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L’ex-ministre en charge l’Énergie sous la transition, Makan Tounkara, n’a eu de cesse de répéter urbi et orbi, tout au long de son ministère, que les coupures de courant, pour ne pas dire les délestages, «ne seraient bientôt qu’un triste souvenir».

Avec le recul, force est de constater qu’à défaut d’être un triste souvenir, les coupures d’électricité continuent, malheureusement, d’être… une triste réalité au Mali. Au grand dam des usagers et autres clients d’EDM-SA.

Le distributeur national d’électricité leur en fait voir de toutes les couleurs, avec des coupures en forme de clignotant, des baisses de tension suivies de coupures, des coupures de longue durée, des coupures de courte durée, des coupures de moyenne durée et des coupures perlées…
A ce petit jeu, beaucoup d’appareils électroniques ou électriques laissent des plumes et leurs propriétaires n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. EDM-SA, elle, n’en a cure. Les dommages subis sont multiformes. En plein journal télévisé, paf… le courant part! Conséquence: l’abonné rate l’essentiel des informations traitant de la vie de la nation. Tant pis, ce n’est pas l’affaire d’EDM SA.

Les aficionados du ballon rond, les adeptes des championnats européens, ne sont eux non plus nullement épargnés par la croix que fait porter EDM SA à ses abonnés. Tout comme les élèves et étudiants, qui voudraient bien apprendre leurs leçons ou faire des exercices de mathématiques ou de physique en groupe, la nuit.

Les bourgeois, qui vivent sous climatiseur, privés de leur précieux air conditionné, souffrent un vrai martyre. A moins qu’ils ne se rabattent sur les groupes électrogènes, pour ceux qui ont eu la présence d’esprit et les moyens de s’en procurer.

Les unités industrielles en prennent aussi pour leur grade. Les coupures intempestives, se traduisant par l’arrêt de l’outil du travail et la désorganisation du programme de production, ne cessent d’entraîner des manques à gagner colossaux, dont le montant reste d’ailleurs à évaluer.

Mais ce sont les gagne-petit, ceux qui vivent au jour le jour et dont les dépenses quotidiennes sont conditionnées à la fourniture d’électricité, pour lesquels la situation est carrément dramatique. Ce sont, entre autres, les vulcanisateurs, les chargeurs de batteries, les soudeurs, les artisans évoluant dans le secteur de la menuiserie métallique, les stations d’essence, les cybercafés, les vendeuses d’eau fraîche…

Faut-il aussi mentionner la paralysie de l’administration? Lénine, parlant de l’importance du courant électrique, ne disait-il pas «le socialisme, c’est la propriété commune plus… l’électricité»?

La résolution de cette crise énergétique devra, par conséquent, être l’une des tâches prioritaires du nouveau gouvernement d’Oumar Tatam Ly. Le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, sera lui-même bien inspiré de s’y impliquer fortement, le cas échéant. Cela devra même être l’un de ses douze travaux d’Hercule. La relance de l’économie et la paix sociale au Mali sont aussi à ce prix.

Yaya Sidibé

07 Octobre 2013