Partager

Après une quinzaine de jours d’interruption pour santé défaillante de la présumée coupable, le procès pour crimes pendant la crise post-électorale de 2010-2011 contre l’humanité de Simone Gbagbo, a repris mardi dernier avec la déposition à charge à la barre, d’un ancien milicien pro-Gbagbo, Moïse Metch. Cet ex- vice-commandant du GPP, un groupe armé de la galaxie patriotique créé pour défendre Laurent Gbagbo, pour le moins qu’on puisse dire, n’a pas mis de gants pour enfoncer dans la vase glaiseuse, l’ancienne première dame ivoirienne qu’il a chargée sans froncer les sourcils, de tous les péchés d’Israël ou plutôt d’Eburnie. Non seulement il la désigne comme le bras financier des pogroms postélectoraux décriés, mais il fait aussi de celle qu’il désigne sous le vocable « vieille mère », le commanditaire des meurtres du journaliste franco-canadien, Guy-André Kieffer, dont le corps aurait été brûlé et de l’homme d’affaires français Yves Lambin dont la dépouille mortelle aurait été jetée en pâture au monde aquatique de la lagune Ebrié.

Les anciens disent que « quand le poisson sort de l’eau pour annoncer le décès de la mère du caïman, il faut lui faire foi car c’est eux qui vivent ensemble ». Ce témoignage, pour peu qu’il soit donc vrai, en plus d’apporter de l’eau au moulin de l’accusation, a le mérite d’exhumer et de donner une seconde vie à des dossiers judiciaires qui s’étaient évanouis dans l’épaisseur du mystère de l’ambiance ténébreuse des violences post-électorales de 2010-2011. En effet, Moïse Metch, sans lui donner le bon Dieu sans confession, livre par son audacieux témoignage, d’intéressants indices dont peuvent se servir les juges d’instruction pour sortir de l’impasse les procédures relatives à ces deux disparitions mystérieuses qui portent aussi les stigmates de l’hystérie qui s’est emparée du pays au sortir des élections de 2011.

Simone Gbagbo et son conseil ne manqueront pas d’exploiter et de pourfendre le témoignage

En attendant donc les nécessaires rebondissements judiciaires dans les deux affaires, il faut déjà se féliciter du courage de cet ex-sbire du défunt régime d’assumer non seulement sa part de responsabilité dans la dérive meurtrière amorcée par la courbe de l’histoire ivoirienne en 2011, mais aussi de faire face aux fantômes du passé en déchargeant sa conscience dans une sorte de catharsis expiatoire. Mais quel crédit peut-on accorder au témoignage de ce prisonnier amené poings menottés à la barre ?

On peut en effet se demander si Moïse Metch, comme tous les autres perclus de la MACA enchaînés et traînés à la barre contre leurs anciens gourous, en ont librement fait le choix et si les charges ont été débitées sans aucune pression. L’interrogation n’est pas saugrenue dans ce cas précis où le témoin lui-même est en attente de son propre jugement et peut, contre une clémence attendue du tribunal lors de son procès, se laisser aller dans le sens de l’accusation. Le parfum politique de ce procès Simone Gbagbo s’y accommode bien. Mais il est vrai que si ces témoins s’étaient aussi présentés libres à la barre, on aurait aussi vite crié à la machination.

Quoi qu’il en soit, Simone Gbagbo et son conseil qui sont depuis le début de ce procès dans le déni systématique et total, ne manqueront pas, et c’est de bonne guerre, d’exploiter la situation et de pourfendre à cœur joie ce témoignage dont le porteur reconnaît lui-même n’avoir pas été en contact direct avec celle qu’il charge. On se souvient que le colonel H avait fait les frais de leur acharnement, au point d’être présenté comme un disjoncté dont le profil psychologique devrait être présenté au tribunal pour qu’il puisse bénéficier du moindre crédit. Cela dit, ce deuxième témoignage poignard, après celui du colonel H, devrait être reçu par Simone Gbagbo comme une deuxième salve de tirs à boulets rouges. On est en droit donc de se demander où pourrait la conduire ce tir groupé, après que le premier l’a entraînée et clouée pendant 2 semaines sur un lit d’hôpital.

SAHO
Le Pays du 21 Juin 2016