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Sauf tremblement de terre, le second tour de l’élection présidentielle devrait confirmer la victoire d’Ibrahim Boubacar Kéita, après un premier tour sanctionné par 39,79 % des votes en sa faveur contre 19,70 % pour Soumaïla Cissé.

L’on peut même affirmer, sans risque de se tromper, que la question n’est pas de savoir si IBK sera élu ou pas, mais plutôt à quel taux il le sera. Si le scrutin sera un tant soit peu serré, ou si l’on va au devant d’un véritable plébiscite pour le torero de Sébénicoro.
Loin d’être une simple vue de l’esprit ou une position partisane, cette quasi-certitude se fonde sur le grand écart entre les deux candidats à l’issue du premier tour, soit près de 20 points, mais surtout sur les nombreux ralliements, dont certains de taille, à l’image de celui de Dramane Dembélé, le candidat de l’Adema, soit plus de 20 candidats sur les 27. Il y a des chances qu’IBK obtienne la large majorité qu’il souhaite de tout son cœur pour redresser le Mali.

La femme d’IBK peut même déjà commencer à faire des répétitions devant son miroir, histoire de se préparer à son rôle imminent de Première Dame. Pourvu seulement qu’elle soit exemplaire, en s’abstenant notamment de s’ériger en une République parallèle, comme on l’a souvent vu par le passé, malheureusement, au Mali.
Un éventuel plébiscite d’IBK comporterait, cependant, un piège, car dans la cohorte qui le suit il n’y a pas que des saints. Il y a très certainement parmi ses alliés de l’heure ceux qui ont fait leur choix par pure conviction. D’autres, en revanche, ont fait le leur par calcul politicien. Tels des girouettes, ils ont vu le vent venir et ils ont tourné casaque dans la bonne direction, soit pour avoir des maroquins ministériels, soit pour placer des cadres dans la haute administration, soit pour échapper à la justice.

Bref, la nouvelle mouvance présidentielle qui se dessine ne doit pas être un refuge pour les opportunistes de tout poil. IBK n’est certainement pas un enfant de chœur, gageons donc qu’il saura distinguer la bonne graine de l’ivraie.
Attention aussi au culte de la personnalité. ATT a bâti sa légende autour des enfants, ce qu’il appelait les tout-petits, et de leurs mamans. Alpha est venu et a dit «kokajè», laver proprement en bambara, autrement dit mener une guerre sainte contre la corruption. Tout le monde a applaudi. Des années après, l’hydre de la corruption ne s’est jamais aussi bien portée que sous l’ère de l’après 26 mars 1991.

Gare aussi à la tentation de s’enfermer dans une tour d’ivoire et de se déconnecter ainsi de la réalité, en ne voyant que les villages Potemkine que les courtisans voudront bien faire voir au nouveau Président.
Cette élection s’accompagnera, sans nul doute, d’une recomposition du paysage politique malien, avec la disparition de l’unanimisme anesthésiant de l’ère ATT. Elle consacrera l’éclatement de l’Adema entre la vieille garde, qui rejoindra avec armes et bagages l’opposition, et les jeunes loups aux dents longues, qui ont leur avenir devant eux et qui, pour cette raison, ont choisi de s’aligner derrière IBK au second tour.
Vraisemblablement, la vieille garde de l’Adema rejoindra Soumaïla Cissé de l’URD et Modibo Sidibé des FARE, lequel a choisi de jouer la carte de la fidélité en appelant ses militants à voter au second tour pour Soumi, comme convenu dans l’accord pré électoral signé dans le cadre du FDR. A moins que cette perspective ne soit contredite avec un éventuel gouvernement d’union nationale.

De la nouvelle opposition, il est attendu qu’elle soit constructive et responsable. Certes, il est compréhensible qu’elle joue à fond son rôle de contre-pouvoir, qu’elle contrôle l’action de l’Exécutif et qu’il y ait des débats très francs, sinon même très âpres à l’Hémicycle, à l’occasion de l’adoption des lois. Il est même normal que, usant de ses droits constitutionnels, l’opposition cherche à renverser le gouvernement au moyen d’une motion de censure.

Mais une opposition systématique, tirant à boulets rouges sur tout ce qui bouge, que le Président et le gouvernement fassent bien ou mal, relèvera de l’opposition destructrice. Idem pour l’instrumentalisation de l’école à des fins politiciennes, car nul n’a le droit de prendre en otage l’avenir même du pays. Autrement dit, aucun égoïsme ne doit nous pousser à hypothéquer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.
Enfin, au-delà de sa qualité de contre-pouvoir, une bonne opposition est aussi une force de propositions et de contre-propositions sur les différentes questions intéressant la vie de la nation.

Yaya Sidibé

22 Septembre du 12 Août 2013