien ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l’Extérieurs du Mali et président du parti pour la renaissance nationale (Parena), Tiebilé Dramé a dénoncé hier sur Rfi, les expulsions des Africains de la France. Selon lui, les Africains doivent avoir une réponse concertée et surmonter la politique française de diviser pour régner ; le retour des immigrés est une question humaine et économique, raison pour laquelle, il encourage le gouvernement malien à ne pas signer cet accord.

Christophe Bouabouvier :La France a signé l’accord de gestion des flux migratoires avec huit pays africain dont le Sénégal et le Burkina Faso. Pourquoi ça bloque avec le Mali ?

Tiebilé Dramé : Il faut savoir que le Mali est un pays de migration et qu’il y a quelques 4 millions de Maliens qui vivent hors de nos frontières sur une population de 12 millions d’habitants. Donc, tout ce qui touche à ces Maliens de l’extérieur est extrêmement sensible.


Selon les autorités française, il y aurait quelque 120. 000 Maliens sur le territoire français dont une majorité de sans papier. Et la France souhaiterait en expulser un certain nombre. Mais, le Mali ne délivre le laissez-passer consulaire que par compte goutte, un sur trois en moyenne. Est-ce qu’un compromis est possible ou pas?

Il y a des dizaines de milliers de Maliens qui résident en France et qui n’ont pas de papier. La question qui se pose, c’est le retour de ces Maliens. Il est évident que c’est une question extrêmement difficile. Au-delà des chiffres, c’est une question humaine.

Il y a des hommes et des femmes qui sont en France, pour certains, depuis plus de dix ans et y travaillent. Vous imaginez, poser le problème du retour de ces hommes et de ces femmes est une question humaine d’abord; c’est une question économique parce que les Maliens de l’extérieur contribuent à la survie des familles restées aux villages ainsi qu’au développement du Mali.

Oui, on dit que le transfert des Maliens de France vers le Mali représente 200 milliards de francs Cfa par an, c’est-à-dire le double de l’aide publique au développement ?

Bien sûr! Mais, au-delà de ces concours financiers, je dis encore une fois que c’est une question humaine et moi j’encourage le gouvernement du Mali à ne pas signer cet accord, à tenir bon, pas seulement pour l’instant, mais à tenir bon pour la durée. Et mieux, cette délivrance de documents de voyage au compte goutte qui est faite maintenant, je pense que le Mali doit la mettre dans le dossier de la négociation parce que pendant qu’on négocie, les reconduites continuent.

Alors, si le Mali accepte de délivrer un plus grand nombre de ce fameux laissez-passer consulaire, la France de son côté sera prête à ouvrir son marché à plusieurs milliers de Maliens. Est-ce que c’est un marché acceptable ?

Il y a des dizaines de milliers de Maliens qui sont en France, en situation irrégulière. Il faut d’abord régler le sort de ces dizaines de milliers de Maliens. Monsieur Hortefeux a réuni les ministres chargés de l’immigration des 27 pays de l’Union Européenne. Ils ont adopté le pacte européen sur l’immigration et l’asile. Ils ont une politique d’immigration concertée. Qu’est-ce qui nous empêche, en tant qu’Africains d’avoir une réponse concertée, soit au niveau de l’Union Africaine ou au niveau de la CEDEAO pour les pays de l’Afrique de l’ouest et même de l’UEMOA?

Mais, trois pays membres de l’UEMOA ont signé ces accords de façon séparée, alors que la France est en discussion avec le Mali et peut être avec d’autres pays de l’ UEMOA.

Je pense que cela n’est pas bon. Il y a 130 ans, les ancêtres de Monsieur Hortefeux ont précédé ainsi avec les Africains. Diviser pour régner, ça a marché avec Béhanzin, avec Almamy Samory, avec Amadou Sekou, avec Mamadou Lamine, les Tiéba et Bambemba. 130 ans après, nous constatons que ça marche avec les présidents Yayi Boni, Abdoulaye Wade et Amadou Toumani Touré.

Je pense qu’il est bon que les Africains, sur cette question, mettent balle à terre, se concertent, notamment les principaux foyers de migration qui sont le Sénégal et le Mali. Parce que ce sont deux pays qui ont le plus gros contingent d’immigrés en France. Que ces deux pays se concertent! Je ne vois même pas pourquoi nos pays ne se concertent pas.


Quelle est la solution? Est-ce la régularisation de quelques 5.000 à 80.000 Maliens sans papiers en France ou est-ce le retour volontaire d’une partie d’entre eux au Mali?

Moi, je crois qu’il est bon que la France réalise la spécificité de la diaspora malienne en France. Que la France comprenne que c’est 120.000 personnes qui sont concernées, qu’elle se dise qu’elle est en face d’un pays sahélien aux ressources limitées et qui compte sur ses migrants. Donc, c’est un appel aux autorités françaises, à l’opinion publique française, aux partis politiques français qu’ils se penchent ensemble sur cette question de la présence de la communauté malienne en France.

Source Rfi

15 Janvier 2009