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Une chose est sûre: si Kidal n’avait été maintenue dans une situation de non droit, où les bandits de tous acabits circulent comme dans un moulin, nos regrettés consœur et confrère de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon (Paix à leurs âmes) n’allaient pas connaitre une fin aussi tragique sur les rocailles de l’Adrar des Ifoghas.

C’est en plein jour – précisément aux environs de 13 heures – et en plein centre de Kidal que les journalistes de RFI furent enlevés. En dépit de la présence de la force Serval, des éléments de la MINUSMA et l’armée malienne. Il est vrai que nos soldats y sont cantonnés, sous le regard vigilant de la force Serval qui a adopté, armes aux pieds, l’attitude du spectateur. Pour le plus grand bonheur des bandits qui écument le Septentrion de notre pays.

Le cas de Kidal renvoie, en fait, à une situation quasi-surréaliste: un Etat (le Mali) une puissance (la France) et l’ONU, à travers la MINUSMA, sont mis au pas par une poignée de hors-la-loi. Pour quelle raison? Allez savoir. Une situation d’autant plus inacceptable que ces bandits de grand chemin n’ont aucune légitimité pour représenter la communauté touareg, dont l’écrasante majorité n’aspire qu’à vivre en paix et en bonne intelligence avec les autres composantes de la nation malienne.

Quel masochisme pousse François Hollande et Ibrahim Boubacar Kéita à se coucher à plat ventre devant des individus sans foi ni loi, qui, qui plus est, ont suffisamment donné la preuve qu’ils ne représentaient nullement une force militaire et que le respect de la parole donnée était le cadet de leurs soucis?

Nul besoin d’être un grand clerc ou un analyste hors-pair pour comprendre qu’il y a un système de vases communicants entre les différents groupes armés qui sévissent dans le Nord du Mali. MNLA, MAA, HCUA, Ançardine, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. N’oublions jamais que presque toutes les autres entités sont sorties des flancs du MNLA, qui leur a donné naissance par scissiparité. En fait, le distinguo qu’elles font entre elles, n’est que de la poudre aux yeux. Ce sont des loups entre eux, dont l’activité criminelle constitue le dénominateur commun et qui sont tous en connexion avec les narco-jihadistes d’AQMI.

Leur projet de fusion, leur dernière trouvaille, s’inscrit dans la même logique. Et tant que Hollande fermera les yeux sur cette situation, il y a fort à craindre qu’elle ne débouche sur d’autres tragédies, du genre de celle qui a fauché Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Heureusement, il y a aujourd’hui comme un frémissement dans le sens d’un sursaut «réalistique» de la France.

A en croire RFI, le MNLA a promis qu’il allait quitter les locaux du Gouverneur et ceux de l’ORTM d’ici au jeudi 14 novembre prochain. On se rappellera que les locaux en question sont squattés par les membres de ce mouvement. Une situation ubuesque, qui a obligé le Gouverneur -censé être le représentant du Président de la République – et ses collaborateurs, à se rabattre sur la Mairie, elle-même vidée de son mobilier.

Résultat: c’est en véritables parias que les représentants de l’Etat tentent, tant bien que mal, de remplir leurs fonctions. Cette promesse du MNLA est loin d’être le fruit d’une opération du Saint Esprit. Nul doute qu’elle est le résultat d’une pression «amicale» de la France, le maître du jeu de la crise malienne. Les récents affrontements entre l’armée malienne et les éléments du MNLA à Egazargane, localité située à 140 km de Ménaka, soldés par la mort de 6 rebelles du mouvement séparatiste, montrent aussi bien que, à défaut de participer au nettoyage de la zone des nids de bandits armés, la France s’est abstenue de brider les FAMA (Forces Armées du Mali).

La même fermeté et le même sens de l’histoire, qui ont prévalu lors du déclenchement de l’Opération Serval, devraient être toujours de mise. Il s’agit d’aller au bout de la logique, de ne pas s’arrêter à mi-chemin. Au-delà des circonlocutions et des euphémismes dont usent les autorités maliennes pour dénoncer l’ambiguïté de l’attitude de Paris, la solution du «cas Kidal» est d’une simplicité affligeante: il suffit d’appliquer à la lettre l’Accord de Ouagadougou, de désarmer et de cantonner les éléments du MNLA.

Il urge que Kidal revienne dans le giron du Mali. La mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, pour douloureuse qu’elle soit, aura au moins servi à ouvrir, grands, les yeux à la France. Et à faire bouger les lignes. Kidal transformée en véritable no man’s land n’arrange personne, à l’exception certainement des bandits armés.

Pour le reste, il sied de renouveler nos condoléances et de souhaiter que Dieu le Tout Puissant accueille dans son paradis l’âme des disparus. Car, comme le dit la sagesse malienne: «Chassant un vautour en train de se repaître d’un cadavre d’humain, ne lui dis pas: ôte-toi de ce cadavre, mais plutôt ôte-toi de mon cadavre».

Yaya Sidibé

Le 22 Septembre du 11 Novembre 2013