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«Écrasés militairement», selon le président nigérien, Mahamadou Issouffou, les groupes terroristes ont réorientés leur stratégie de lutte. Les derniers événements au Niger prouvent que des éléments radicaux entendent mener la vie dure aux pays engagés au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre asymétrique a donc commencé !

«Les groupes djihadistes ont été défaits à 90 %» au Mali. Cette assurance des forces armées africaines et françaises tranche encore avec les capacités de nuisances des terroristes. Cette victoire annoncée n’est que «médiatique», analyse les intéressés, affirmant que leur retrait des villes maliennes était un «choix imposé par la loi de la guerre et la volonté de préserver le sang des musulmans».

Après des attentats kamikazes en avril à Tombouctou, un officier malien reconnaissait déjà leur capacité de nuisance : «Un grand nombre de djihadistes ont affronté l’armée malienne à Konna et pourtant à l’issue de cette bataille, il n’y avait plus aucun de ces combattants sur le terrain. Est-ce qu’il faut en déduire qu’ils ont tous été tués ?
Surement pas !». Dans le milieu sécuritaire, on se dit conscient que les islamistes se sont recyclés pour ne plus opérer que par la terreur. Et le Niger a été le premier à en faire les frais à travers le double attentat de ce 23 mai ayant abouti à 24 morts et plusieurs dizaines de blessés, selon un dernier décompte.

Fiers de leur triste bilan, les auteurs de ce massacre, fanfaronnent.
«Nous prévenons tous les pays qui ont l’intention de participer à cette croisade, même au nom du maintien de la paix, que nous allons leur faire goûter la saveur de la mort», indique le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) dans un communiqué. Les cibles du double attentat – un camp militaire nigérien et un site d’uranium d’Areva (société française au Niger) – prouvent que l’opération a été minutieusement préparée. Et sa réussite instruit que les 10% restants des groupes terroristes, si l’on en croit les dirigeants de l’opération serval et alliés, ont les moyens ne sont pas dénués de toute option offensive.

Ce coup dur qui laisse deviner une série d’autres actes terroristes, prouve que les forces du mal gardent la main dans le Sahel. Si le Mujao a revendiqué ces attaques terroristes, la Katiba «Les signataires par le sang» de l’algérien Mokhtar Bel Mokhtar y aurait également participé. Le premier groupe s’est illustré par l’application rigoriste de la loi islamique au Mali. Quand au second, sa dernière action spectaculaire fut les prises d’otages dans le site minier algérien d’Inamenas. Les deux groupes, satellites d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi), ont la particularité d’avoir été créés pendant l’occupation du nord du Mali.

Dès janvier 2013, aux premières heures de libération d’une partie de cette région, dans laquelle les forces françaises ont joué le rôle principal, Aqmi avait prévenu qu’il allait «frapper les intérêts de la France partout dans le monde». Et déjà, à l’époque, la menace était «prise au sérieux» par la France et ses « alliés » africains. Le sahel et le Maghreb se trouvent ainsi miné par un ennemi qui a de grandes capacités de nuisance. Qu’y a-t-il de plus terrible qu’un homme prêt à mourir ?

Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 24 Mai 2013