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Nous avons déjà évoqué dans les colonnes de ce même journal la nécessité d’initier un projet d’amélioration des transports publics à Bamako et environs. Mais rien à faire. Le ministre de l’Equipement et des transports devrait, peut-être, quitter sa tour d’ivoire et son 4×4 climatisé pour faire un tour (sans jeu de mots) dans les Sotramas de Bamako afin de toucher du doigt la réalité.
Et le calvaire que vivent les usagers de ce mode de transport urbain et souvent interurbain, mais très populaire. En général, il est utilisé par la couche économiquement faible: les femmes qui font du petit commerce de subsistance, les petits fonctionnaires de l’Etat, les gagne-petit du secteur privé, les élèves et étudiants…

Le déplacement pour ce petit monde – petit par les conditions d’existence, mais grand par le nombre – est synonyme d’un voyage en enfer, car ils le font dans des conditions infrahumaines. Ils sont proprement laissés à la merci du lobby des apprentis – chauffeurs – syndicats – transporteurs.
La règle générale est l’inconfort, la trop grande promiscuité, à cause, entre autres, de la surcharge, du caractère sommaire, pour ne pas dire défectueux, des commodités d’accueil et du dispositif de sécurité, de la cupidité et de l’appât de gain, du maximum de gain.

Cette course effrénée à l’argent amène très souvent ces Sotramas à se livrer à des séquences de rallye en pleine ville, avec tous les risques d’accident de la circulation que cette imprudence entraîne. Et des accidents, il y en a, malheureusement. Les apprentis et les chauffeurs n’ayant, d’habitude, d’yeux et d’égard que pour l’argent des passagers.

Il faut dire aussi que la cause de la surcharge vient des autorités en charge du transport public, qui ont adopté des réglementations autorisant … cette surcharge. On autorise une Sotrama pouvant normalement transporter de 10 à 12 personnes, à prendre jusqu’à 18 passagers, les chauffeurs et les apprentis arrondissant, le plus souvent, ce chiffre à 20, voire 25.

Résultat: les passagers sont empilés comme dans une boîte de sardines; ce qui les oblige à des contorsions et à des postures pénibles. Alors, dans ces conditions, la progression de la Sotrama n’est pas sans rappeler une cargaison de moutons ou de bœufs évoluant sur les routes cahoteuses de Bamako. Beaucoup d’usagers sortent de la Sotrama les jambes complètement ankylosées et les côtes meurtries.

Dans ce microcosme règne un personnage central et haut en couleurs: l’apprenti, ou plutôt le garde-chiourme, ou mieux le négrier. Analphabètes ou semi-analphabètes le plus souvent, les apprentis passent le clair de leur temps à rudoyer les passagers, dont certains pourraient même être leurs pères, leurs grand-pères ou leurs mères ou leurs grand-mères.

Parmi ces garnements, il y en a qui, jouant d’humour, de diplomatie et de politesse, arrivent à créer, avec aplomb, l’empathie avec les passagers et atteindre ainsi leurs objectifs sans faire de victime. Mais c’est plutôt l’exception qui confirme la règle générale. La plupart du temps, ces écarts de comportement ont lieu avec la complicité passive des chauffeurs et des «syndicats» plutôt occupés à encaisser de l’argent qu’à encadrer les apprentis-chauffeurs qui sont pourtant sous leur autorité morale.

Au lieu de voler d’un séminaire à un autre, dans le cadre d’activités institutionnelles, la Présidente de l’Association des Consommateurs du Mali (ASCOMA) et les autres responsables du mouvement consumériste malien seraient bien inspirés de faire, eux aussi, un tour dans les Sotramas de Bamako. Ils trouveront assurément ainsi une occasion en or d’exercer vraiment leurs talents de défenseurs des droits des consommateurs.

Ce sombre tableau laisse largement la place à un projet d’amélioration des transports publics à Bamako et environs. D’autant que certaines de ces Sotramas sont de véritables guimbardes, à l’équipement intérieur improbable. Sans compter que, sur le plan urbanistique, l’indigence de leur aspect extérieur n’est pas sans déparer la capitale qui est, cependant, censée être la vitrine du pays.

Les nouvelles autorités post-transition auront là un défi de plus à relever, tant est que cette nouvelle ère à venir doit marquer la rupture avec la gouvernance qu’on a connue jusque là.


Yaya Sidibé

08 Juillet 2013