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Au Mali, la lutte contre la corruption apparait comme le grand serpent des mers dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vu. Si elle a connu son éclosion sous le régime du CMLN et de l’UDPM de Moussa Traoré, c’est sous l’ère démocratique que la corruption a connu ses plus beaux jours. On a parlé, à bon droit, des « milliardaires de la démocratie ». Et malgré le fait que parmi les facteurs qui ont concouru à plonger notre pays dans l’abîme, la corruption et l’incurie des cadres occupent une place de choix, ce mal qui a gangrené la société malienne continue d’avoir de beaux jours devant lui. Comme peuvent en témoigner, entre autres exemples, les « affaires » qui ont émaillé la transition : attribution de marchés dans des conditions pour le moins suspectes, gestion des fonds publics jurant avec l’orthodoxie financière…

Aujourd’hui, il ne serait même pas exagéré d’affirmer que la corruption est devenue le sport national préféré des Maliens. Ces derniers sont devenus de véritables orfèvres dans l’art de contourner les dispositifs légaux et réglementaires mis en place pour lutter contre le phénomène. Si l’essentiel est de justifier, l’on se débrouille toujours à avoir les justificatifs même s’il faut pour cela faire des ententes avec les fournisseurs et chercher une couverture en haut lieu. Le plus souvent le bien n’est pas livré ou la prestation n’est pas exécutée, surtout s’il s’agit de formation. Car ici, il est difficile de contrôler si celle-ci est faite ou non, sauf à juger par la médiocrité des agents « formés ».

S’agissant des modes opératoires cela va de la délinquance à l’état brut (fausses factures, surfacturation…) à des formes plus raffinées comme les exonérations non objectives, une façon de voler dans la « légalité ». Tout se passe comme si tout le monde s’ingénie, à qui mieux-mieux, à traire jusqu’au sang la vache laitière qui n’est autre que l’Etat. Sans être conscient que l’Etat ce sont les 15 millions de Maliens et que s’il faillit, comme c’est le cas, c’est tout le monde qui se retrouve dans la gadoue.
Moussa Traoré, certainement pour se donner bonne conscience, faisait semblant de lutter contre la corruption.

Sans en avoir vraiment la volonté. Lui, il tenait plutôt à son pouvoir personnel comme à la prunelle de ses yeux. La Commission de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite n’était que de la poudre aux yeux. La preuve son président, Joseph Mara, est passé à la trappe, envoyé dans le bagne de Taoudénit. Un adversaire politique de moins. Alpha et ATT n’ont pas fait mieux. C’est pendant les décennies de la démocratie que la corruption et la délinquance connaîtront leur âge d’or. Ce fut le festival des délinquants à col blanc, pardon, des « mercenaires du statu quo ».

L’avènement d’IBK a suscité beaucoup d’espoir et la lutte contre la corruption était une de ses promesses majeures de campagne. Plus de trois mois après, on attend toujours du torero de Sébénicoro qu’il prenne le taureau de la corruption par les cornes. En posant, par exemple, un acte fort qui nous change du train train quotidien.

Au-delà, les services de contrôle, doivent faire preuve d’imagination et de plus de professionnalisme pour traquer les délinquants dans leurs derniers retranchements, ne pas se limiter au seul contrôle interne, mais initier des contrôles à la fois internes et externes. Car, au Mali, la plupart du temps, la grande corruption procède d’une collusion entre la haute sphère politico-administrative et les milieux d’affaires.

Yaya Sidibé

25 Novembre 2013