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Au risque de tout perdre, ils n’avaient pas le choix face à une armée aguerrie et décidée à les traquer jusque dans leurs derniers retranchements. Mais au lieu de profiter de l’avantage acquis sur le terrain pour dicter leurs propres conditions, nos dirigeants, toujours fidèles à la politique de l’autruche, ont préféré encore courber l’échine devant des narcotrafiquants. Malheur aux vainqueurs !

Et pire, on a déroulé le tapis rouge sous le pied des assassins. A croire que Fagaga est devenu un héros national. ça n’étonnera donc personne qu’il figure demain sur la liste des futurs récipiendaires de la médaille de grand officier des Ordres nationaux.

Cependant, le brave peuple malien en a assez de boire le calice jusqu’à la lie. Face à tant d’injustice et d’iniquité, face à la politique des deux poids deux mesures, il crie son ras-le-bol. Malheureusement pour lui, le Mali n’est pas un pays démocratique car ailleurs, les dirigeants sont à l’écoute du peuple qui fait et défait les gouvernements. Aussi, dénonce t-il avec la dernière rigueur les avantages exorbitants et l’impunité accordés à des hors-la-loi. Si la discipline est la force principale des armées, ces gens-là ont foulé au pied, en désertant, tous les règlements militaires.

Récidivistes notoires de surcroît, au lieu d’être traînés devant une cour martiale et devant le peloton d’exécution, ces apatrides sont réintégrés dans l’armée avec tout le risque que cela comporte pour les autres éléments de la troupe.

Désormais le ver est dans le fruit. Il faut prendre au sérieux les propos de cet internaute qui dit : « ils viennent se préparer pour nous attaquer. Ce Fagaga n’est pas clair dans ses propos. Quelque part, on devine qu’il a des intentions de se rebeller au cas où il constatera que le fameux accord d’Alger n’est pas respecté« .

Mieux ou pire, interrogé sur le point de savoir si son retour est définitif dans l’armée, Fagaga a répondu sans aucune conviction : « je ne sais pas, cela dépend de Dieu » a-t-il dit dans une interview accordée à notre envoyé spécial à Kidal.

En terme à peine voilé, il a même posé ses conditions en disant qu’il ne veut pas être muté ailleurs et qu’il veut rester à Kidal. On sait ce que cela veut dire. Tout cela prouve, en tout cas, qu’on est encore loin de faire la paix des braves dans le septentrion.

Et comme l’a si bien dit Tiébilé Dramé, avec la déroute de Bahanga on n’est pas près d’apporter une solution définitive à la crise de Kidal. Tout au plus les belligérants observent une trêve en attendant la reprise de la surenchère. Il n’en fallait cependant pas plus pour réveiller les démons de la division dans tout le pays sur fond de micro-nationalisme.

Nos dirigeants veulent-ils le « Maliba» ou le «Maliden » ? Veulent-ils transformer la devise du président Modibo Kéïta, à savoir « un peuple, un but, une foi » en « plusieurs peuples, plusieurs buts, plusieurs fois » ? Tout indique qu’on s’amuse avec le feu comme Néron incendiant sa propre ville.

Car de « l’armée de libération du Banico » à «la République du Kénédougou» en passant par «l’empire du Wassoulou», chacun dans son coin veut semer la mauvaise graine en s’inspirant de l’irrédentisme kidalois. Bitumage des routes, développement socio-économique, recrutement des jeunes dans l’armée et dans les différentes structures de l’Etat, toutes les régions réclament leur part dans le développement national.

Comme le dit si bien cet internaute, la nation doit être juste envers tous ses enfants. Qui ignore, en effet, que Kayes est tout aussi déshéritée que les régions du nord et qu’à force de misère, tous ses enfants ont fui en France et en Espagne ?

Jusqu’à ces derniers temps, Bougouni aux portes du Wassoulou qui compte, selon l’historien Bakary Kamian, le plus d’anciens combattants de l’armée française, était une zone laissée pour compte. Et pour tout dire, en plus de la bantousthanisation de certaines régions, l’impunité envers les bandits armés est une grave entrave à la paix.

Mamadou Lamine DOUMBIA

L’Indépendant du 23 Février 2009