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Situé au Nord de l’Himalaya (la plus haute chaîne de montagnes du monde), et avec une superficie de 1 221 000 km2, le Tibet est une région autonome de la Chine qui occupe toute la partie Sud-Ouest du plateau Tun Hai Tipeh. Cette région en altitude, où l’air se raréfie, s’étend sur plus de 1 200 000 km2, soit presque le 8è du territoire de la République Populaire de Chine. Cette région, dont le chef-lieu est Lhassa, est la moins peuplée du pays, avec moins de 2,1 habitant au Km2.

Depuis plus de 1300 ans, le Palais du Potala surplombe la Colline Rouge. Considéré comme le symbole du Tibet, l’édifice est le témoin d’histoires d’un autre temps. Pour beaucoup, le Tibet est synonyme de mystère, car cette contrée siruée “au bout du monde” semble insaisissable.

Entamée en 1951, la libération pacifique de la région a marqué un tournant décisif dans l’histoire du Tibet. Pourtant, l’ancien système du servage féodal a survécu jusqu’en 1959. Pendant les huit années qui ont suivi cette libération pacifique, la société tibétaine est restée sous la domination du Clergé et de l’aristocratie.

M. Laba Pingsuo, Sécretaire Général du Centre d’Etudes Tibétaines, témoigne : ”Au Tibet, le servage féodal était basé sur les droits de propriété foncière des seigneurs et sur la sujétion des serfs à leurs seigneurs. Une organisation de la société comparable à celle de l’Europe du Moyen-Age”.

Les seigneurs et les serfs

L’ancienne société tibétaine était donc divisée en deux classes opposées l’une à l’autre : les serfs et les seigneurs. La classe dominante était composée de trois groupes appelés autrefois “les trois seigneurs“ : les fonctionnaires, l’aristocratie et le haut Clergé. Ces trois groupes ne représentaient pas 5% de la population totale de la Chine.

La classe dominée (les serfs) se divisait en trois communautés : les Chabas, les Duiqiongs et les Langshengs. Ils représentaient 95% de la population totale. Bien que minoritaires, “les trois seigneurs” et leurs représentants possédaient presque la totalité des champs labourés, des prairies, des forêts, des montagnes, des cours d’eau et des plages, ainsi que la majeure parie du bétail et des instruments aratoires.

Quant à la majorité écrasante, elle était démunie de tout moyen de production. Serfs et esclaves n’avaient donc d’autre choix que de travailler pour les seigneurs, puisque leur personne physique même relevait de la propriété de ces derniers.

La légitimité d’un tel régime social était incontestable. La loi stipulait que la domination des seigneurs sur les serfs correspondait à la “volonté de Dieu“ ; et que les serfs étaient nés pour servir et ne devaient jamais tenter d’échapper à leurs conditions.


Un classement social extrêmement rigide

Les Codes XIII et XVI des anciens textes juridiques, qui ont régi la société tibétaine pendant des centaines d’années, classait les individus en trois catégories, elles-mêmes subdivisées en trois groupes. Selon ce classement extrêmement rigide, établi en fonction de l’hérédité et du rang social, les fonctionnaires, l’aristocratie et le haut Clergé constituaient la classe des seigneurs. Et le reste de la population était composée de serfs.


M. Laba Pingsuo déclare :
“Selon la loi de l’époque, les êtres humains étaient classés en trois castes dont chacune comprenait trois catégories. il y avait donc, en tout, 9 catégories. L’Article 7 du Code XIII définit le prix d’une vie humaine, en cas d’assassinat. Un prix qui varie selon la place de la personne dans la société. Ainsi, la vie d’un seigneur de haut rang vaut la quantité d’or égale au poids de son corps. Tandis que celle d’une personne de rang inférieure ne vaut qu’une corde de paille“.


M. Ciwang Sangpei, un ancien seigneur de 67 ans, témoigne :
“Le nom complet de ma famille est Deben Yaoxi Sangzhu Pozhang. Nous habitons en face de la place des prières, au Sud du Temple Dazhao, à Songjuere. Nous avions environ 1000 pièces dans notre domaine. Nous étions parmi les plus grandes familles de nogblesse de Lhassa. A Zhanang sSngri, nous possédions 6 domaines gérés par une cinquantaine de personnes. A la maison, nous avions plus de 50 domestiques. Notre propriété comprenait en outre une douzaine de pâturages“.

Les Chabas, les Duiqiongs et les Langshengs

Mme Cizhuoma, une vielle femme d’origine Chaba, qui travaillait pour le compte d’un seigneur de Lalu, confie : “Si le seigneur nous disait d’aller vers l’Est, nous allions vers l’Est. S’il voulait qu’on aille vers l’Ouest, il fallait faire ce qu’il voulait, l’écouter et lui obéir. Nous n’avions pas le droit à la parole. Je ne pouvais pas m’occuper de mes propres champs. Le seigneur est devenu très riche grâce à notre travail. Pendant qu’ils avaient de très bonnes récoltes, nous, nous étions condamnés au dénuement le plus total“.

Les Chabas ruinés ou ayant fui leurs familles devenaient ainsi des Duiqiongs. Les Chabas ayant subi un émiettement du patrimoine familial pouvaient également subir le même sort. Les Duiqiongs ne jouissaient d’aucune liberté individuelle et dépendaient entièrement des seigneurs. Leur position sociale est inférieure à celle des Chabas ; et leur vie était plus dure.

Mme Gesang Quzhen, une ancienne Duiqiong (62 ans), se rapelle : “A l’époque, nous n’avions aucun droit. Nous n’osions nous plaindre ni du froid, ni de la faim. Nous ne faisions qu’obéir docilement au seigneur. Le peu de nourriture que nous reçevions ne nous permettait pas de manger à notre faim. Et il n’était pas question d’aller chercher notre nourriture nous-mêmes. Nous dormions dans un abri sans toit. Une maison couverte, voilà ce à quoi je rêvais“.

Le rêve de Gesang Quzhen deviendra une réalité, car elle est aujourd’hui propriétaire d’une maison sans étage avec cour, une habitation typique qu’on trouve partout dans les villages tibétains.

En bas de l’échelle sociale se trouvait les Langshengs , autrefois appelés “bétail parlant“ par les seigneurs. Un seigneur pouvait faire cadeau de son Langsheng à des amis ou le vendre comme du bétail. C’est le cas de Mme Nima Zhuoma qui, offerte en cadeau à un autre seigneur, avait dû quitter son pays natal à l’âge de 11 ans. Elle a ensuite été donnée à un troisième seigneur.

On demeure Langsheng de génération en génération. Et la mort d’un Langsheng était immédiatement signalée par sa famille auprès du seigneur, pour que ce dernier raye le nom du défunt de son registre. Les naissances étaient également enregistrées. Ainsi, dès sa venue au monde, un enfant Langsheng devenait automatiquement un nouveau bien pour le seigneur.

Mme Deqing Zhuoma, une ancienne esclave (51 ans), explique : “Je suis du village de Kesong, dans le district de Naidong. Ma grand-mère me disait que ses parents eux aussi étaient des Langshengs. Je suis la quatrième génération de la famille à être née dans une écurie“.


Corvées et service des Lamas

Au Tibet, la religion dominante est le Bouddhisme tibétain. Après la libération pacifique (en 1951), la croyance du peuple tibétain est respectée et protégée par l’Etat chinois.

Le temple Zhebang est l’un des trois plus importants temples de Lhassa. Avant 1959, il existant, au Tibet, ce qu’on appellait le service des Lamas. Toute famille qui avait au moins deux fils était tenue de faire, de l’un d’eux, un Lama. C’est le cas de beaucoup d’enfants à l’époque, qui ont été incorporés très jeunes (entre 8 à 11 ans) dans les temples où ils trimaient comme des forçats dans des besognes les plus domestiques.

Qiangba Judeng, Lama du temple Sela, s’en souvient :Mes parents m’ont envoyé au temple Sela où il y avait quelques proches de la famille. J’avais 8 ans. J’ai travaillé pendant cinq ans aux cuisines. J’allais chercher l’eau et je m’occupais du feu. La vie était dure. Je recevais, chaque année, de la part du temple, quatre boisseaux d’orge. Quand je ne mangeais pas à ma faim, ma famille me venais en aide“.

Le seul bureau de l’édifice de l’ancienne Mairie de Lhassa s’occupait de la perception des impôts et de l’organisation des corvées. Le Secrétaire Général Adjoint du Centre des Etudes Tibétaines, M. Dan Zeng, précise : “Il y avait deux grandes catégories de corvées au Tibet : le Gangzhuo et le Lalun. le premier concernait la fourniture de main-d’oeuvre ou de bétail ; le second, l’imposition en nature ou en espèce. En plus de cela, il y avait une centaine de corvées à accomplir sous diverses formes. Par ailleurs, le prêt usuraire a, lui aussi, largement favorisé l’exploitation des serfs. Un grand nombre d’entre eux étaient lourdement endettés sur plusieurs générations“.

L’enfer des prisons

Le siège de la Mairie de Lhassa est une ancienne prison où se déroulaient des séances de tortures les plus inimaginables. Et sous le bâtiment de la Mairie se trouvait la prison. C’est qu’au Tibet, les autorités locales étaient habilitées à établir leurs propres tribunaux et prisons.

Des seigneurs puissants, religieux ou civils, avaient également leurs propres prisons. Les prisonniers étaient torturés avec des méthodes extrêmement barbares et cruelles. Il arrivait qu’on leur arrache les yeux, qu’on leur coupe les mains ou les pieds, ou qu’on les égorge.

Dans les prisons, il y avait des entraves faites de troncs d’arbre dans lesquelles on immobilisait cinq personnes ensemble, sans qu’elles aient la moindre possibilité de bouger, même d’un millimètre. Pendant que certains mordaient dans ces carcans de bois jusqu’au sang, d’autres comptaient les jours passés dans ces enfers, en nourrissant l’espoir d’en sortir un jour.

Avant 1959, la prison de Lhassa ne se chargeait pas de nourrir ses prisonniers. Aussi les voyait-on mendier dans la rue, liés par paires avec des fers. Ceux qui n’obtenaient pas leur pitance n’avaient que leurs yeux pour pleurer. Les rues de Lhassa étaient pleines de mendiants. Certains d’entre eux, qui succombaient au froid et à la faim, n’avaient aucune chance d’être enterrés : on les abandonnait sur place, à la merci des vautours et autres prédateurs.


Des mesures et réformes

Après la libération pacifique (en 1951), le Gouvernement central a pris en considération les spécificités socio-historiques du Tibet et l’esprit des 17 accords (entre le gouvernement chinois et l’autorité autonome du Tibet) pour décréter : “Les autorités centrales s’engagent à ne pas encourir la loi concernant les mesures de réforme dans les affaires du Tibet. Les autorités locales du Tibet doivent procéder, de leur propre chef, à la réforme. Le peuple faisant requête pour la mise en application des mesures reformatrices doivent consulter les membres du gouvernement local“.

Pourtant, certains éléments des couches supérieures souhaitaient que le servage féodal demeurât à jamais. Craignant la réforme démocratique, ils s’y opposaient, allant même jusqu’à déclencher une rébellion armée. La rébellion était réprimée vers la fin du mois de Mars 1959. Et le Dalaï Lama et ses hommes e sont enfuis en Inde.

Par la suite, sur la demande du peuple et des personnalités patriotiques des couches supérieures, la réforme démocratique a été entreprise au Tibet pour mettre un terme au servage féodal qui avait régné pendant des milliers d’années. Désormais devenus maîtres de leur propre destin, les anciens serfs obtinrent des terres et des céréales.

Et la fin définitive du servage au Tibet fut marquée par des évènements sans précédent : des siegneurs et des serfs qui brûlaient des titres de propriété foncière et des contrats d’asservissement.
(A suivre)


Rassemblées par Oumar DIAWARA

17 Mars 2009