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L’implication de Kati dans la tentative d’enlèvement de Mme Sina Damba, DG de l’Apej, comme l’a laissé entendre un de ses acteurs montre à suffisance que Kati refuse d’accepter un décret de nomination et empêche son application. En cela, Kati, une République dans une République, comme le pensent beaucoup, perturbe le bon déroulement de la transition au Mali. On se demande bien si après l’acte du 22 mars, Kati a besoin encore de mettre la République à genou, au risque de s’exposer à la longue aux sanctions de la Cédéao et de la CPI ? En tout cas, cette affaire malheureuse cache mal la guerre larvée entre Cheick Modibo et le capitaine Sanogo qui ne digérerait pas que le premier lui ait refusé certains avantages.

La presse a en fait ses choux gras ce mercredi 22 novembre. Sina Damba Gate, la tentative d’enlèvement de Mme Sina Damba Maïga, DG entrante de l’Apej aura changé de version en version dans les journaux, mais restée constante dans les causeries de Bamako. Elle le restera pour longtemps, car il sera difficile de parler de Sina Damba Gate, sans penser à Kati.

D’abord, les acteurs sont des militaires et aux dires d’un parmi eux, ils étaient en mission pour Kati. Une motivation qui s’explique aisément dès lors que l’on met ensemble les pièces de cette opération. Réputé très proche de Kati, l’ex-DG de l’Apej n’a pas fait que verser à Kati au lendemain du coup d’Etat la prime de 240 millions de F CFA.

Issa Tiéman Diarra, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est parent à Seyba, un militaire, membre de l’ex-CNRDRE, très influent au sein du cercle restreint des militaires, auteur coup d’Etat. Seyba est aussi réputé être un sympathisant du Premier ministre. Une sympathie réciproque qui s’effritera avec le décret de nomination de Sina Damba, comme DG de l’Apej, ce qui de l’autre côté marquera du coup la fin de la mission de l’ancien DG à l’Apej.

Fondé que c’est le Premier ministre qui a nommé Sina Damba, ancien ministre d’ATT, à la place d’un parent par surcroît, un des argentiers de Kati, les militaires décident alors de montrer que ce sont eux qui ont fait le coup d’Etat. Ils veulent montrer et prouver à qui veut que Sina Damba ne remplace pas Issa T. Diarra. L’ensemble des pièces s’installe : le retard pris par l’ex-DG pour faire la passation, son empêchement le jour de présentation de Sina Damba au personnel de l’Apej, le jour de la tentative de son enlèvement.

Que Kati ignore que la nomination d’un directeur général ne relève pas forcément des compétences d’un Premier ministre, même de pleins pouvoirs, proposé par elle, cela passe. En fait, un directeur général est nommé par un décret pris en conseil de ministres sur proposition d’un ministre. Il est avant tout conseiller du ministre dans un domaine technique.

Mieux ayant pour mission de réconcilier les Maliens en vue de mutualiser tous les efforts pour un bon déroulement de la transition, le Premier ministre avait, nous a-t-on dit, proposé à Kati de caser l’ex-DG de l’Apej, le plus tôt possible. Que dalle ! On voit bien que les maîtres de Kati, seigneurs au Mali depuis ce damné 22 mars, n’ont que faire d’une offre du Premier ministre.

A Kati, on gère et ça se gère. Sauf que par cet acte, Kati montre sa volonté de ne pas rester à l’écart de la gestion de la transition comme consacré par l’accord-cadre, souhaité et formulé par la résolution 2071 du Conseil de sécurité des Nations unies. A ce rythme de démonstration de force, Kati s’expose aux sanctions de la Cédéao et de la CPI ?

On se demande bien si après l’acte du 22 mars, Kati a besoin encore de mettre la République à genou. En s’attaquant à une femme, Kati se trompe de front. Rien de rassurant quand Kati s’oppose à l’intervention d’une armée étrangère.

Mahamane Diarassouba

L’Indicateur du Renouveau du 30 Novembre 2012