Partager


– Pourquoi avez-vous demandé au Président Amadou Toumani Touré de ne pas se représenter?


Parce que j’estime qu’il a fait de son mieux pour le Mali, mais qu’en même temps son action a montré des limites évidentes. J’estime qu’il est un héros de la transition démocratique, j’aurais souhaité qu’il s’en arrête là afin que l’histoire retienne de lui ses actions positives.

2- Il y a un an, vous étiez encore un allié du président sortant, est-ce que vous auriez rompu avec lui s’il ne vous avait pas demandé des comptes sur la gestion du sommet Afrique-France de Bamako en 2005?

C’est tout à fait normal quand on a géré un évènement de ce genre qu’on rende compte. J’ai rendu compte. Il y a eu une mission du contrôle d’Etat qui a publié un rapport et qui pour l’essentiel retenait qu’il n’y a pas d’anomalie et un second rapport que j’ai découvert dans le bureau de la justice dit le contraire. J’estime qu’il y a eu cabale, un montage grossier visant à me salir, à porter atteinte à mon honneur et ma dignité. C’est pour cette raison qu’il y a rupture. Je pense que ce sont des pratiques qui sont dignes de polices politiques d’une autre époque mais qui sont parfaitement inacceptables en démocratie.


3- Vous critiquez la gestion du Président Toumani, mais n’a-t-il pas construit des routes, des logements sociaux ?


Ces dernières années, nous avons vu le Président de la République poser des premières pierres et inaugurer des infrastructures comme si rien n’avait été fait dans ce pays avant. Je pense qu’il ne faut pas infantiliser les Maliens à ce point là. Nous, nous disons que le quinquennat qui s’achève a été celui de l’immobilisme. Aucune des reformes essentielles n’a été entreprise et mise en œuvre. L’école malienne a besoin d’une réforme sérieuse, l’administration malienne doit être reformée pour motiver les cadres et les agents de l’Etat et valoriser le mérite. Pour cela, il faut le courage politique, il ne faut pas contourner les difficultés et décider de faire du sur place.

4- Qu’est-ce qui ne va pas à l’école malienne ?


Vous avez des écoles où les années scolaires ne durent que de quatre à cinq mois. L’école malienne ne connaît plus des années scolaires de neuf mois. De cette manière, croyez-vous que les jeunes qui vont y sortir pourront tenir la compétition avec les jeunes du Burkina, du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire. Je dis, il faut remettre l’école au travail.

5- Vous parlez d’une crise morale à la tête de l’Etat mais est-ce que la corruption n’existait pas du temps de Alpha Oumar Konaré avant 2002 ?

Bien entendu, mais quand les partis politiques sont fragilisés, quand on assiste à un affaissement des institutions de la République, quand on assiste à un culte rampant de la personnalité, quand tout cela se fait dans un contexte général d’affairisme, d’interférence de la famille dans les affaires de l’Etat, il est évident que nous sommes dans une crise à la fois morale et politique.


6- Le mois dernier, vous êtes allé en France pour soutenir les sans papiers maliens de Monfort-sur- Bleu en Bretagne, si vous êtes élu que feriez-vous à l’égard de ces milliers de Maliens sans papiers que la France veut renvoyer chez eux?


Je dirais au prochain Président français que nous en ferons la question essentielle de notre relation avec nos partenaires. Je demanderai au nouveau gouvernement français de faire un effort pour régulariser les sans papiers et réviser la politique de délivrance des visas.

7- Est-ce que Amadou Toumani Touré a eu tort ou raison d’accueillir Nicolas Sarkozy à Bamako l’an dernier ?

On ne peut pas reprocher à un gouvernement comme celui du Mali qui entretient des relations anciennes avec la France de recevoir le ministre de l’Intérieur de la France et de surcroît qui est le chef du parti majoritaire en France. Mais je crois qu’il a eu tort de le recevoir le jour où il a présenté à l’Assemblée nationale son texte sur l’immigration choisie.

8- En juillet dernier, vous avez approuvé les accords d’Alger signé entre le gouvernement malien et les rebelles touaregs, est-ce que vous avez changé d’avis depuis ?

Pas du tout, je continue à soutenir que l’Accord d’Alger signé le 4 juillet dernier est un accord qui nous a donné un cadre de dialogue afin de régler le problème du Nord même si je pense que le début de cette dissidence résulte de l’immobilisme dans la gestion des affaires du Nord. Je propose la création d’un ministère de développement chargé de la gestion de développement des régions sahariennes et sahéliennes. Nous nous devons de surveiller la question du Nord comme le lait sur le feu. Cela suppose une politique qui est aux antipodes de l’improvisation qui gère aujourd’hui la question du Nord au Mali.


9- Que pensez-vous de l’incursion de l’armée mauritanienne dans le Nord du Mali il y a deux ans lors d’une opération anti-terroriste?


Cela n’est pas acceptable, c’est pourquoi je propose de restaurer la crédibilité de l’Etat malien pour que le territoire du Mali ne soit plus une auberge espagnole. Vous voyez où nous conduit la politique d’immobilisme et d’improvisation.


10- Quelle politique faudrait-il mener avec vos voisins du Nord ?


Le Mali ne peut pas se permettre d’être avec l’Algérie en tenant la Libye à distance ou le Maroc à l’écart. Il faut équilibrer nos relations.


11- Tant que le Mali reconnaîtra le polisario, il lui sera difficile de renouer avec le Maroc ?


Pourquoi plusieurs Républiques ont rompu avec la République Arabe Sahraoui, cela n’a pas fait avancer la paix dont il s’agissait. En prenant des relations équilibrées, en prenant des initiatives équilibrées, je pense qu’un pays comme le Mali peut aider l’Afrique et les communautés internationales dans la résolution des crises.

12- Vous êtes d’une coalition politique avec Ibrahim Boubacar Kéïta et Soumeylou Boubèye Maïga, quel est votre objectif ?

Notre objectif, c’est l’alternance. Que cela se fasse dès le premier tour ou au deuxième tour, il ne faut pas oublier que nous avons tous contribué à l’avènement du président ATT. Si nous sommes arrivés là, c’est que nous pensons réellement que la voie du président n’est pas la bonne, qu’il faut redresser le Mali, pour le remettre sur le chemin du développement.

Transcrite par Abdoul Karim Koné

12 avril 2007.