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Selon nos informations, le Comité technique chargé de l’élaboration des termes de référence pour l’organisation des concertations nationales a ficelé son projet de termes de référence. Le travail terminé, le président du Comité, Adama Traoré, a déposé son dossier qui est prêt à prendre le chemin du conseil des ministres pour être adopté.

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra n’aurait eu aucune objection : le boulot a été bien fait par le Comité technique chargé de l’élaboration des termes de référence de la concertation nationale, qu’il a créé le 15 août dernier, en confiant la présidence au Dr Adama Traoré membre de la Coordination des patriotes maliens (COPAM). Le rapporteur du Comité est du regroupement « IBK-Mali 2012 ». Les autres membres sont : 1 du Comité militaire de Suivi de la Réforme des forces de défense et de sécurité ; 2 du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) ; 1 du Cadre de concertation des femmes des partis politiques ; et un expert dont la provenance n’a pas été précisée par la décision. Le secrétariat du Comité est assuré par le Cabinet du Premier ministre, précise la décision. Dans cette composition, on remarque l’absence des regroupements de l’Alliance des démocrates patriotes pour la sortie de crise (ADPS), de la Coalition pour sauver le Mali (CSM), du Front uni pour la sauvegarde la république et la démocratie (FDR). Dans ce Comité, la présence remarquée et pesante du Haut conseil islamique est perceptible, à un moment où est craint le risque d’une instrumentalisation de l’Islam pour lui faire jouer un rôle politique.

Le premier ministre Cheick Modibo Diarra, qui était pour une accélération de l’organisation de la concertation nationale, avait prôné l’adoption rapide des termes de référence en Conseil des ministres, lorsqu’il lui a été proposé d’envoyer dans un premier temps ledit projet aux partis politiques. Une remarque à laquelle il se conformera, mais en ne la prenant en compte qu’à moitié. A l’image du travail effectué, il a procédé à un choix sélectif des partis politiques pour l’envoi du projet de termes de référence.

Un travail de piètre qualité

Si le Rassemblement pour le Mali (RPM) de Ibrahim Boubacar Kéita l’a reçu et s’est offusqué du travail de piètre qualité élaboré par les membres du Comité technique chargé de l’élaboration des termes de référence pour l’organisation des concertations nationales, le Premier ministre n’a pas jugé nécessaire de saisir de ce projet, le Front uni pour la sauvegarde la République et la démocratie (FDR) de Siaka Diakité, ainsi que la Force pour la République, la Démocratie et la Paix (FRDP Mali-Kô) du Dr Modibo Soumaré. Ces deux regroupements politiques ont écrit au Premier ministre pour protester avec vigueur et lui exprimer leur indignation.

Quant au RPM d’IBK, il a également écrit pour mettre en garde : « Nous formulons avec insistance la demande de soumettre les termes de référence (Tdr) à une instance de validation avant de porter le projet devant le Conseil des ministres et avant les concertations », a écrit le Secrétaire général du RPM, Dr Bokary Tréta, au Président du Comité technique chargé de l’élaboration des termes de référence pour l’organisation des concertations nationales. Pour le RPM, « l’avant-projet des termes de référence proposé nous parait sous-optimal dans la mesure où plusieurs aspects importants ont été occultés, notamment la base de représentation des forces vives, l’équité entre les regroupements politiques, le caractère souverain du TOGUNA soumis à un choix très orienté vers un contrôle voire une mainmise apparente sur le pilotage des Concertations nationales ».

En outre, l’attente de neutralité du Pouvoir n’a non plus été respectée, le projet est truffé d’omissions qui le rendent impertinent : l’atteinte à l’intégrité territoriale, la mauvaise gouvernance (corruption, impunité, népotisme, etc.), les rapports conflictuels entre l’Administration et les citoyens.

« Des exclusions à dessein et une dangereuse instrumentalisation des acteurs à l’avance »

« La liste des participants suscite beaucoup d’interrogations quant à sa composition et sur la variation fréquente, non motivée, du nombre et du statut des participants », a fait remarquer le RPM. Pire, le projet réunit tous les ingrédients pour faire de ces Concertations nationales, le cadre orchestré « des duplications, des exclusions à dessein et une dangereuse instrumentalisation des acteurs à l’avance », évoque un document du Bureau politique national du RPM dont le Républicain a reçu copie. La liste des participants ne laisse pas transparaitre des critères de choix objectifs et de quota par regroupement ou par association. On y note une représentation multiple de certaines sensibilités politiques ou sociales. Un travail léger, impertinent et qui n’augure rien de bon pour la bonne suite des Concertations nationales.

Par ailleurs, les termes de référence ne donnent aucune indication quant au choix de la personnalité qui doit présider les travaux des Concertations nationales. Pourquoi le Comité à la manœuvre et à la solde du Premier ministre de la transition Cheick Modibo Diarra occulte ce choix ?

Le FDR se signale sur la même longueur d’ondes en écrivant au Premier ministre Cheick Modibo Diarra, en lui demandant de « mettre les différents regroupements politiques (FDR, COPAM, CSM, ADPS et IBK 2012) sur un pied d’égalité, tout en confiant la présidence à une personnalité consensuelle ». Au vu du travail très approximatif du Comité technique chargé de l’élaboration des termes de référence pour l’organisation des concertations nationales, le Regroupement présidé par Siaka Diakité (FDR) n’avait pas tort de demander de rapporter la décision N° 2012-0104/PM-CAB du 15 août 2012 portant création et composition dudit Comité technique. Contre tenu de toutes ces contre-performances du Comité technique, la participation du FDR aux travaux qui en découlent reste sujette à caution.

Boukary Daou

Le Républicain du 13 Septembre 2012