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Thierno Saïdou Diallo, de son nom de plume Thierno Monénembo, a animé une conférence à l’université de Bamako devant des centaines d’étudiants. C’est sur invitation du fonds des prix littéraires que l’écrivain guinéen, lauréat du prestigieux Prix Renaudot en 2008, séjourne au Mali dans le cadre de la rencontre biennale de la littérature au Mali.

Pour son expérience, Thierno Monénembo est devenu une personne ressource dans le cadre de la rentrée littéraire du Mali dont la troisième édition se tient du 7 au 10 février 2012. La session inaugurale consacrée au thème «écrire en Afrique» a eu lieu ce 7 février. C’est dans un amphithéâtre de la faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines (Flash) que s’est tenue cette conférence animée par le célèbre écrivain guinéen. Outre les étudiants, de nombreuses personnalités parmi lesquelles des professeurs d’université et des éditeurs ont pris part à la conférence.

jpg_tierno.jpgComme un procès, le conférencier a fait l’historique de la littérature africaine et parvenu au constat suivant : la plupart des acteurs de la littérature africaine ont été forgés en occident, sans pour autant être dominés par le colon. Selon l’écrivain, l’ouverture démocratique dans de nombreux pays africains dans les années 1990 a propulsé une diversité des thèmes traités par les littéraires qui ont pris un peu de recul par rapport au thème traditionnel de la colonisation.

C’est ainsi que les romans policiers, la littérature féminine et le traitement de la sexualité, entre autres, ont fait leur apparition. Dans la majeure partie des pays africains, précise Monénembo, les infrastructures culturelles et le cadre législatif n’ont pas suivi la dynamique des changements opérés.

C’est pourquoi beaucoup d’auteurs africains notamment francophones sont encore édités en France. Au regard de cette situation, l’écrivain salue l’initiative de la rentrée littéraire qui, selon lui, encourage la production africaine.

Sous le feu des questions des étudiants de la Flash, l’universitaire confesse : «C’est l’exil qui a fait de moi un écrivain… En exil, j’ai eu le besoin de m’exprimer». Selon toute vraisemblance, son expression n’a pas été vaine puisque son pays, la Guinée, a recouvré la démocratie après plus de 50 ans d’indépendance. Et l’écrivain peut se targuer d’avoir une part de responsabilité dans le couronnement de cette ouverture politique à travers ses écrits.

Fuyant la dictature d’Ahmed Sékou Touré, ce fils de fonctionnaire quitte, en 1969, la Guinée et rejoint le Sénégal, à pied. Il poursuit ensuite ses études en Côte d’Ivoire, puis en France (1973) où il obtient un doctorat en biochimie à l’université de Lyon. Depuis 2007, il est professeur d’université aux États-Unis.

L’écrivain qui a publié son premier roman en 1979 traite souvent de l’impuissance des intellectuels face aux difficultés de développement en Afrique ainsi des difficultés de vie des Africains en occident. Selon des observateurs de la littérature africaine, le lauréat du prix Renaudot 2008 a mis en lumière la place qu’occupent les écrivains français d’origine africaine dans la littérature francophone.

Seydou Coulibaly

08 Février 2012

©AFRIBONE