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L’on ne peut que se réjouir de cette tendance qui intervient à un moment où la générosité internationale n’est pas la valeur la mieux partagée.

En effet, malgré les nombreux sommets et conférences internationales, l’aide publique au développement est loin d’atteindre le niveau souhaité. Si elle ne diminue pas carrément. Dans un tel contexte, que les grandes puissances tentent d’établir des partenariats stratégiques, c’est dire qu’elles ont compris qu’il faut absolument compter avec l’Afrique.


Le continent ne manque pas d’atouts :
ses immenses richesses naturelles, la jeunesse de sa population, sa diaspora, la terre quasi vierge qu’il représente pour les investissements.

La multiplication des rencontres entre le continent et certaines puissances s’inscrit donc dans la logique de l’évolution de l’état du monde.

Sommets Afrique-France, Union européenne-Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), le continent est de plus en plus courtisé. Il a rendez-vous, à nouveau cette semaine, avec l’un des « Grands » de ce monde : le Japon.

C’est à l’occasion de la Ticad IV qui se tient du 28 au 30 mai à Yokohama. Le président de la République, Amadou Toumani Touré qui y participe a quitté hier Bamako.


Une déclaration politique :
La Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique est une initiative pour le développement du continent, lancée grâce aux efforts conjoints du Japon, de l’ONU, de la Coalition mondiale pour l’Afrique, du PNUD, et de la Banque mondiale.

Elle entend contribuer à la promotion d’un dialogue entre les dirigeants africains et leurs partenaires, ainsi qu’à la mobilisation de financements pour les efforts endogènes de développement en Afrique.

Le processus de la Ticad a débuté dans les années 1990. Depuis lors, trois conférences se sont tenues -1993, 1998 et 2003- auxquelles notre pays a participé au plus haut niveau. Il faut d’ailleurs rappeler que c’est l’ancien président de la République, Alpha Oumar Konaré qui avait coprésidé la deuxième Conférence.

La dernière s’était tenue du 29 septembre au 1er octobre 2003 à Tokyo. Elle avait débattu de thèmes importants tels la gouvernance et la paix, l’éducation, la santé, le développement agricole,

les nouvelles technologies de l’information et de la communication. La conférence a apporté son soutien au Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) qui suscitait alors beaucoup d’espoirs, car considéré comme une stratégie originale de développement conçue par les Africains eux-mêmes.

La Ticad III a adopté une déclaration politique dans laquelle les dirigeants réitéraient leurs engagements en faveur du développement du continent. Depuis, nombre de rencontres ont été organisées entre Africains et Asiatiques comme le troisième forum des affaires Afrique-Asie en avril 2004 à Dakar, le forum conjoint public-privé Asie-Afrique en mai 2004 en Malaisie,

la conférence de la Ticad sur le Commerce et l’investissement Asie-Afrique en novembre 2004 à Tokyo, la conférence de la Ticad sur la consolidation de la paix en février 2006 à Addis Abeba, la conférence de la Ticad sur l’énergie et l’environnement pour le développement durable en mars 2007 à Nairobi, le 4è forum des affaires Afrique-Asie en février 2007 à Dar es-Salam.

Des réalisations concrètes : Voilà pour les généralités. Dans le concret, de quelles réalisations a bénéficié notre pays ? Après la tenue de la Ticad III à Tokyo en 2003, des programmes touchant à la consolidation de la paix, au développement centré sur l’être humain, à la réduction de la pauvreté par la croissance économique ont concerné le Mali.

Dans le cadre du développement centré sur l’être humain, un projet d’approvisionnement en eau potable a été financé dans les régions de Kayes, Ségou et Mopti. Le Projet d’approvisionnement en eau potable dans le Mali-Sud est en cours de négociation.

En matière d’éducation et de formation professionnelle, le gouvernement du Japon à financé un projet de construction d’écoles primaires et un autre de construction d’un institut de formation des maîtres à Kati.

Un projet d’appui aux comités de gestion scolaire est en cours d’examen.
Dans le domaine de la coopération technique, notre pays a bénéficié de l’envoi d’experts (formateurs en mécanique auto et en électromécanique) ainsi que de stages de formation professionnelle au Sénégal.

Les actions dans le secteur sanitaire se concentrent sur le renforcement des capacités techniques en entretien des équipements médicaux, l’appui à l’éradication de la poliomyélite et la réhabilitation de la chaîne froide qui est en cours d’examen.

Les réalisations concrètes touchent également la sécurité alimentaire. A ce titre, le pays bénéficie régulièrement, depuis 2003, de subventions dans le cadre du Programme d’aide alimentaire du Japon (KR).

D’autres projets ont été financés sur le fonds de contrepartie de ce programme pour, notamment, la reconstitution du stock national de sécurité alimentaire, des banques de céréales, l’achat et la distribution gratuite de denrées. Dans le cadre de la réduction de la pauvreté par la croissance économique, le développement rural a bénéficié d’une attention particulière avec la réalisation d’une étude sur le développement.

La deuxième phase du programme de renforcement des capacités pour la lutte contre la désertification basée sur les communautés dans le sud de la Région de Ségou ainsi que le programme de développement des milieux ruraux dans la zone du delta central du Niger sont en cours d’examen.

Pour l’agriculture et la pêche, on peut noter l’aide aux agriculteurs défavorisés (KRII) et les nombreux projets exécutés sur son fonds de contrepartie, comme la construction de petits barrages et bas-fonds dans tout le pays.

Le projet de construction du marché moderne de poissons de Bamako est en voie de finalisation. Quant au programme de développement de la pêche et de la pisciculture dans la zone de l’Office de la Haute vallée du Niger, il est également en voie de réalisation.


Des gros enjeux :
Dans le domaine des infrastructures, le Mali et le Sénégal ont soumis une requête commune de construction de ponts le long de la route Kita-Saraya.

Ce projet a fait l’objet d’études préliminaires de la part de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Les premiers financements pour les études de base ont été accordés, il y a quelques mois par le gouvernement japonais.

L’acquis étant cerné, quels sont les enjeux du Ticad IV ? Au cours des dernières années, l’Afrique a connu des améliorations importantes dans les domaines de la gouvernance démocratique, de la croissance socio-économique et du développement.

Les derniers chiffres de la croissance pour l’ensemble du continent, qui sont passés de moins de 3% en 1999 à 5,2 % en 2006 attestent d’une amélioration notable.

Cependant, des défis énormes restent à relever concernant des problèmes tels que la pauvreté, la malnutrition, les maladies infectieuses (sida, tuberculose, paludisme), les questions d’environnement et de changement climatique, la stabilité politique,

les droits de l’homme, la démocratisation et la bonne gouvernance ,un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement d’Afrique devraient participer à la conférence de Yokohama.

Plus de 30 organisations internationales, y compris les représentants des différentes communautés économiques régionales africaines y sont attendus.

D’autres partenaires du Japon dans le processus de la Ticad, dont certains pays d’Asie devraient également être représentés. dans l’esprit d’une plus grande implication des pays africains dans le processus préparatoire de la Ticad IV, deux réunions régionales au niveau des hauts fonctionnaires ont été organisées.

La première regroupant les pays d’Afrique de l’est et d’Afrique australe s’est tenue à Lusaka les 30 et 31 octobre 2007. La seconde réunion s’est tenue les 21 et 22 novembre 2007 à Tunis pour les pays des sous-régions d’Afrique du nord, de l’ouest et du centre.


Divers points étaient inscrits à l’ordre du jour de ces deux réunions :
les priorités et les résultats attendus de la Ticad IV, l’accélération de la croissance économique en Afrique, la réalisation des OMD, la sécurité humaine, l’environnement et le changement climatique, la consolidation de la paix.

Coopérative Sud-Sud : Une autre réunion sectorielle s’est tenue à Nairobi les 22 et 23 mars 2007 avec pour thème « énergie et environnement pour un développement durable en Afrique« . Elle a regroupé les représentants des pays africains et d’autres continents, les organisations internationales, régionales et sous-régionales.

Autre pays était représenté aux réunions de Nairobi et Tunis, au cours desquelles des recommandations ont été formulées dans plusieurs domaines et sur la nécessité de promouvoir la coopération Sud-Sud. Le Japon et d’autres partenaires internationaux ont ainsi assuré de leur disponibilité à soutenir les projets de coopération Sud-Sud.

D’autres recommandations préconisent les projets d’interconnexion électrique entre États, l’aide à l’Afrique pour mieux exploiter son potentiel énergétique, la promotion de l’Afrique auprès des opérateurs économiques et des investisseurs privés japonais.

Une troisième réunion préparatoire au niveau ministériel s’est tenue en mars dernier à Libreville. Elle a discuté des conclusions des deux premières réunions préparatoires et du projet de déclaration de Yokohama. Cette dernière bouclait le processus préparatoire de la Ticad IV. Elle a pour thème central : « vers une Afrique qui gagne : un continent d’espoir et d’opportunité« .

Elle va tenter de mobiliser les efforts de la communauté internationale à aider l’Afrique pour accélérer sa croissance économique, et à faire des progrès notables pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement.

Les discussions porteront sur divers domaines de coopération : la croissance économique, la sécurité humaine, la consolidation de la paix et un soutien renforcé à la démocratisation, les problèmes liés à l’environnement et aux changements climatiques etc…


Envoyé spécial

S. TOGOLA

27 Mai 2008