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Les nouveaux inspecteurs de police s’insurgent aujourd’hui contre le statut qui leur a été accordé. Au Mali, selon le témoignage de nombreux porteurs d’uniforme, une incohérence persiste dans les différents textes du corps de la police et qui tarde à être corrigée par le ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile conscient des préjudices engendrés. La dernière promotion d’inspecteurs de police dénonce ce qu’elle appelle une violation des textes.

« Dans la police, le statut d’officier commence avec les commissaires qui sont supérieurs à un lieutenant de l’armée. Ce dernier étant un officier plein » , fait remarquer un inspecteur stagiaire qui révèle que dans les autres pays de la sous-région, le grade d’inspecteur de police, vu son inadaptation, est longtemps rayé des textes pour être remplacé par le grade d’officier de police.

En réalité, un inspecteur de police est, selon une source proche de la police, l’équivalent d’un sortant de l’Ecole militaire inter-armes (Emia) considéré comme un officier. Selon un inspecteur de police, les autorités, comme si elles se reprochent quelque chose, donnent aux inspecteurs en mission à l’étranger une barrette de lieutenant de l’armée. Mais une fois de retour au pays, ces derniers sont obligés de restituer ces galons, d’où la colère de certains inspecteurs.

« Nos commissaires portent présentement une barrette de lieutenant de l’armée, mais lorsqu’ils sont en mission à l’étranger, on leur remet un galon de commissaire, mais pourquoi tout ce bricolage ? » , s’interrogent des inspecteurs qui, il faut le rappeler, sont recrutés sur la base d’un bac + 2. Ils subissent une formation de 18 mois et un stage de 12 mois en tant qu’élèves inspecteurs.

Discrimination

Cette incohérence dans les faits provoque souvent des tiraillements, voire des scènes de jalousie entre l’armée et la police. Par exemple les inspecteurs de police refusent de concevoir qu’un lieutenant de l’armée exige qu’ils lui rendent les honneurs. Les deux grades, aux yeux des policiers, se valent. Il faut aussi noter qu’un sortant de l’Emia est titulaire d’un diplôme de 2 ans après le bac plus 3 ans de formation militaire. Il sort avec le grade de sous-lieutenant.

Une source proche du ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile nous apprend qu’une réflexion est en train d’être menée sur un projet de statut des fonctionnaires de la police régi par la loi n°02-056 du 16 décembre 2002. Cette loi, ajoute notre source, dès les premières années de son application a révélé des insuffisances dans certains cas, de graves lacunes préjudiciables à une gestion équitable de la carrière des fonctionnaires de police.

Considérés comme la cheville ouvrière de la police car conduisant toutes les opérations sur le terrain, les inspecteurs se disent les laissés pour compte d’un corps qui pourtant semble être dans une phase de « renouveau », depuis l’arrivée aux commandes de l’actuel contrôleur général Niamé Kéita. Un renouveau qui risque d’être confronté aux entraves qui peuvent être évitées par un simple réaménagement des textes ne serait-ce que pour une conformité avec les pays de l’espace Cédéao.

Amadou Waïgalo

19 Septembre 2008