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Depuis un certain nombre d’années, le Fleuve Niger fait face d’énormes difficultés dues à l’homme. En novembre 2016, l’Association Sauvons le Fleuve Niger mène des actions pour le désensablement du Fleuve Niger et contribue aussi l’amélioration des conditions de vie des populations riveraines. Thierno Mohamed Baldé, président de l’Association Sauvons le Fleuve Niger et le président de la Fédération Nationale pour la Sauvegarde et la Protection des Cours d’Eau du Mali, nous livre d’amples informations. 

– Quelle analyse faites-vous de l’état actuel du Fleuve Niger ? 

TMB: En réalité, le fleuve est en train de se dégrader de jour en jour. Je peux dire que ce n’est pas une priorité de l’Etat étant donné que c’est une artère nourricière du Mali. Le Fleuve Niger prend sa source vers la Guinée Conakry. Il traverse cinq pays : Guinée Conakry, Mali, Niger, Benin, et Nigéria, sur une distance de 4 200 kilomètres. Mais ce qui traverse le Mali fait environ 1700 kilomètres de la frontière entre le Mali et la Guinée et ça termine entre le Mali et le Niger. L’état actuel du Fleuve Niger, il y a une forme de dichotomie entre le l’Agence du Bassin du Fleuve Niger (ABFN) et l’Autorité du Bassin du Niger, une institution de la société civile. Or, l’Agence du Bassin du Fleuve Niger révèle du ministère de l’Environnement. En réalité, l’Autorité du Bassin du Fleuve Niger ne travaille plus au Mali, soit disant que tout est basé sur l’ABFN. Actuellement, l’ensablement du fleuve, les constructions anarchiques sur les berges du fleuve se font devant tout le monde. Et aussi, les usines sont en train de déverser des produits chimiques dans l’eau aux yeux de tout le monde. En plus, il y a des plantes aquatiques qui poussent et encore personne ne parle. Vraiment, au jour d’aujourd’hui, le fleuve est en train de tarer et l’Agence du Bassin du Fleuve Niger est là et personne ne parle. On ne peut pas parler de la vie sans l’eau. Sans l’eau, il n’y a rien. Même l’électricité dépend de l’eau. L’Etat est en train de recevoir de l’argent. En 2017, la Banque mondiale a octroyé à l’Etat malien 14 milliards de francs CFA, 7 milliards de dons et 7 milliards de crédits. La Suède aussi a octroyé à l’Etat 45 milliards de francs CFA pour le dragage et le faucardage du fleuve Niger, tronçon Kangaba-Bamako, Kangaba-Koulikoro sur une distance de 200 kilomètres, l’aménagement des berges du fleuve. Jusqu’à présent, on n’a rien vu. Nous ne sommes pas satisfaits du bilan de l’Etat. 

En cette approche de l’hivernage, quelles sont les actions à entreprendre pour la sauvegarde du Fleuve Niger ? 

TMB: Je pense qu’on doit tout faire pour enlever ces plantes aquatiques, qui sont en train de pousser de jour en jour. L’Etat aussi doit prendre sa responsabilité parce qu’il y a actuellement, des constructions anarchiques sur les berges. Il doit tout faire pour au moins déguerpir ces gens-là afin de respecter les normes indiquées à savoir 15 mètres. On a recensé environ 566 maisons qui sont dans le nid du fleuve uniquement dans le District de Bamako. Tout ce que nous sommes en train de faire, nous le faisons sur fonds propre. Nous avons même participé à la COP à Paris et celle qui s’est tenue à Madrid. Le 17 janvier 2021, notre association a pris l’initiative de nettoyer le Fleuve Niger, tronçon Samaya-Bamako. Nous avons pu investir plus de 12 millions sur fonds propre. À l’approche de l’hivernage, nous nous souhaiterions que le ministère de l’Agriculture, le ministère des Mines, de l’Énergie et de l’Eau, le Ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable conjuguent leurs efforts. On doit faire sur l’article 44 du code minier, l’Etat a dit que toute activité minière est interdite sur les cours d’eau en République du Mali. C’est vrai, ça peut détruire le fleuve si en réalité, les orpailleurs sont en train d’utiliser des produits chimiques. Nous avons pu reconvertir certains orpailleurs, au lieu de faire l’activité minière, nous leur avons orienté vers l’activité de l’exploitation des graviers et du sable. Ça permet le désensable du fleuve. Si on arrive à enlever les plantes aquatiques, les jacinthes qui sont dans l’eau. On peut leur transformer en engrais. Nous nous voulons maintenant des actes et non des paroles ni des débats, des ateliers, des conférences. Il y a eu des milliers de colloques sur le fleuve. Sans le fleuve, on ne parlera plus de l’Office Niger, du Barrage de Markala. Un pays continental comme le Mali, je pense que ça doit être une priorité de l’Etat. On ne peut pas parler de l’agriculture sans l’eau. On ne devrait pas connaître autant de coupures d’électricité. C’est une artère nourricière du Mali, on doit tout faire pour la sauvegarder et la protéger parce que c’est un patrimoine national. Le Fleuve Niger vient en troisième position en Afrique après le Nil et le Congo.

Quel sera l’apport de votre organisation ? 

Thierno Mohamed Baldé : On a va d’abord commencer avec des campagnes de sensibilisation, conscientiser la population riveraine sur l’utilité de l’eau. Nous avons déjà commencé parce que chaque année, nous essayons de planter 3 000 à 5 000 pieds d’arbres sur les berges du fleuve. Nous avons déjà planté plu de 3 000 arbres dans la commune du Mandé : Kangaba, Bancoumana Samaya, … Cette année, nous comptons planter plus de 20 000 pieds d’arbres sur les berges du fleuve. C’est ce que nous souhaiterons faire cette année. Parce que ça permet l’épanouissement de l’écosystème et le désensablement. S’il y a des arbres sur les berges, ça permet au moins à l’eau de couler rapidement. Nous avons mené une étude de faisabilité et dans 15 ans, si rien n’est fait le Fleuve Niger va disparaître. Nous souhaiterions que l’Etat soit conscient du danger. Il y a plus d’eau et pourtant chaque année sur le fonds climat, des partenaires techniques et financiers injectent des milliards. Nous nous sommes de la société civile et les amoureux du fleuve, mais nous ne soyons rien. La survie des milliers de personnes est liée au Fleuve Niger. Nous allons continuer à contribuer à l’amélioration des conditions de vie de ces personnes. On travaille étroitement avec les Bozo, Somono. Chaque mois, nous collectons 20 000 ou 25 000 francs CFA pour nous permettre de réaliser nos projets pour la survie du Fleuve Niger.

Jacques Coulibaly

@Afribone