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Tous les soldats ayant séjourné au Nord vous diront que, ce n’est pas par faiblesse que leurs compagnons se font cueillir par la bande de Bahanga. Mais tous s’accordent à se plaindre que la question est toujours traitée en haut lieu. Aucun officier ne peut se hasarder à prendre une décision sur le terrain sans d’abord s’en référer à Bamako.

Une véritable crise d’autorité qui sape le moral des troupes. Tous vous diront, comme cet interlocuteur ayant requis chez nous l’anonymat que : «si on nous avait laissé faire, on aurait déjà et depuis longtemps scellé leur sort à Bahanga et Fagaga».

Notre interlocuteur, soldat de métier se remet petit à petit de sa blessure de guerre au nord. Mais sa colère enfle dès qu’on parle de sa situation, de celle de ses camarades. Il est resté à Kidal pendant deux ans environ. C’est-à-dire dès le début des évènement du 23 mai 2006. « Voyez vous, dira t-il, je suis profondément déçu de nos dirigeants.

D’ailleurs, croyez- moi, je n’hésiterais pas à faire sauter la tête d’un quelconque supérieur qui oserait me demander quoi que ce soit sur le Nord… Si j’accepte volontiers de témoigner, ce n’est non pas pour faire révolter les Maliens. Loin de là ! Mais, c’est pour dire toute la vérité sur cette insécurité au nord».

Et notre interlocuteur, intarissable, de poursuivre : « il n’y a pas de rébellion au Mali. Il y a plutôt des bandits armés par l’Etat. Parce que tout simplement, c’est avec l’argent que l’Etat leur donne qu’ils s’approvisionnent en nourriture et logistique.

Si ATT l’ignore, je l’informe que tous les soldats qui sont dans la galère au Nord ne jurent que par son nom. Mais, de plus en plus, ils sont beaucoup en colère contre son pouvoir…

Quand j’ai reçu les balles, blessé mort, c’est la Croix rouge qui s’est occupée de moi. Aucun supérieur n’a daigné me demander mon état de santé. J’ai récupéré petit à petit grâce à Dieu… Il y a toujours des braves hommes au sein de l’armée. De cela, soyez-en sûrs.

Mais seulement, ceux qui doivent dire la vérité sont tous corrompus. Certains officiers supérieurs jouent le jeu de ATT, parce qu’ils reçoivent sans arrêt des cadeaux. Nous soldats au front, sommes laissés pour compte.


Plusieurs fois nous avons été en mesure de prendre Bahanga. Malheureusement, à chaque fois Bamako appelle pour dire à nos supérieurs de le laisser partir.


Moi je ne peux pas comprendre qu’ils nous tuent, qu’ils nous prennent comme des enfants alors que nous voyons à Kidal des bandits dans les rues. Certains bandits viennent dans la ville Kidal pour vaguer à leurs occupations comme si de rien n’était, c’est connu de tous. Là bas même les notables soutiennent discrètement le mouvement de Bahanga.

. ..ATT doit mettre fin à ce laxisme car nous voyons en lui un Général de l’armée. Cette affaire doit prendre fin, le plus vite.


Nous n’avons pas besoin d’impliquer la Libye ni l’Algérie qui sont en réalité les complices de ces bandits. C’est le règne d’une hypocrisie totale. Je jure que si les autorités continuent à traiter avec ces deux pays, le Nord Mali deviendra comme Israël, une guerre sans fin.

Je crois que nous n’avons besoin de personne pour gagner cette guerre. Je n’ai jamais douté de l’armée malienne. Dieu seul est témoin de nos actes au Nord. Mais voyez-vous déjà, l’atmosphère n’est pas du tout bonne chez nous les victimes. Chacun est devenu un aigri social contre le régime.».

Notre témoin, n’a pas voulu interrompre l’entretien sans évoquer la bravoure de l’un des deux officiers figurant parmi les 31 otages actuellement détenus. Il s’agit du capitaine Aliou Sidibé, Selon lui le capitaine Sidibé reste l’un des plus braves jeunes officiers de l’armée «C’est à cause du capitaine Sidibé, qu’ils ont transférés les otages au Niger. Je souhaite que tous les otages soient libérés le plus vite possible et sans condition ! » .


L’Observateur

Propos recueillis par Moriba Dabo

12 Mai 2008