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Fidèle à son habitude, le président Amadou Toumani Touré a déçu les Maliens de France en éludant le débat sur le test ADN. Un ratage qui l’éloigne une fois de plus de ses compatriotes.

Depuis le vendredi 19 octobre 2007, le président ATT séjourne en France. Pendant son séjour, le président de la République du Mali vient de rater l’une des plus belles occasions pour être solidaire de nos compatriotes qui subissent une souffrance inacceptable qu’une certaine France leur inflige au quotidien.

Avec la loi sur le test ADN et tant d’autres lois, la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont plus de mise dans le pays de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Nous savions que depuis la deuxième guerre mondiale, après le succès de nos ancêtres les tirailleurs sénégalais dans la libération de la France des mains de l’Allemagne nazie, nos compatriotes et tant d’autres Africains n’étaient plus les bienvenus au bord de la Seine. Mais, aller jusqu’à fouiller dans le sang des gens pour réguler le flux migratoire relève d’un cynisme inqualifiable et rabaisse la France au rang des nations où le racisme gagne de plus en plus du terrain. En cette période où le débat sur le test ADN bas son plein en France, aucun chef d’État africain de passage dans l’île de France ne peut échapper à la question. Comme on pouvait s’y attendre, ATT, après avoir reçu son doctorat Honoris Causa de l’Université de Lyon III, a été invité par un journaliste à se prononcer sur la nouvelle loi française sur le test ADN.

Comme on pouvait s’y attendre le premier des maliens a utilisé sa pirouette habituelle pour orchestrer une fuite en avant magistrale. «Actuellement, la discussion est franco-française et je voudrais attendre que le débat s’épuise à ce niveau pour me prononcer», c’est en substance ce qu’ATT, interpellé par un journaliste, a déclaré au bord de la Seine.

Selon des sources concordantes cette déclaration du président malien a fait l’effet d’une bombe dans le milieu des immigrés maliens à Paris et ne cesse de provoquer l’ire chez bon nombre de maliens au bord du Djoliba. Que ce soit à Paris où à Bamako, des Maliens sont convaincus que leur Président a encore une fois raté le coche. Ils estiment qu’ATT ne devait pas quitter le tam-tam à Paris pour venir battre son ventre à Bamako. Il n’est pas dit qu’une opposition du premier des Maliens à la fameuse loi française sur le test d’ADN, amènerait les autorités françaises à revoir leur copie.

Mais, pour l’histoire et pour la postérité, cela allait au moins permettre à l’opinion internationale et surtout malienne de retenir que le Président ATT, à l’instar de celui du Sénégal qui l’inspire sur plusieurs sujets, s’était opposé ouvertement à cette volonté exprimée par une certaine France rétrograde qui a décidé de ne plus regarder dans le rétroviseur, mais d’y vivre. En sa qualité de Président de la République du Mali, donc de tous les Maliens de l’intérieur et de la diaspora, ATT devait se prononcer clairement pour déterminer la position malienne, car le débat est loin d’être «franco-français». Plus que tous les autres Etats africains, ce débat intéresse le Mali, les maliens et leur Président, pour la simple raison que nos compatriotes de la diaspora constitue la matière première la plus importante de notre pays. Et ça, le Président ATT le sait plus que quiconque. Et pour cela, il ne devait pas user la langue de bois, comme il a eu à le faire dans d’autres circonstances.

Le Mali, ATT et les maliens doivent s’inviter dans ce débat qui ne peut plus rester entre français au nom des liens historiques qui lient le Mali à la France. Le président Abdoulaye Wade du Sénégal et Alpha Oumar Konaré, Président de l’Union Africaine, conscients des relations partenariales qui doivent désormais exister entre la France et nos pays, ont pris leur courage pour dénoncer la volonté de l’État français à vouloir imposer un test ADN dans le cadre du regroupement familial. Mais, en sa qualité de premier diplomate du Mali, ATT n’a pas pu clairement définir la position du Mali. Il se réserve le droit de donner cette position quand les français racistes auront eu raison des français humanistes qui du reste ont besoin de connaître la position des Etats africains sur la question pour être plus incisifs dans les débats au niveau du parlement français.

Mais, ce jour là, la position du Mali ne servira plus à grande chose, si ce n’est pour constater et condamner dans le pire des cas, l’humiliation que la France réserve à ses ressortissants. Le Mali et les Etats africains concernés par l’immigration ne doivent plus rester sur le quai en observateurs et laisser l’Europe mener ce débat à sa guise. Nos autorités qui ont bénéficié de nos suffrages pour se hisser à la tête de nos Etats et prêté serment de nous défendre en toutes circonstances et en tous lieux, doivent faire de l’émigration une question de souveraineté nationale. En tout cas dans le contexte malien cela se doit quand on sait que nos compatriotes résidents à l’extérieur apportent bon an, mal an à l’économie du pays plus que l’aide publique au développement.


Assane Koné

30 octobre 2007.