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Les privatisations programmées et sciemment orchestrées ont pris corps en Afrique il y a longtemps. Malheureusement, les télécommunications n’ont pas échappé à cette nouvelle pratique qui tire son origine en Occident.

Selon certains responsables mal inspirés, la privatisation constitue l’unique voie pour résoudre les problèmes des entreprises publiques. Dès que des difficultés de gestion apparaissent dans une société, l’Etat ne cherche aucune solution alternative.

ll se rabat sans aucune autre forme de procès sur la privatisation. Pour des spécialistes, l’Etat ne doit pas se désengager d’un secteur aussi productif, novateur et source de croissance, et ce, à un moment où la forte dynamique du développement technologique ouvre de nouvelles perspectives commerciales attrayantes.

La réponse à cette question est que les télécoms sont devenues aujourd’hui spéculatives et très juteuses. Une des conditions pour obtenir des prêts, selon un expert, est l’ouverture du marché des télécommunications imposée par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.

En Afrique généralement, la privatisation s’effectue sans que le service public nécessaire soit réalisé : raccordement des villes, des centres urbains et des villages.

Aujourd’hui, il faut surtout beaucoup investir dans les infrastructures pour permettre aux télécoms africaines d’être compétitives.

Cela est d’autant plus vrai que le diktat imposé par les institutions financières internationales rend difficile l’octroi des fonds pour l’installation d’infrastructures de communication adéquates.

Le spectre de la privatisation plane sur la SOTELMA

Le Mali qui fait partie des pays les pauvres du monde connaît le même sort. Combien de sociétés ont-elles été privatisées au Mali ?

La liste est très longue. Mais la plus grande maladresse qui pourrait arriver à nos autorités serait la privatisation de la SOTELMA, une société qui a dépassé le cadre du seul statut de société d’Etat pour devenir une question de souveraineté nationale avec le boom spectaculaire des nouvelles techniques de communication.

Mais cette société a été pillée lors de la dernière CAN et continue de l’être sans raison apparente. Conséquence : la SOTELMA connaît aujourd’hui une situation difficile.

Aujourd’hui, les agents de la société téléphonique craignent une privatisation annoncée dont personne ne connaît les véritables contours.

Le hic, c’est que les privatisations des télécommunications sous l’égide des institutions financières internationales en Afrique, n’ont pas donné les résultats escomptés. Elles ont certes permis çà et là de générer des revenus.

Pire, cet argent n’est jamais investi dans le développement même des Télécoms. Il a plutôt servi, sur les conseils du FMI et de la Banque Mondiale, à payer les dettes des Etats.

Ces opérations de privatisation, si elles sont d’un côté applaudies, de l’autre côté, c’est la désolation car c’est toujours des milliers de travailleurs qui en sont les véritables victimes.

Le revers de la médaille

Contrairement à ce qu’affirment les libéraux pour se justifier, la privatisation ne permet pas du tout de développer les télécommunications des pays pauvres qui ont plutôt besoin de financement.

Par contre, elle permet aux multinationales de s’installer dans nos pays obligés de s’ouvrir conformément aux accords de l’OMC et de rapatrier une partie des bénéfices réalisés afin de compenser les pertes subies sur leur marché d’origine.

Cela ne relève pas du secret des dieux, voilà tout le système. Ces multinationales ne sont pas là pour nous aider, mais plutôt pour se servir de nous.

En Afrique, France-Télécom, issue d’une administration publique chargée de la coopération avec les pays dits amis, va se transformer en opérateur agressif dont la stratégie consiste à chambouler l’ordre préétabli et qui semblait pourtant prometteur.

Ici, il ne faut pas voir les choses en terme d’amitié, mais en terme de business et d’intérêt. Les Français travaillent aujourd’hui pour parfaire la politique d’expansion de France-Télécom au niveau international.

Si le marché africain était considéré comme marginal par rapport aux bénéfices qu’on pouvait tirer ailleurs comme en Asie et en Amérique latine, il devient aujourd’hui une chasse gardée des libéraux.

Et ce n’est pas par hasard si des fibres optiques sont tirées actuellement entre les capitales africaines (Ouaga, Bamako, Dakar en passant par Kayes) et câble sat 3, Wasc… des lignes qui relient l’Afrique à l’Europe et à l’Asie.

Dans ces conditions, comment une société comme la SOTELMA pourra continuer à jouer son rôle de service public et poursuivre les connexions des zones semi-urbaines et rurales face à une concurrence aussi efficace que celle de France-Télécom ?

Les grosses sommes versées lors des privatisations servent uniquement à alimenter les comptes des prédateurs africains les mieux organisés. C’est donc toujours le revers de la médaille pour l’Afrique, la grande perdante de tous les temps.

Le sursaut d’orgueil

En Afrique, il est temps d’aller vers des partenariats entre opérateurs privés et publics. En la matière, les spécialistes pensent que l’Etat doit assurer le dirigisme pour privilégier des investissements rentables à long terme pendant que l’opérateur s’occupe de la gestion et du développement des infrastructures de télécommunication.

D’autres cas de figure sont possibles. En fait, la privatisation n’est pas un mal en soi, mais la manière par laquelle elle est opérée est inopérante, insidieuse et problématique.

Mais ce qu’il faut aussi dénoncer, c’est que l’Etat ne peut en aucun cas se démarquer des domaines aussi primordiaux pour sa souveraineté comme les télécommunications.

De ce fait, en cas de privatisation, chaque Etat doit être libre de choisir en toute responsabilité sa ligne de conduite dans des opérations de privatisation en vue d’éviter le chaos.

N’est-il pas temps d’instaurer un moratoire sur les privatisations comme le veut aujourd’hui une frange importante des différentes composantes de la société africaine ?

Il s’agit d’observer un temps d’arrêt pour évaluer le bilan des premières privatisations. Cela est une nécessité aujourd’hui face aux résultats mitigés des opérateurs précédents, mais aussi par le fait que de nombreux pays éprouvent des difficultés à trouver des partenaires stratégiques.

Il urge aujourd’hui pour les Etats d’avoir une maîtrise de leur politique nationale y compris le domaine des télécoms. Il faut des préalables aussi pour permettre aux opérateurs historiques restés propriétés publiques de se développer en s’appuyant sur un personnel motivé.

« ll est temps de libérer le génie créateur du peuple, je veux dire des peuples africains » selon feu Thomas Sankara, président du Burkina Faso lâchement assassiné. Pour permettre, à notre avis, au continent de décoller. Véritablement.

Adama S. DIALLO, Stagiaire

25 août 2005