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Nientao ou Klaus Barbie “le boucher de Lyon”, celui-là même qui a déporté des milliers d’enfants juifs dans les camps de concentration nazis. Son apparition récente sur les écrans de l’ORTM a fait froid dans le dos de l’opinion et suscité bien des polémiques. Si certains sont prêts à le pardonner sans pour autant oublier, nombreux sont par contre ceux qui souhaitent qu’il soit pendu haut et court. Les premiers posent la question hautement philosophique de savoir si “le bourreau est un criminel”.

Pour eux, en effet, Nientao n’était qu’un simple exécutant. Le principal responsable, disent-ils, des crimes commis à Kidal et Taoudénit, c’est le général Moussa Traoré, chef du comité militaire de liquidation nationale. La preuve, des officiers supérieurs de l’armée visitaient régulièrement cet homme pour s’assurer du bon fonctionnement de la machine à moudre toute personne mettant en cause le règne de la junte.

De temps en temps, ils menaçaient ce serpent de mer de donner “un coup d’accélérateur” aux têtes brûlées. C’est ainsi qu’après la visite d’un haut gradé de la gendarmerie, Tiécoro et Kissima sont morts… Suite à “un coup d’accélérateur”.

Mais, loin de là, nous ne sommes pas dans une discussion oecuménique sur le sexe des anges ni pour résoudre le problème métaphysique de savoir si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. De la responsabilité du lieutenant Nientao dans le massacre des prisonniers, beaucoup d’exemples dans l’histoire nous montrent des exécutants refuser d’obéir aux ordres de leurs maîtres même au péril de leur vie.

A contrario, pourquoi dit-on que quelqu’un est plus royaliste que le roi ? Autrement dit pourquoi s’en prendre à un chien si c’est quelqu’un qui l’envoie ? Réponse ; c’est quand le chien outrepasse les ordres de son maître.

Tel fut pourtant le cas du lieutenant Nientao dans l’exécution des basses besognes du comité militaire au bagne de Taoudénit. Selon un témoin, cet homme avait poussé la cruauté si loin qu’il recommandait aux prisonniers de consommer du placenta de chamelle après son accouchement pour étancher leur soif de viande. Planté comme un cerbère aux portes de l’enfer, Nientao était plutôt le gardien du camp de la mort.

Un camp qui n’avait rien à envier aux camps de concentration nazis d’Auschwitz, Dachau ou Treblinka. Ici, on n’avait pas besoin de barbelés pour éviter la fuite des prisonniers. Il suffisait au candidat au suicide de jeter un regard froid sur l’immense étendue du désert pour se convaincre que toute tentative d’évasion serait vaine.

Les pensionnaires de ce sinistre bagne ont été soumis à des conditions inhumaines et dégradantes à la limite des forces humaines. Avec une nourriture exécrable et sans viande, l’extraction du sel, le transport de l’eau (s’il y en a) comme des bêtes de somme, ils ont subi des corvées que seuls les juifs ont exécutées en Egypte au temps de Ramsès II.

Certains sont morts d’épuisement, d’autres ont été “accélérés”. Créés par l’administration coloniale pour les besoins de sa propre cause, Kidal et Taoudénit sont devenus une véritable aubaine pour le régime de Moussa Troaré. C’est la conséquence de la lutte pour le pouvoir et des règlements de compte au sein du comité militaire.

Ainsi passèrent successivement à la trappe les capitaines Yoro Diakité et Malik Diallo (encore vivant), Diby Sylla et ses compagnons, Tiécoro Bagayogo, Kissima Doukara, Charles Samba Cissoko etc. Ils étaient tous accusés d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

A eux s’ajoutent des responsables politiques et des membres du mouvement démocratique. Certains rescapés comme Guédiouma Samaké et le capitaine Soungalo Samaké, ancien commandant de la compagnie para de Djikoroni ont raconté, à leur façon, la vie dans les camps. Reste à présent le témoignage du principal acteur, le commandant de Fort Nientao… Le lieutenant Nientao acceptera-t-il de laisser quelque chose pour la postérité, même à titre posthume ?

Mamadou Lamine Doumbia

02 Octobre 2008