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BlonBa et Jean Claude Fall, dans une collaboration artistique exemplaire, viennent de finir une nouvelle pièce de théâtre intitulée «Tête d’or». Une pièce de Paul Claudel, que Jean-Claude Fall met en scène à Bamako. Cela fait bientôt trois semaines que les répétitions sont en cours sur les berges du Palais de la culture de Bamako.

Cette pièce est l’histoire d’un desperado dont l’orgueil fou le conduit à prendre le pouvoir par la violence et à s’affranchir de toutes les lois humaines. C’est l’histoire aussi du combat entre l’espérance et le désespoir, entre la tentation du pouvoir absolu et la foi dans la fraternité humaine. Pour la première fois au Mali, c’est un spectacle itinérant, en extérieur, où chaque scène est jouée dans un espace différent.

Les personnages

Dans la pièce théâtrale, le rôle de tête d’or est joué par Sidy Soumaoro « Ramsès », ainsi que de nombreuses têtes d’affiche et plusieurs espoirs de la scène malienne : Adama Bakayoko, Nouhoum Cissé « Banyengo », Hamadoun Kassogué « Kerfa », Abdoulaye Mangané, Ismaël Ndiaye, Maïmouna Samaké, Djibril Sangaré, Diarrah Sanogo « Bougouniéré », Gaoussou Touré, Aïssata Traoré, N’Dji Traoré, Tiébilé Traoré, Mohamed Yanogué et Cheick Diallo à la flûte. Avec la collaboration dramaturgique de Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Chorégraphie : Naomi Fall et Mohamed Coulibaly. Une production de la Compagnie La Manufacture – Jean-Claude Fall, en partenariat avec BlonBa. De fait, Jean Claude Fall est l’un des grands et meilleurs metteurs en scène en France ; il a un long parcours derrière lui. Il a dirigé plusieurs centres dramatiques nationaux en France. Jean Claude Fall a créé le théâtre de la Bastille.

La pièce «Tête d’or»

Cette pièce de Paul Claudel, est une pièce dans laquelle, Jean Claude Fall a longuement travaillé, depuis maintenant très longtemps. Et depuis toujours, il pense que cette pièce, il faut la faire en Afrique ou en Amérique, soit dans les pays de l’Est. Il avait pensé à des pays comme la Mongolie ou la Sibérie, des endroits qui sont dans des archétypes différents de la culture européenne. Il pense que ça n’a pas de prise en Europe et si ça en a quand même, «ça parle plus dans des pays avec de traditions despotiques avec des fonctionnements très familiaux, où la famille ou les règles ancestrales sont encore présentes. Donc depuis toujours je voulais la faire en Afrique, puis ma famille est venue au Mali, je suis venu la voir. J’ai rencontré les gens de BlonBa ; on a discuté, je me suis dis que c’est le moment de faire ça, car ça faisait longtemps que j’avais envie de la faire».

La particularité majeure de «Tête d’or» est le fait qu’elle est mise en scène sur trois sites ; chose rare dans les mises en scènes théâtrales modernes. Sauf que Jean Claude Fall a voulu la faire en extérieur ; ce qui est pour lui aussi une première, car il n’a jamais travaillé dans les décors naturels, mais il avait envie de faire ça dans un décor naturel et non dans un lieu théâtrale nu ; quelque chose qui ressemble au cinéma en quelque sorte.

«Qu’est-ce que ça raconte ? J’allais dire par rapport à l’histoire récente du Mali, ça raconte des choses : un pays qui est dévasté et qui est en proie à des ennemis très puissants. Et alors, s’élève une figure à tête d’or qui est un homme du peuple, qui refuse la défaite, qui se bat pour reconquérir le royaume. Et puis, une fois qu’il a réussi, il revient et il dit maintenant qu’il veut tout, il veut régner et il devient lui-même un despote. Un tyran et il veut imposer des lois, pas de culture : les femmes à la maison et les hommes à la guerre, à la conquête du monde, et il emmène tout le royaume dans une espèce de folie guerrière. Toutes ces histoires font penser à Alexandre le Grand ; il y a plein de héros comme ça dans l’histoire des héros qui sont des anti- héros. Et au bout d’un moment, tout le monde le lâche, il meurt en débris. Il y a plusieurs histoires parallèles qui se jouent dont la présence du roi et de la princesse sa fille. Le roi qui se fait égorger par «Tête d’or», et la fille qui est en fuite, qui représente les lois anciennes ; cette princesse meurt et toutes les règles anciennes ont disparu. Le despotisme fou, le fanatisme fou d’un «Tête d’or» a disparu et maintenant les hommes doivent reconstruire un autre monde», nous explique M. Fall.

Ressemblance avec la crise malienne

Cela est constaté dans les textes. Les acteurs et comédiens font croire que ça parle de la crise au malienne. Les costumes et les tenues des militaires, c’est comme des jihadistes. Est-ce que s’est fait exprès ? «Bien sûr, mais il y a pas ça qu’au Mali ; cela se passe ou ça s’est passé, je pensais en Somalie, il y a plein d’endroits», explique M. Fall. Il ajoutera qu’il y a ces espèces de figures qui sont des rebelles, qu’on peut traiter de fanatiques, etc. Ce qui est vrai, selon le metteur en scène, ce sont des rebelles qui se trompent de combat. Mais ce sont des gens qui sont contre le système et dans leur folie contre le système, ils dérapent complément vers des tyrannies féroces. «Mais ça ne se passe pas qu’au Mali ; ça s’est passé dans beaucoup de pays en Afrique. Mais ça s’est passé dans beaucoup de pays en Amérique, dans les pays en Europe de l’Est. Ça peut se passer à tout moment partout. Je dis simplement que cette pièce dit attention à ces fausses figures héroïques qui nous entraînent vers le chaos», commente-t-il.

«Tête d’or» sera présentée demain mercredi 5 février 2014, pour la première fois, au peuple malien au Palais de la culture Amadou Hampaté Bah de Bamako. Et les 6, 7 et 8 février, dans la nuit. Après, les 15 artistes et toute l’équipe seront à Paris pour des présentations publiques.

Kassim TRAORE

Le Reporter du 5 Février 2014