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L’auteur qui vivait à Tombouctou où il travaillait pour une organisation humanitaire fait partie des nombreux ressortissants des Régions Nord à avoir pris le chemin de l’exil. D’Italie où il vit, il nous a envoyé, pour vous, ce récit.

Tombouctou n’a pas été très calme ces dernières années, avec l’assassinat du lieutenant-colonel Lamana Ould Bou, les enlèvements d’occidentaux, la présence des islamistes dans les environs. Tout le nord a été mis en zone rouge et puis le pire allait venir en fin mars 2012. Suite à l’insécurité grandissante, j’avais commencé à travailler avec la fondation pour assurer le bureau et m’occuper de ce qui restait comme travaux à la mosquée parce que les occidentaux ne pouvaient plus rester. C’est au mois de Novembre 2010 qu’on a arrêté les travaux en attendant que la situation se calme au nord. La fondation avait en perspective de restaurer aussi les anciennes mosquées Sidi Yehia et Sankoré.

Alors l’histoire s’est passée le Samedi 26 Mai, le matin vers dix heures. Le gardien du logement m’a appelé pour me dire que des hommes armés viennent de le chasser et sont en train de fouiller le bureau et les chambres, aussitôt j’ai informé l’Imam de Djingareyber Ben Essayouti. Ensuite j’ai envoyé les jeunes de ma famille chez Sanda Ould Boumama, le porte parole de Ançar-Edine qui a accepté discuter avec moi sans problème. Il m’a dit « c’est quelqu’un de ce bureau qui vient de nous informer qu’il y’a assez de matériels d’occidentaux chez vous, raison pour la quelle j’ai moi même envoyé la police islamique investir votre maison. Tout le monde vole ici, donc maintenant j’ai décidé de stocker tout matériel appartenant à l’état et aux entreprises étrangères. Qu’est ce que vous croyez, nous voulons faire une vraie nation et on a besoin de tout ce matériel. Bon envoie tes jeunes je dirais à la police de te remettre juste tes affaires personnelles, mais le reste on garde, voici le numéro de téléphone du chef de la police ».

Quand j’ai appelé le chef de la police, il était dans une rage, il criait en sonrai au téléphone « donc c’est des cafres qui rentrent dans les mosquées ici, tout va changer maintenant » parce qu’ils venaient de trouver les photos des agents du bureau qui sont tous Européens, ce qui a compliqué les choses. En voulant lui expliquer que cette fondation n’était pas ce qu’ils croyaient, il a dit à ses jeunes de prendre mes affaires que le reste ne nous regardait pas. Toutes les photos, Cd, journaux et romans ont été mis au feu devant la porte. Les groupes électrogènes, le poste de soudure et les autres machines ont été stockés dans les magasins de l’Opam qu’ils ont vidés depuis leur arrivée.

Ousmane K (Italie)

Le Républicain du 31 Mai 2012