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Les transporteurs maliens déterrent la hache de guerre

En décidant la semaine dernière de boycotter les ports de Dakar et de Nouakchott pour une période de 72 heures (du lundi 5 janvier au jeudi 8 janvier 2009), les groupements professionnels et syndicats des transporteurs maliens qui y travaillent n’ont fait qu’alerter les autorités des trois pays concernés par rapport à une situation incompréhensible et inacceptable qui les frappe.

Sur ces deux corridors à savoir Dakar-Bamako et Nouakchott Bamako, les transporteurs maliens sont devenus indésirables. Leur tort, c’est d’avoir des matériels roulants neufs, des compagnies qui font partie des mieux équipées de la sous-région. En clair, nos transporteurs routiers sont aujourd’hui victimes de leur propre réussite.

Une prouesse que leurs homologues du Sénégal n’entendent nullement accepter. Pour les syndicats des transporteurs routiers du Sénégal qui disposent d’un parc auto vétuste (les cars Diaga N’Diaye ou des taxis sept place datant d’une autre époque), il n’est pas question de faire concurrence avec ces cars maliens flambant neufs.

En attendant d’avoir une réglementation digne de ce nom en matière de transport voyageurs, les transporteurs Sénégalais ont décidé contre toute attente et en violation flagrante de tous les accords de la CEDEAO et de l’UEMOA d’interdire la traversée de leur territoire par les cars et les camions-citernes du Mali.

Cette décision a été mise en exécution à partir du 28 août 2008, date à laquelle les syndicats des transporteurs de Kidira ont empêché 13 autocars maliens transportant des passagers de franchir la frontière Sénégalaise. Curieusement, dans cette affaire, les syndicalistes routiers de Kidira étaient soutenus par les autorités politiques et administratives de cette localité.

A Dakar aussi les mêmes mesures avaient été prises pour empêcher aux cars maliens de stationner ailleurs qu’à l’autogare du pompier. Une autogare qui ne reçoit que des Diaga N’Diaye ou des vieux taxis en partance pour l’intérieur du Sénégal.

Face à cette situation, qui n’est ni plus, ni moins que des tracasseries, les grandes compagnies maliennes ont donc décidé de boycotter le territoire Sénégalais.

Ces cars qui quittaient donc Bamako pour Dakar débarquaient leurs clients à Diboli, le dernier poste de contrôle du Mali. Des particuliers maliens devaient s’occuper du reste du trajet et de ses désagréments et tracasseries. Cette situation explosive a conduit le département chargé des transports ainsi que les syndicats du Mali à rencontrer les acteurs du transport au Sénégal.

Cette rencontre de haut niveau a abouti à la signature d’un protocole d’accord sur le transport voyageur entre les deux pays. Ce document a notamment recommandé la mise en place d’un Comité de gestion comprenant 7 maliens et autant de Sénégalais, afin d’examiner la question du transport passagers entre les deux pays.

Ce comité très attendu par les deux parties n’a cependant jamais vu le jour. Est-ce à cause de la négligence des Maliens ou de la mauvaise foi manifeste des Sénégalais ? Ça, on le ne saura jamais.

Toujours est-il qu’entre temps, les Maliens continuent toujours de subir les mêmes pratiques, les mêmes tracasseries. Tout récemment encore, les autorités portuaires dakaroises ont décidé de taxer à 500 F Cfa la tonne de toutes les marchandises qui transiteraient par leurs installations. Une nouvelle taxe donc qui vient s’ajouter aux frais de dédouanement et les taxes portuaires.

En Mauritanie voisine aussi, nos transporteurs sont confrontés aux mêmes problèmes : des tracasseries à de multiples postes de contrôle, des frais de dédouanement et des taxes portuaires à n’en pas finir.

Toutes choses qui font aujourd’hui que la rentabilité du transport dans ces deux ports est quasi nulle.

Les Maliens manifestent leur ras-le-bol

C’est pour protester vigoureusement contre de telles pratiques que les groupements professionnels et syndicats des transporteurs maliens ont décidé d’un arrêt de toutes les activités de transport sur les corridors Dakar-Bamako et Nouakchott-Bamako pendant 72 heures. Dans le même communiqué dont nous avons eu copie «le Conseil malien des chargeurs invite tous les chargeurs à prendre toutes les dispositions utiles pour dévier leurs marchandises des ports de Dakar et Nouakchott».

Selon le président du Conseil Malien des Transporteurs Routiers (CMTR), Youssouf Traoré, cette mesure radicale se veut une réaction aux nombreuses tracasseries dont ils sont victimes dans les ports de Dakar et Nouakchott. Cependant vu la proximité du port de Dakar avec le Mali et l’apport de celui de la Mauritanie dans l’approvisionnement correct de notre pays, on peut supposer aisément que les transporteurs maliens se sont faits hara-kiri.

Cette éventualité n’effraie nullement le patron des transports routiers du Mali qui rassure que «cette mesure n’aura aucune incidence négative, ni sur l’approvisionnement de notre pays, ni sur le prix des produits». Et d’ajouter que nous avons plusieurs ports notamment ceux d’Abidjan, de Conakry, d’Accra, de Lomé ou de Cotonou qui nous courtisent tous et qui nous accordent beaucoup de facilités.

Est-ce à dire donc qu’en un laps de temps, le Mali est parvenu à faire de sa continentalité, un avantage certain, un hub économique devenu incontournable ?


Sénégalais et Mauritaniens amadouent les Maliens

Le boycott des ports de Dakar et de Nouakchott par les transporteurs maliens concernant aussi bien le transport des personnes que celui des biens en provenance où a destination du Sénégal et de la Mauritanie, n’a pas laissé indifférents les autorités de ces deux pays. Les Sénégalais ont réagi favorablement en attribuant un espace vide situé à côté du stade Léopold Sédar Senghor de Dakar. Un espace qui servira désormais d’autogare aux cars maliens. Sur tout le long du corridor, des mesures sont en cours pour rendre plus fluide la circulation.

Avec les autorités Mauritaniennes, la négociation continue.

L’objectif que les transporteurs maliens s’étaient fixés en déclenchant ce mouvement de boycott c’est-à-dire «amener les autorités des deux pays concernés à examiner la situation pour assurer la fluidité du trafic» a été atteint.

B. Fall

12 Janvier 2009