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« Vérité de Soldat » est la toute dernière pièce de théâtre produite par Blonba. Mieux qu’une pièce de théâtre, « Vérité de Soldat » est une invitation à visiter et à revisiter un pan de l’histoire contemporaine du Mali. Déjà présenté à Bruxelles, Paris et Luxembourg, la pièce était programmée le 8 janvier 2011, pour sa grande première malienne, à Blonba.

Du 7 au 29 janvier 2011, tous les vendredi et samedi, les bamakois qui souhaitent avoir un témoignage pathétique et émouvant, mais souvent risible des dernières années du régime de Modibo Keita et l’installation de la dictature militaire au Mali, ont une seule adresse : Blonba. Sous la houlette de son directeur Alioune Ifra Ndiaye, la structure vient de produire la pièce de théâtre « Vérité de Soldat », une mise en scène de Patrick Le Mauff et de Jean-Louis Sagot-Duvauroux, inspiré du récit du Capitaine Soungalo Samaké, intitulé « Ma vie de soldat » publié par les éditions « La Ruche à livres » de Amadou Traoré dit Djikoroni.

Pour rendre ce texte dans toute sa plénitude, le metteur en scène a fait appel aux talents de trois comédiens maliens qui ne sont plus à présenter : Adama Bagayoko, dans le rôle de Soungalo Samaké ; Michel Sangaré, dans le rôle de Amadou Traoré et Maïmouna Doumbia, dans celui de Catherine.

A travers le jeu de ces comédiens talentueux, le metteur en scène, de façon astucieuse, va amener Soungalo Samaké à raconter sa vie qui est intimement liée à celle des soubresauts que notre pays a connus à partir du 18 novembre 1968, date du coup d’Etat militaire contre le régime de Modibo Keita. Auparavant, Soungalo Samaké militaire, non plutôt Adama Bagayogo, dans le rôle du capitaine des commandos parachutistes de Djikoroni, va rapidement raconter son passage à l’école, d’où il s’enfuira pour les chantiers de Markala. Moyennement lettré parmi des centaines de manœuvres, il deviendra chef magasinier, avant de se faire enrôler dans l’armée coloniale.

Suivront sa formation de commando parachutiste, sa déception d’un premier mariage à Dakar, son reversement dans l’armée qui va se débarrasser de lui, avant de le rappeler, tout est expliqué dans les moindres détails par le comédien avec une forte dose d’humour. Et, comme un saut de para-commando, Soungalo fait défiler comme un film son rôle dans la chute du régime de Modibo Keita et son implication dans les différentes représailles sous la dictature de Moussa Traoré.

Tombé en disgrâce, il sera à son tour accusé de complot et condamné pendant dix ans à partager le sort de ses anciens prisonniers dans le nord Mali, notamment Amadou Traoré dit Djikoroni, son éditeur. Longtemps après leur libération, dans un Mali devenu démocratique, une amitié exceptionnelle entre les deux hommes sera couronnée par un livre : « Ma vie de soldat ».

Le capitaine Soungalo Samaké, dans sa volonté d’écrire ses mémoires, va se confier à Amadou Djikoroni qui, dans une démarche scientifique et sans rancœur, va aider son ancien tortionnaire à coucher sur le papier son témoignage exceptionnel qui va aider tous les Maliens et les amis du Mali à comprendre cette partie de l’histoire récente de notre pays. C’est ce livre qui a inspiré Alou Ifra Ndiaye, Patrick Le Mauff et Jean-Louis Sagot-Duvauroux.

Le metteur en scène, pour donner toute sa plénitude au jeu des comédiens, a démarré la pièce par un dialogue entre Maïmouna Doumbia dans le rôle de Catherine, née du fruit d’un viol collectif perpétré dans le quartier de Djikoroni par les éléments de Soungalo Samaké, alors sous-officiers et Michel Sangaré, dans le rôle de Amadou Traoré.

Catherine, sous l’effet de la douleur quand elle se souvient de cette circonstance honteuse dont elle est l’un de fruit veut convaincre Amadou Traoré, l’éditeur, ne pas éditer les mémoires de Soungalo Samaké. Estimant qu’elle ignore la portée du message de l’ancien capitaine des bérets rouges de Moussa Traoré, l’éditeur va l’inviter à lire l’œuvre. Et, c’est cette lecture qui va nous envoyer dans un autre tableau de la pièce : l’interview de Soungalo Samaké par Amadou Traoré.

Et, on comprend que le 19 novembre 1968, Modibo Keïta, premier président de la République du Mali et tenant d’un « socialisme scientifique », qui connaît à l’époque difficultés et contradictions, est arrêté sur la route de Koulikoro à Bamako par Soungalo Samaké. Ce sous-officier parachutiste, contribuera à l’installation du régime militaire de Moussa Traoré qui dirigera le Mali jusqu’en 1991, date de l’avènement de la démocratie. Ce spectacle est une lumière sur l’histoire du Mali post-indépendance. Ce document fiction théâtral « Vérité de soldat » est joué dans deux versions : en bamanan et en français.

Assane Koné

12 Janvier 2011.