Partager

Les policiers qui montaient la garde ont froncé le sourcil un moment, juste le temps de promener sur eux son vigilant miroir. Sans doute, les journalistes étaient énervés eux aussi de voir leur corruptibilité étalée sur la place publique. Les hommes de loi avaient de sérieuses raisons de faire la gueule. Les hommes de foi vont sans doute rager de voir leurs travers dépeints à travers le véreux imam de nos réalités pourries.

L’armée, via un capitaine caractéristique, ne rigolera pas elle non plus, surtout en ces moments de grande anxiété. Pas plus que les Ong, en particulier ces organisations de promotion des femmes qui peuvent même faire commerce de certificats de décès de maris vivants et oubliant le plus souvent de jouer au mort. Les maires, ces fers de lance tant vantés de la décentralisation elle-même vendue comme une panacée, ne donneront jamais de terrain à Alioune Ifra N’Diaye qui a fait d’eux la charpente d’un art particulier de la satire. Où l’observation du quotidien, le prêche contre le délitement, la surenchère dans la dérive disputent aux planches et au multimédia le portrait d’une société, la nôtre hélas, devenant dangereusement vénale sous nos jurons boulevardiers et nos mafieuses cupidités.

Le promoteur de Blonba, créateur dans l’âme, a su restituer la filiation du théâtre d’éveil en recourant aux temps fondateurs du Koteba avec des tirades de la pièce Wari remises au goût du jour : le Mali de 2012, avec ses fuites en avant , ses désarrois, mais aussi les raisons d’espérer que les terres impériales finissent toujours par faire valoir. Au milieu de notre tragédie, trouver les mots et les actes pour faire rire, Alioune Ifra N’Diaye a su le faire avec « Tanyinibougou » : c’est déjà nous proposer le divan.

Avec des acteurs jeunes mais au talent confirmé, un don pour l’innovation au service de l’art mais aussi de la psychanalyse. Mais ne nous y trompons pas : la cure est dans la démarche. Nous n’en jetons plus. Chapeau bas !

Adam Thiam

Le Républicain du 9 Octobre 2012