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Près d’une trentaine de chefs d’État (dont le président de la République Amadou Toumani Touré) et de gouvernement participent à ces nouvelles retrouvailles entre l’Afrique et le Pays du soleil levant.

La rencontre de Yokohama regroupe les représentants de l’ensemble des pays africains, d’États asiatiques, des pays donateurs, de bon nombre d’organisations internationales et d’Ong.

Dans son discours de bienvenue, le Premier ministre japonais a expliqué que le choix de Yokohama procède de la volonté des autorités nipponnes d’envoyer un message d’ouverture du Japon sur le monde.

En effet, Yokohama abrite le plus grand port du pays et la ville a toujours été la porte d’un Japon ouvert sur le monde depuis que le pays s’est engagé sur le chemin de la modernisation il y a 150 ans.

De manière volontariste et flexible

Évoquant la portée historique de cette rencontre, Yasuo Fukuda a indiqué que « si le développement de l’Afrique constituait la trame d’un livre, nous serions en train d’ouvrir un nouveau chapitre, celui du siècle de la croissance en Afrique« .

Pour le Premier ministre japonais, dans les années à venir, l’Afrique va devenir un moteur puissant qui conduira la croissance mondiale.

La cérémonie d’ouverture a été l’occasion pour le chef du gouvernement nippon d’annoncer une série de mesures que son pays a programmées pour le développement du continent.

Constatant que les réseaux routiers africains bien que connaissant quelques améliorations, souffrent de nombreux défauts et coupures, il a indiqué que Tokyo entend s’investir et coopérer pour que ces infrastructures soient soigneusement maillés,

en combinant ces efforts à l’amélioration des ports en vue de former un réseau qui permettra à l’Afrique dans son ensemble d’avancer avec un dynamisme plus grand.

A cet égard, dans les cinq ans à venir, le Japon accordera au continent des prêts en yens équivalents à 4 milliards de dollars (environ 2000 milliards Fcfa), de manière volontariste et flexible, dans le but d’aider à accélérer l’aménagement de ces infrastructures.

Mais le Japon ne va pas agir en solo. Il a l’intention de faire son maximum en coopérant avec des donateurs réunis au sein du Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA).

Tout en insistant sur l’impérieuse nécessité de construire « les infrastructures du peuple » qui apporteront la richesse aux populations et aux communautés, Yasuo Fukuda, a cependant fait remarquer que le réseau routier ne remplit véritablement son rôle que lorsqu’il permet de transporter les personnes et les biens sans entraves.

Il faut donc que le passage aux frontières et les contrôles qui y sont effectués, soient les plus rapides possibles.

Pour ce faire, le Japon souhaite aider à la création et à la multiplication des « postes frontières à guichet unique« . Tokyo souhaite en outre contribuer à la formation des agents qui y travailleront.

Transfert de technologies

Rappelant que les sociétés privés sont indispensables à la croissance économique, le chef du gouvernement nippon a assuré que l’intérêt des entreprises japonaises pour l’Afrique grandira au fur et à mesure que les infrastructures s’amélioreront.

Et plus les investissements directs des entreprises de l’archipel progresseront, plus le transfert des technologies et des techniques de gestion s’accélérera.

Et pour Yasuo Fukuda, une meilleure utilisation des riches ressources du continent à l’aide des technologies japonaises ne peut que déboucher sur une croissance dont les Africains seront forcement bénéficiaires.

C’est fort de cette analyse que le gouvernement du Japon va améliorer les infrastructures en formulant des mesures pour promouvoir les activités des entreprises japonaises sur le continent.

Comme initiative concrète dans ce cadre, Yasuo Fukuda a proposé l’envoi en Afrique d’une mission économique d’envergure. La mission qui arrivera dans quelques mois sera composée de personnalités des secteurs public et privé.

Par ailleurs, pour que le développement des sociétés japonaises en Afrique soit facilité, Tokyo renforcera les assurances commerciales et créera un « Fond d’aide aux investissements en Afrique » au sein de la Banque japonaise pour la coopération internationale.

Ce fonds financera directement des sociétés dans les pays du continent et garantira le financement par les banques nipponnes des activités économiques en Afrique.

Le but recherché est que l’aide financière pour le continent à travers la JBIC et ce fonds atteigne 2,5 milliards dollars d’ici cinq ans. « Ce que nous visons, c’est de doubler les investissements japonais, grâce à la collaboration entre les secteurs public et privé« , a annoncé Yasuo Fukuda.

Abordant la question de l’agriculture, un sujet qui a pris une importance capitale avec l’actuelle crise céréalière mondiale, le Premier ministre japonais, constatant que l’Afrique cherche à réussir sa propre Révolution verte, a lancé un appel « pour que nous agissions » en vue de doubler dans les dix ans à venir la production de riz qui est actuellement de 14 millions de tonnes.

Le Japon a été un grand pays agricole et le riz reste l’un des aliments de base de ses habitants. Fort donc de son expérience agricole, le pays veut coopérer avec les différents pays et organisations internationales dans le développement de systèmes d’irrigation, l’amélioration des variétés cultivées, et la formation des instructeurs d’agriculture.


Premier pourvoyeur d’aide publique au développement

Faisant part de ses inquiétudes face à la flambée des prix des denrées alimentaires, qui risque de mettre de nombreux pays africains dans de grosses difficultés, le gouvernement japonais a tout récemment rendu public un programme alimentaire d’urgence équivalent à 100 millions de dollars (environ 50 milliards Fcfa),

a rappelé Fukuda, et s’est engagé devant ses pairs africains à ce qu’une part importante de cette aide soit attribuée au continent.

Qui plus est, le Japon envisage d’autres mesures d’aide comme l’aide aux populations qui souffrent actuellement de la pauvreté et un projet de plantations agricoles pour cette année et l’an prochain.

Ce n’est pas tout. Yasuo Fukuda a annoncé d’autres initiatives en faveur de l’Afrique, notamment en matière de santé et d’aide au développement. Sur ces thèmes, il estime qu’à mi-chemin des Objectifs du millénaire pour le développement, il est impossible de fermer les yeux sur les difficultés que rencontrent les pays africains à réaliser ces objectifs.

Yasuo Fukuda a relevé, par exemple, que l’Afrique connaît une pénurie de 1 500 000 médecins et aides-soignants. Comme riposte à cette situation, le Japon souhaite former d’ici cinq ans 100 000 personnes en Afrique qui travailleront dans le secteur sanitaire.

Toujours en matière de santé, le Japon apportera à compter de 2009, une contribution de 560 millions de dollars (environ 280 milliards Fcfa) en faveur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour les années à venir.

Mais pour mener à bien la série de mesures qui vient d’être annoncée, il faut que l’aide publique au développement atteigne un niveau conséquent. Yasuo Fukuda s’est engagé à ce que l’aide publique au développement du Japon à l’Afrique soit doublée d’ici à l’horizon 2012.

Après l’allocution du chef du gouvernement japonais, plusieurs chefs d’État africains se sont succédé à la tribune pour remercier le Japon dont le statut de premier pourvoyeur de l’aide publique au développement en faveur de l’Afrique confirme la force de l’engament auprès du continent.

Le président gabonais Oumar Bongo a ainsi relevé que le Japon a largement contribué depuis 1993, année de la tenue du premier TICAD, à susciter l’intérêt de la communauté internationale à l’égard de l’Afrique.

C’est ainsi que grâce à Tokyo sont nées d’autres initiatives de pays asiatiques dont la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, en direction du continent. Des initiatives qui ont contribué à jeter un pont entre l’Asie et l’Afrique.

Envoyé spécial

S. TOGOLA

29 Mai 2008