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La lutte contre la corruption figure en bonne place parmi les 12 travaux d’Hercule que le nouveau de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, doit mener pour redresser le Mali. Le cancer de la corruption qui a fini par gangrener tout le corps social ne lui laisse pas d’autres choix. Comment tuer l’hydre aux cent têtes qui repoussent une fois coupées ? C’est la très délicate équation à la résolution de laquelle le torero de Sébénicoro doit s’atteler sans délai.

Saura-t-il prendre le taureau par les cornes ? Ou fera-t-il semblant de lutter, comme le faisaient ses prédécesseurs en sacrifiant les menus fretins sur l’autel de l’exemple tandis les requins en haute mer, qui ont détourné des milliards de FCFA, passeront paradoxalement au travers des mailles du filet ? Ou livrera-t-il une vraie guerre contre le mal aux mille visages ? Fera-t-il de la lutte contre la corruption un instrument d’élimination d’adversaires politiques ou un outil véritablement au service du développement socio-économique harmonieux du Mali ? L’avenir immédiat nous le dira. En tout cas, son homologue sénégalais, Macky Sall, lui a ouvert la voie avec le très retentissant dossier dit des biens mal acquis.

Saura-t-il aussi résoudre la non moins complexe question des sociétés-écrans au Mali ? L’on se souvient qu’avec l’avènement de l’ère démocratique, par le biais de la collusion entre les hautes sphères politico-administratives et les milieux d’affaires, certains Maliens ont amassé, en un clin d’œil, des milliards de FCFA. On est en plein dans la grande corruption. Certains de ces responsables au sommet de l’Etat ont eu la présence d’esprit d’investir massivement dans des secteurs très porteurs de l’économie dans lesquels notre pays jouit d’avantages comparatifs avérés, en ayant recours à des prête-noms dont nombre sont des opérateurs économiques bien connus de la place. Résultat : des entités économiques ont émergé qui marchent merveilleusement bien et qui ont créé beaucoup d’emplois en continuant à générer de la richesse.

Au nom de la lutte contre la corruption faut-il nationaliser ces entreprises ? La solution paraît, à première vue tentante, mais l’on sait très bien – et les faits l’ont prouvé abondamment – que l’Etat n’a jamais été un bon gestionnaire. Surtout si l’on sait qu’on est au Mali… Faut-il les céder à d’autres privés ? Une solution qui ne manquerait pas de soulever une multitude d’inextricables problèmes juridico-socio-économiques.

Autant dire que la poule aux œufs d’or serait sacrifiée avec comme conséquences des centaines de chefs de famille au chômage et les drames sociaux subséquents. Et la perte pour l’Etat de ce qu’il gagne déjà avec elles. Ce qui serait un véritable gâchis. La solution la plus réaliste serait de partager la poire en deux en demandant à ces entreprises, en plus des taxes et impôts qu’elles paient déjà à l’Etat et de l’argent qu’elles distribuent en terme de salaires aux travailleurs et d’achats locaux, de payer une taxe contributive à l’effort de construction nationale. Une taxe contributive prélevée sur les bénéfices réalisés par les entreprises en question. Et dont le montant sera fixé, dans le cadre d’une démarche amiable, en accord avec les promoteurs desdites entreprises. Un tel fonds permettrait à l’Etat de construire, par exemple, des infrastructures scolaires au profit de dizaines de milliers d’enfants de pauvres, de construire des centres de santé ou de financer des jeunes porteurs de projets viables.

Et ce ne serait que justice, les milliards qui ont servi à développer ces entreprises en question ont été prélevés sur le dos du pauvre contribuable. C’est de l‘argent public en un mot. Il ne serait pas juste qu’elles continuent à faire engraisser uniquement leurs promoteurs alors que le bon peuple n’en finit plus de tirer le diable par la queue. D’autant que nombre de ces entreprises, qui brassent des dizaines de milliards de FCFA et dont la capitalisation n’est pas loin de rappeler l’accumulation primitive du capital avec tout ce que cela a de piraterie et de délinquance financière, ne se sont même pas donné la peine de créer une fondation, dans une démarche d’entreprise citoyenne, pour faire des actions en direction des couches vulnérables.

Yaya Sidibé

22 Septembre du 16 Septembre 2013